Clooney et les Casques blancs: acteur naïf ou idiot utile ?


Par Gordon Duff – Le 29 décembre 2016 – Source New Eastern Outlook

George Clooney, un des acteurs les plus rentables du cinéma de Hollywood, un homme dont les visées présidentielles ainsi que l’inimitié pour Donald Trump sont évidentes, vient d’annoncer son projet de tourner un film en l’honneur des Casques blancs en Syrie. Pour le public moyen abreuvé de propagande, les Casques blancs sont des héros qu’on ne présente plus. Se trouvant toujours dans des zones contrôlées par la soi-disant « opposition modérée » au régime de Bachar el-Assad, en fait une bande de terroristes patentés comme EI ou le groupe terroriste auparavant appelé Jabat al-Nosra, les Casques blancs ont été hissés au pinacle comme étant les prétendus sauveurs du peuple syrien contre la bestialité du « dictateur sanguinaire et brutal » Bachar el-Assad.


La réalité se trouve être très différente de ce tableau idyllique, et ne prendrait à Clooney que quelques minutes pour la découvrir, si seulement il se donnait la peine de consulter internet, ou de faire quelques recherches, ce qu’il a peut-être fait, ou pas. S’il n’a pas fait les recherches préalables à son projet cinématographique, cela fait de lui un naïf, ce qui signifie qu’il a été manipulé pour apporter son soutien à un groupe terroriste contre un gouvernement démocratiquement élu, un groupe terroriste dont l’objectif est de protéger et de soutenir des crimes commis par des mercenaires étrangers.

Cela semble un peu sévère ? Cela ne vous semblera probablement pas assez sévère lorsque nous aurons fini de développer.

L’autre explication possible est bien sûr celle selon laquelle Clooney, ce faisant, achète son ticket d’entrée en politique en faisant « copains comme cochons » avec les mêmes groupes néo-conservateurs qui ont créé les Casques blancs, utilisé les mêmes organisations de façade, partagé les mêmes origines – comme nous allons le démontrer – que celles employées pour fomenter les révolutions de couleur qui se sont révélées être des désastres pour les pays concernés. Selon Vanessa Beeley, de Global Research, la fable la plus répandue par les médias occidentaux est la suivante :

« Les Casques blancs sont composés d’anciens boulangers, de maçons, de chauffeurs de taxis, d’étudiants, de professeurs, en fait tous ont en commun de n’avoir jamais travaillé dans l’humanitaire », si l’on en croit la sempiternelle rengaine de leur formateur, l’ancien soldat britannique et aujourd’hui employé d’USAR (Urban Search & Rescue), James Le Mesurier. Il est spécialiste en sous-traitance de conflits militaires et autres opérations de sécurité privatisée, telles qu’elles ont été rendues célèbres par des entreprises privées comme Blackwater (aujourd’hui rebaptisée Academi) et DynCorp, et autres célèbres fournisseurs d’assassins-à-louer et sous-traitants de la CIA.
Sous-traiter ses opérations à Blackwater a permis à la CIA de faire enlever des gens, voire de les faire assassiner, sans que personne dans le gouvernement ne soit directement responsable. – The Atlantic, 2012

Le Mesurier,  fondateur des Casques blancs, diplômé de l’Académie militaire royale de Sandhurst (équivalent anglais de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr, NdT), serait un ancien officier du renseignement militaire qui aurait été envoyé sur un certain nombre de théâtres d’« interventions humanitaires » menées par l’Otan, incluant la Bosnie, le Kosovo, l’Irak, ainsi que des détachements au Liban et en Palestine. Il se targue aussi d’avoir occupé des postes de prestige à l’ONU, dans l’UE et au Bureau des Affaires étrangères et du Commonwealth du Royaume-Uni. Tout ceci sans compter ses relations à la tristement célèbre société Blackwater (Academi).

Beeley ajoute, en citant ses propres expériences sur le terrain en Syrie avec les Casques blancs :

« Ils prétendent « n’être liés à aucun parti politique ni en Syrie ni ailleurs », et pourtant ils travaillent de concert avec le Front al-Nosra, l’EI et sont affiliés avec la plupart des groupes terroristes alliés des États-Unis qui infestent la Syrie. À ce sujet, lors de mon récent voyage en Syrie, j’ai une fois de plus été choquée par la réponse de la majorité des Syriens lorsque je leur demandais s’ils savaient qui étaient les Casques blancs. La plupart des Syriens n’en ont jamais entendu parler, quant à ceux qui suivent un peu les médias occidentaux, ils expliquent qu’ils sont « une créature de l’Otan dont le but est d’infiltrer la Syrie pour jouer un rôle prédominant dans l’infrastructure de soutien aux terroristes ».

Un des principaux problèmes dans ce qui a été appelé à tort « la guerre civile syrienne », et qu’on devrait appeler plus simplement une invasion de la Syrie par des forces auxiliaires de l’Otan, a été l’utilisation à grande échelle des ONG (organisations non gouvernementales) pour assurer le déplacement de djihadistes dans le monde entier, leur assurer un ravitaillement en armes, et couvrir leurs exactions par de la désinformation. Les Casques blancs ont été partie prenante à toutes ces activités, mais, en toute honnêteté, il faut reconnaitre qu’ils n’ont rien d’une ONG. On peut lire dans 21st Century Wire :

« Il s’agit d’une soi-disant ONG, qui a jusqu’à présent bénéficié d’un financement direct d’au moins trois gouvernements de pays membres de l’Otan, dont 23 millions de dollars des États-Unis, 29 millions du Royaume-Uni, 4,5 millions du gouvernement hollandais. De plus, cette « ONG » reçoit une assistance technique et matérielle financée par divers états de l’UE. »

Compte tenu du fait qu’une simple enquête de routine établirait que les Casques blancs sont financés exactement de la même manière que la plupart des façades utilisées par les agences de renseignement dans le monde entier, le Secrétaire général des Nations-Unies a été prié de demander des explications sur le statut d’ONG des Casques blancs.

Un certain nombre de questions nouvelles viennent sur le tapis lorsqu’on s’aperçoit avec quelle facilité ces Casques blancs parviennent à travailler main dans la main avec les « groupes d’opposition » en Syrie qui, depuis le début de l’année 2014, ont fait cause commune avec al-Qaida après une période de luttes intestines. L’« opposition modérée », sous contrôle non terroriste n’est réapparue que récemment, et uniquement au nord d’Alep, apparemment sous le commandement direct de l’armée turque, et son rôle principal serait de combattre des groupes armés kurdes hostiles à l’EI. Le puzzle commence à prendre forme ? Si vous répondez par l’affirmative, il semble que vous soyez l’un des seuls à comprendre.

Les Casques blancs sont en fait dirigés par un terroriste, ce qui pourrait bien expliquer pourquoi ils s’entendent si bien avec les autres terroristes, et pourquoi ils sont capables d’agir en toute autonomie. Bien sûr, le fait qu’ils continuent de nous « informer » sur les atrocités commises par le « régime », toujours conformément à la rhétorique favorite de l’Ambassadeur des États-Unis aux Nations Unies, Samantha Power, n’est que pure coïncidence. Jusqu’à présent, les Casques blancs sont muets au sujet de ce qui se passe autour d’eux, ne voient rien, et ne font qu’« agir héroïquement », pendant que leurs alliés exécutent, devant les yeux du monde entier, des milliers de victimes, exploitent sexuellement des dizaines de milliers de femmes et d’enfants, et aspergent de gaz moutarde et de gaz de chlore les résidents d’Alep-Ouest, encore sous contrôle de l’armée régulière syrienne. La réalité est encore bien pire, mais passons maintenant à Raed Saleh, le meneur de ces Casques blancs. On peut lire dans 21st Century Wire :

« Il y a eu une campagne concertée menée par un groupe de journalistes d’investigation pour révéler au public les vraies origines des agents de la « Défense civile syrienne », connue sous le nom de Casques blancs. Le constat le plus accablant ne vient pas de nous, mais des propres soutiens et financiers des Casques blancs au sein du Ministère des affaires étrangères américain, qui a tenté d’expliquer l’extradition par les États-Unis du célèbre dirigeant des Casques blancs, Raed Saleh, depuis l’aéroport de Dulles le 18 avril 2016 : « Il n’est pas clairement établi si le nom de M. Saleh est apparu sur une base de données, alimentée par une kyrielle d’agences de renseignement et de sécurité, et qui tendent toutes à empêcher des terroristes potentiels de se glisser dans notre pays. » New York Times.

Mark Toner, porte-parole du Ministère des affaires étrangères américain : « Nous agirions de la même manière pour n’importe quel individu, et j’emploie à nouveau ce terme très vague pour des raisons spécifiques, pour n’importe quel individu ou groupe soupçonné de liens ou de relations avec des groupes extrémistes, ou de groupes pour lesquels nous aurions des raisons de croire qu’ils représentent une menace pour les États-Unis. Mais ceci ne représente absolument pas une raison pour nous de rompre par extension tout contact avec le groupe dont cet individu est issu. »

La vrai histoire de Saleh est plus compliquée : né en Israël, Saleh a une longue histoire personnelle d’opposition à ce pays et de participation à des affaires relevant de la justice, particulièrement son attachement à l’anti-sionisme. Il est l’un des plus fervents critiques, en tout cas par le passé, de la politique turque de promotion du sionisme. Saleh s’auto-définit comme un anti-sioniste fanatique, et a parfois également été accusé d’anti-sémitisme.

Comment explique-t-on alors le financement des Casques blancs, ou leur allégeance à des organisations qui combattent le régime de Damas et qui, étrangement, maintiennent des relations amicales à la fois avec Israël et la Turquie ?

Et puis il y a Clooney lui-même, dont l’épouse est une soi-disant défenseur des droits de l’homme. Toutefois, sa liste de clients n’inclut pas que des gens comme Julien Assange, dont les liens avec le Mossad ont été révélés en 2010 par Zbigniew Brzezinski lui-même, mais également l’ancien Premier ministre ukrainien Julia Timochenko, fervent soutien de l’Otan, qui défendait ouvertement une politique de nettoyage ethnique en Ukraine à l’aide d’armes nucléaires.

Il semble que l’engagement de Clooney pour les causes libérales lui ait fait rencontrer plus d’un étrange compagnon de route. Cela dit, le partenaire financier de Clooney est l’Israélien Grant Hezlov, producteur du film à succès anti-iranien Argo, dont de nombreux observateurs estiment qu’il a été tourné en préparation d’une campagne de manipulation de l’opinion publique contre la finalisation d’un accord sur le nucléaire iranien.

Le problème avec Clooney est qu’il a jusqu’à présent su naviguer entre des écueils de ce genre. Jetons un œil conspirationniste sur ces Casques blancs pour un instant. Si on regarde leurs origines, si on considère que Saleh n’est qu’un pantin incohérent du fait du financement évident des Casques blancs par la CIA, et qu’ils ont une fabuleuse relation avec les médias de grand chemin, alors il serait logique que Clooney courre aux abris.

Là aussi, on a toutes les preuves nécessaires pour conclure que quelque chose ne tourne pas rond. Maintenant que les violons sur le « génocide d’Alep » se sont tus et que les médias de grand chemin peuvent se balader tranquillement dans la ville, non pas « reconquise » mais « libérée », et que les observateurs de l’ONU ne vont pas tarder à se rendre sur place avec la bénédiction des Russes, il devrait maintenant être clair dans l’esprit de Clooney que les Casques blancs ne sont pas les héros qu’on nous a décrits.

L’équation à résoudre est d’une simplicité enfantine : si les fables colportées par les médias de grand chemin se sont délitées en à peine quelques jours, que 14 espions étrangers ont été attrapés la main dans le sac en train de superviser le poste de commandement d’al-Qaida, et qu’il est prouvé que maintes vidéos d’atrocités sont fausses, alors la fiction que nous ont servie les Casques blancs, cette « organisation non-gouvernementale financée par des gouvernements », est aussi fausse que de la propagande étatique.

Enfin, il y a ces rumeurs selon lesquelles les soutiens logistiques et financiers des Casques blancs auraient fait entrer en Syrie des armes chimiques, et que la journaliste de Press TV, Serena Shimm, aurait été assassinée car sur le point d’éventer la responsabilité de ce groupe dans des meurtres de masse.

En fait, pendant presque quatre ans, la Russie a tenté d’apporter les preuves au Conseil de sécurité de l’ONU pour démontrer que les affirmations de l’« Observatoire syrien pour les droits de l’homme » et des Casques blancs n’étaient en fait que des inventions de ces officines de propagande pro-terroriste  financées par les agences de renseignement occidentales.

Finissons par nous poser la question : qui est Clooney ? Clooney, un libéral charismatique qui n’a pas sa langue dans sa poche, pourrait fort bien se présenter contre Trump aux prochaines élections présidentielles, si l’Histoire était assez cynique pour laisser se passer une chose pareille. Toiletter Clooney dès aujourd’hui pour en faire l’« idiot utile » du Système est le mode opératoire classique du Système pour se perpétuer.

Les admirateurs du « Clooney défenseur de causes diverses » ont pu espérer qu’il critiquerait plus vigoureusement la rhétorique gouvernementale, peut-être pas de la manière dont Trump le fait, mais certainement dans la même direction. Ces admirateurs-là en seront pour leurs frais.

Gordon Duff

Gordon Duff est un vétéran du corps des Marines des États-Unis pendant la Guerre du Vietnam, qui a travaillé pendant des décennies sur les questions relatives au retour des vétérans de guerre à la vie civile, ainsi que sur la question des « prisonniers de guerre ». Il a été consultant de diverses gouvernements sur des questions de sécurité. Il est rédacteur en chef et président du conseil d’administration de Veterans Today<