Un problème entre Moscou et Téhéran ?


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Par The Saker – Le 24 août 2016 – Source thesaker

Alors que l’octroi de l’utilisation de la base aérienne iranienne d’Hamedan aux forces aérospatiales russes a été accueillie avec beaucoup de couverture médiatique, le récent départ d’Hamedan du dernier bombardier russe Tu-22M3 a attiré beaucoup moins d’attention. La ligne officielle russe sur ce point a été très neutre, comme le montre cet article dans Sputnik.

Ce qui a vraiment eu lieu, cependant, mérite d’être examiné un peu plus minutieusement.

Tout d’abord, il faut dire que les Russes ont eu recours à cette base aérienne depuis un bon bout de temps déjà, mais que l’accord entre la Russie et l’Iran avait été gardé secret. Selon des sources russes, il semble que les Iraniens aient été complètement surpris quand cette information a été rendue publique et que certaines factions au sein des élites dirigeantes de l’Iran étaient outrées par ce qu’ils ont vu comme un aveu public de compromis sur la souveraineté iranienne.

D’abord, cela a été le ministre iranien de la Défense, Hossein Dehghan, qui a exprimé son indignation face à ce qu’il a vu comme une fuite provenant de Russie sans l’accord iranien. Selon Dehghan, les Russes voulaient montrer qu’ils étaient une superpuissance influente et c’est la raison pour laquelle ils ont rendu l’information publique. Peu après, à la fois le ministère iranien des Affaires étrangères et l’ambassadeur de Russie à Téhéran ont confirmé que les Russes avaient quitté Hamedan et qu’ils ne reviendraient que lorsque les deux pays seront d’accord pour leur retour.

Cependant, il pourrait y avoir plus que ce qui apparaît à l’œil nu.

Selon les mêmes sources russes, il aurait pu y avoir une lutte interne entre différentes factions iraniennes, en particulier les forces armées iraniennes et la Garde révolutionnaire islamique (IRGC). Les Russes croient que le site Web qui a initialement publié cette information, Warfare Worldwide, est lié aux Forces armées iraniennes qui, selon les Russes, ont fuité cette information − et les images − par le biais de ce site afin d’embarrasser le gouvernement iranien. Une fois que cette information a été rendue publique, les Russes devaient la confirmer, cela a abouti à des échanges très animés au Parlement iranien.

Les experts russes ont déclaré que la décision d’offrir l’utilisation de Hamedan aux forces aérospatiale russes ne pouvait pas avoir été prise sans l’approbation en personne de l’ayatollah Ali Khamenei, le Guide suprême de la République islamique, et que les forces aérospatiale russes sont utilisées sur la base aérienne de Hamedan depuis l’année dernière, mais l’hyper-sensibilité du public iranien − tout à fait compréhensible − à la question de la souveraineté, a rendu la publication de cette information très embarrassante pour les Iraniens, en particulier les conservateurs. Un deuxième problème est que les Russes ont, la plupart du temps, travaillé avec l’IRGC, car ce sont ceux qui luttent à l’intérieur de la Syrie, tandis que les forces armées iraniennes étaient mécontentes de cet arrangement.

Quel que soit le cas, à court terme, cela est certainement une mauvaise nouvelle, non seulement parce que cela complique l’exécution des frappes aériennes russes contre Daesh, mais aussi parce que cela montre que tout n’est pas parfait et ensoleillé dans l’alliance informelle entre la Russie et l’Iran. Dans le moyen et long terme, je m’attends absolument à ce que les deux côtés réparent les dégâts et travaillent à une série de protocoles de collaboration mutuelle acceptable pour les deux pays. En ce sens, c’est une bonne nouvelle.

En vérité, ni la Russie ni l’Iran n’ont d’autre option que de travailler ensemble. Les Iraniens, en particulier, ont absolument besoin d’un partenariat fort avec la Russie pour maintenir éloignée la clique US-Takfiri-sioniste-Wahabi (belle combinaison !) et continuer à être l’épine dorsale de la résistance contre l’Empire anglosioniste en Syrie, au Liban, en Irak et ailleurs. Si cette fuite était vraiment un effort des forces armées pour saboter une opération de l’IRGC, alors le chef suprême devra faire le ménage et s’assurer que toutes les factions du gouvernement iranien travaillent ensemble plutôt que les unes contre les autres.

Compte tenu de la nature vicieuse des luttes intestines qui se déroulent depuis des années − et toujours en cours − en Russie entre les intégrationnistes atlantistes et les souverainistes eurasiens, je pense que Vladimir Poutine pourra comprendre facilement la difficulté qu’il y a à exécuter une opération secrète dans un pays où les différentes factions sont en concurrence les unes contre les autres.

Le Saker

Traduit et édité par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

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