2016 : l’année du triomphe de la Russie


Par le Saker – Le 28 décembre 2016 – Source The Saker

Exactement comme les cartes européennes placent l’Europe au centre de la planète, la plupart des commentateurs occidentaux considèrent l’année qui vient de s’écouler dans une perspective centrée sur les États-Unis et l’Europe. Ce qui est assez juste. De plus, l’Empire anglosioniste vient de subir deux catastrophes majeures, le Brexit et l’élection de Trump, donc il est vraiment très intéressant de se concentrer sur elles. Pourtant, ce que je veux faire aujourd’hui est de considérer l’année qui se termine depuis une perspective russe. Voici les défis principaux auxquels a été confrontée la Russie en 2016 :

  1. Le régime nazi à Kiev.
  2. La guerre civile au Donbass.
  3. Les tentatives ukrainiennes de bloquer la Crimée.
  4. L’hostilité frénétique de l’administration étasunienne.
  5. La politique de confrontation militaire de l’OTAN en Europe.
  6. Le front uni européen contre la Russie.
  7. Les sanctions occidentales, la baisse des investissements et du crédit qui s’en est suivie et les bas prix du pétrole.
  8. L’insatisfaction de la population russe avec la politique économique du gouvernement.
  9. La lutte contre la 5e colonne « libérale » à l’intérieur de la Russie.
  10. L’agression internationale en Syrie.
  11. La diabolisation de la Russie en général et de Vladimir Poutine en particulier.
  12. Les attentats terroristes contre la Russie.

Prenons-les un par un et donnons-leur une note :

L’Ukraine 5/5

L’Ukraine occupée par les nazis est en chute libre. En réalité, cela fait déjà un moment qu’elle l’est, mais exactement comme quelqu’un qui saute du 40e étage d’un immeuble passe bien devant le 20e étage, l’Ukraine avait toujours la possibilité de dire « jusqu’ici tout va bien » et passer pour à demi-crédible à celui qui est superficiellement informé. Maintenant, cependant, il devient assez évident que la prétendue « Révolution de la dignité » (c’est ainsi que les néonazis appellent le coup d’État contre Ianoukovitch) est un échec absolu et que « l’Ukraine indépendante » est tout simplement au-delà du sauvetage. La classe dirigeante qui était arrivée au pouvoir se délite aujourd’hui, tout le monde combat tout le monde et il n’y a pas d’autre politique discernable au-delà de l’enrichissement et de la survie personnels. Quant à la « Jeanne d’Arc d’Ukraine » – Nadejda Savchenko –, elle est maintenant dénoncée comme traître et agent du FSB. Forbes publie actuellement un article intitulé Corruption is killing Ukraine’s economy, tandis qu’un ancien avocat ukrainien a diffusé des enregistrements de Porochenko acceptant des pots de vin du FMI. Pour ce qui concerne l’armée ukrainienne, dont Porochenko a annoncé qu’elle était l’une des cinq meilleures au monde, elle a rassemblé seulement assez d’hommes pour envoyer une compagnie de la taille d’une force d’infanterie soutenue par deux pelotons de chars pour attaquer les positions novorusses près de Debaltsevo avant que tous se fassent tuer. La situation de l’armée ukrainienne est si mauvaise qu’elle est maintenant obligée d’utiliser des voitures privées pour rejoindre les lignes de front et évacuer les blessés. Oui, l’armée ukrainienne est immense sur le papier, mais en réalité c’est une force qui a du mal à survivre même avant d’aller à la bataille. Enfin, l’ensemble de l’élite dirigeante nazie a mis tout son poids politique derrière Hillary en déversant mépris et vitriol contre Trump. Dire qu’ils sont maintenant écrasés serait un euphémisme. D’où le vent de panique totale qui submerge actuellement Kiev.

Le Donbass 3/5

La politique russe au Donbass (non-occupation combinée à un soutien patent et secret) a été clairement la bonne : les Républiques populaires de Donetsk et de Lougansk se renforcent tandis que l’Ukraine occupée par les nazis est en train de s’effondrer, vide supra [voir ci-dessus], comme on dit.  Il y a eu cependant des échecs évidents, et les deux principaux sont l’incapacité des Russes à arrêter les bombardements et les attaques continuels des nazis contre les civils et à instaurer la sécurité dans les deux républiques. Si le premier échec peut être excusé (il n’y a pas de recette magique pour faire que cela se produise), le second est inexcusable vu l’assassinat de plusieurs personnalités novorusses importantes. En outre, la situation au Donbass reste très difficile et potentiellement dangereuse. Tout bien considéré, la Russie a très bien agi, mais dès que vous vous penchez plus en détail sur la situation, de nombreuses erreurs et de multiples échecs apparaissent. Pourtant, il est maintenant évident à toute personne correctement informée que le temps joue (et a toujours joué) en faveur des Novorusses, puisque chaque jour qui passe les rend plus forts et les Ukronazis plus faibles.

Crimée 5/5

Les Ukronazis ont tout essayé, depuis bloquer la péninsule jusqu’à couper l’eau et l’électricité jusqu’à envoyer des terroristes infiltrés. Cela a donné l’occasion à la Russie de « sauver » la Crimée de l’Ukraine maintes et maintes fois. Il est tout à fait clair que les Ukronazis ont depuis longtemps abandonné l’idée de récupérer la Crimée et que tout ce qu’il leur reste sont des moyens souvent inefficaces pour essayer de rendre la population de Crimée misérable ce qui, bien sûr, ne fait que renforcer sa détermination. Au début, il y avait quelques personnes en Crimée qui n’étaient pas tout à fait convaincues que le cauchemar était vraiment terminé et que les Russes étaient vraiment sérieux (en particulier avec toutes les rumeurs sur « Poutine va nous laisser tomber »). Mais maintenant que les Russes doivent faire d’importants efforts pour protéger la Crimée contre les tentatives de la bloquer, ces doutes ont disparu. L’avenir de la Crimée paraît extrêmement brillant : non seulement l’État russe dépense des millions de roubles pour d’immenses progrès dans l’infrastructure et le déploiement d’une force armée très massive et très avancée, mais les perspectives sont également excellentes pour le tourisme et le commerce.

Les États-Unis 5/5

Le mérite pour l’élection de Donald Trump va d’abord et avant tout au peuple américain auquel, je le pense sincèrement, la planète entière doit un sincère et puissant MERCI! Je ne serai jamais capable de le prouver et, Dieu merci, nous ne saurons jamais si j’avais raison, mais jusqu’à la dernière minute, j’étais convaincu qu’il y avait une très forte probabilité qu’Hillary à la Maison Blanche aurait signifié la guerre, probablement nucléaire, avec la Russie. Je suis encore indécis à propos de Trump, mais je regarde son mandat à venir avec un optimisme prudent et, alors que jamais je ne dirais jamais, je ressens vraiment très fortement qu’avec Trump à la Maison Blanche, les risques de guerre avec la Russie sont tombés à un niveau extrêmement bas et qu’à moins d’une provocation ou d’un désastre stupéfiants, une guerre entre les États-Unis et la Russie est maintenant devenue extrêmement peu probable. Gloire à Dieu pour son immense miséricorde envers nous !

Cela dit, j’oserai spéculer que la Russie a joué un rôle dans l’élection de Trump. Non, pas en piratant des e-mails ou en recrutant Ron Paul (!!!) comme agent propagandiste russe, mais en affrontant ouvertement et fermement les États-Unis sur tous les fronts et en montrant que la Russie ne plierait pas le genou devant l’Empire anglosioniste. Comme je l’ai écrit à de nombreuses reprises, la Russie s’est préparée à la guerre depuis des années et, alors que les Russes avaient (et ont encore) peur de la guerre, ils sont également prêts et désireux de combattre s’ils sont contraints de le faire. Dans sa dernière conférence de presse, Poutine a spécifiquement évoqué la volonté du peuple russe comme élément essentiel dans la capacité de la Russie de vaincre n’importe quel agresseur, lorsqu’il a dit

« Nous sommes plus forts que n’importe quel agresseur potentiel. Je n’ai aucun problème à le répéter. J’ai aussi dit pourquoi nous sommes plus forts. Cela a à faire avec notre effort de modernisation des Forces armées russes, ainsi qu’avec l’histoire et la géographie de notre pays, et avec l’état actuel de la société russe. »

Il a absolument raison. C’est vrai, Hillary a été probablement assez stupide pour tenter d’imposer une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Syrie, mais les quelque 200 généraux et amiraux qui ont exprimé leur soutien à Trump ont probablement compris ce que ce genre de folie provoquerait. En plus, il apparaît qu’un assez grand nombre d’Américains ont de la sympathie pour la Russie et pour Poutine lui-même. De nouveau, dans sa dernière conférence de presse, Poutine s’est référé à cela et a fait quelques commentaires très intéressants :

« Je ne prends pas le soutien au président russe chez une grande partie des électeurs républicains comme un soutien à moi personnellement, mais je vois plutôt dans ce cas une indication qu’une partie importante du peuple américain partage des vues semblables avec nous sur l’organisation du monde, ce que nous devrions faire, et les menaces et les défis communs auxquels nous sommes confrontés. C’est bien qu’il y ait des gens qui sympathisent avec nos vues sur les valeurs traditionnelles parce que cela constitue une bonne fondation sur laquelle construire des relations entre deux pays aussi puissants que la Russie et les États-Unis, les construire sur la base de la sympathie mutuelle de nos peuples. (…)  Il me semble que Reagan serait heureux de voir les gens de son parti gagner partout, et il accueillerait la victoire du président nouvellement élu si capable de saisir l’humeur du peuple, et qui a pris précisément cette direction et a été poussé en ce sens jusqu’à la fin, même si personne à part nous ne croyait qu’il pouvait gagner. »

Poutine a mis cela sur des valeurs, des valeurs communes, entre les peuples russe et américain.

Aparté personnel :
Quoi qu’il en soit, j’interagis régulièrement avec des Américains qui soutiennent Poutine sur la base du fait qu’« il défend les valeurs américaines contrairement aux fils de pute de Washington ».

Mais comment les Américains ont-ils pris conscience des valeurs que Poutine et la Russie défendent sinon par les efforts incessants de Poutine lui-même et des médias alternatifs pour transmettre ces valeurs au grand public ? Je pense qu’en dénonçant OUVERTEMENT la totale hypocrisie de l’Empire anglosioniste et en offrant OUVERTEMENT un modèle civilisationnel différent, Poutine et la Russie ont un impact sur l’opinion publique en Occident. Pour le dire simplement : la Russie a remporté une victoire idéologique sur les impérialistes anglosionistes. En d’autres mots, la politique russe de position ferme contre l’Empire tout en contestant ouvertement ses fondations idéologiques a été correcte et a probablement influé sur le résultat de l’élection aux États-Unis.

OTAN 4/5

La Russie a vaincu l’OTAN à deux niveaux : l’un purement militaire et l’autre politique. Au niveau militaire, la Russie a pris toutes les mesures asymétriques, elle a promis de neutraliser le système anti-missile américain en Europe et le déploiement d’une puissance militaire menaçante en Europe de l’Est : la Russie a déployé le missile Iskander, doublé la taille de ses forces aéroportées et entamé la création d’une armée de blindés dans la direction occidentale stratégique (pour en lire plus sur la manière dont la Russie s’est préparée à combattre et à vaincre l’OTAN, voir Comment la Russie se prépare à la Troisième Guerre mondiale et Le suicide par déni de réalité de l’UE). Au niveau politique, il y a peu de doute que tous les dirigeants européens qui privilégiaient la confrontation avec la Russie soient aujourd’hui impopulaires et plongés dans une crise politique, à l’exception peut-être de Merkel, mais l’Allemagne seule ne peut rien faire de significatif (du moins un effet secondaire « positif », pour ainsi dire, sur l’intégration européenne). Quant à l’élection de Trump, elle a provoqué une panique dans l’ensemble de l’OTAN, en particulier dans les pays qui s’étaient prostitués à l’Empire avec un enthousiasme et un zèle particuliers (la Pologne, les trois mini-États baltes, le Danemark, la Hollande et nos « frères orthodoxes » en Roumanie et en Bulgarie). Je ne vois pas Trump se débarrasser de l’OTAN, cela susciterait trop d’opposition, mais avec Trump à la Maison Blanche, tout le non-sens sur « l’ours russe est sur le point d’envahir la Lettonie ou la Pologne » va se fracasser et les pauvres gens en Europe de l’Est finiront par réaliser que ni la Russie ni les États-Unis ne s’intéressent à eux. Trump exercera probablement une pression financière sur l’OTAN et forcera ses États-membres à acheter encore plus de matériel américain, mais ce sera une opération purement financière et pas une tentative d’encercler la Russie avec des forces militaires. Le but ultime de la Russie, remplacer l’OTAN par un accord de défense commun à l’échelle européenne allant du Portugal à l’Oural, ne s’est pas réalisé, mais l’élection de Trump est un pas immense dans la bonne direction.

L’UE 5/5

Pauvres « Unioneuropéens » (mon propre mot pour les zombies européens qui croyaient dans l’Union européenne des Bilderbergers) : ils sont maintenant – comment le dire poliment ? – totalement « foutus ». Non seulement le peuple britannique a défié l’Empire et voté pour un Brexit, mais maintenant la Patrie impériale les a « poignardés » en élisant un patriote qui n’est pas intéressé à maintenir l’empire mondial (ou comme il dit, au moins pour le moment). En même temps, la soi-disant « crise des réfugiés » amène plusieurs pays importants de l’UE au bord d’une guerre civile (la France par exemple) tandis que tous les efforts des élites pour accuser la Russie de tout se termin