Vers la réunification de la Libye ?


Par Andrew Korybko – Le 18 février 2019 – Source orientalreview.org

andrew-korybkoLe général Khalifa Haftar, membre du gouvernement Est-libyen non-reconnu de Tobruk, avait annoncé le mois dernier le début de ses opérations armées contre les groupes terroristes, les rebelles étrangers, les mercenaires, et d’autres acteurs non étatiques au sud du pays. Il a parcouru ces vastes étendues de territoires très peu densément peuplées, pour enfin reprendre les plus grands champs pétroliers d’El Sharara du pays en début de semaine. Des craintes ont existé de voir une autre phase de la longue guerre civile, cette fois conventionnelle, éclater alors que l’Armée Nationale Libyenne (ANL) s’approchait de zones sous contrôle symbolique des milices loyales au « Gouvernement de Concorde Nationale », installé à Tripoli et reconnu à l’international, mais il semble que l’armée de Haftar a conclu un accord avec les défenseurs du champ pétrolier d’El Sharara pour éviter l’occurrence d’un tel scénario.

Le général Khalifa Haftar

Le général renégat est à présent à la tête de la force militaire la plus puissante du pays, et dispose du contrôle le plus étendu sur la sève vitale économique de la Libye, mais il n’a pas abusé de sa position. L’homme a promis de rendre le contrôle de l’infrastructure énergétique reconquise à la National Oil Company (NOC), décision pragmatique s’il en est, au vu des sanctions internationales qui l’empêchent de vendre ses ressources sur le marché mondial. Reste qu’il peut se présenter comme libérateur du pays, et seule force unificatrice dans le chaos post-Kadhafi qui ravage le pays depuis le changement de régime mené par l’OTAN en 2011 contre la Jamahiriya ; de quoi faire monter ses chances de briguer la présidence s’il décide de se présenter aux élections qui auront lieu cette année. Saif Kadhafi pourrait être son opposant à ce scrutin : les gens qui voteront pour ce dernier le feront par nostalgie du père, alors que Haftar est en mesure de se targuer de réels accomplissements.

Tenu jusqu’ici écarté du pouvoir en raison des efforts de lobbying à l’international par le « Gouvernement de Concorde Nationale » de Tripoli, Haftar pourrait en fin de compte réussir à parvenir à un accord avec le reste de la communauté mondiale, et se voir reconnu comme force politique légitime, après le succès retentissant de son opération au sud, et le retour sans un coup de feu du champ pétrolier d’El Sharara dans le giron de la NOC. Mais en même temps, le gouvernement de Tripoli pourrait s’accrocher à l’illusion que le reste du monde restera uni contre Haftar ; chose finalement peu probable, car l’homme dispose de différents soutiens tactiques en Égypte, aux EAU, et même – se dit-il – en France et en Russie. En outre l’équipe hétéroclite qui compose le gouvernement de Tripoli, constituée de milices rivales entre elles, n’est même pas capable de contrôler Tripoli correctement, si bien que le soutien international dont elle dispose reste pour le moins superficiel.

Les choses ont pu laisser à penser que la Libye se dirigeait vers une « balkanisation », mais la soudaine montée au pouvoir de Haftar, et en particulier ses dernières victoires en date dans le sud ont montré que même le plus brisé des pays africains peut trouver une chance de se réunifier, de préférence de manière pacifique, et par la survenance d’un «compromis » politique. La Libye déchirée par la guerre civile n’a jamais été aussi proche de la réunification, mais il revient à présent aux soutiens internationaux du gouvernement de Tripoli de faire pression sur lui, pour qu’il souscrive à un accord avec Haftar, dans l’intérêt de la nation toute entière ; même si un tel accord sera difficile à négocier pour des raisons d’égo et de géopolitique. Faute d’un tel accord, Haftar pourrait continuer, lentement mais sûrement, resserrer l’étau qu’il a placé autour de Tripoli, jusqu’à obtenir la reddition des autorités. Pour l’instant, l’homme semble faire tout ce qui est en son pouvoir pour parvenir à un accord acceptable sans en parvenir à de telles extrémités.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Sputnik News le vendredi 15 février 2019.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

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