Trump aime les « jolis » murs – Le Venezuela devrait lui en construire un


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 20 février 2019

Aaron Maté, qui est actuellement sur le terrain au Venezuela, note que Trump a le Venezuela dans son viseur depuis longtemps :

Aaron Maté @aaronjmate - 20:59 utc - 18 fév 2019

Page 136 du nouveau livre de McCabe, racontant une réunion dans le Bureau ovale en 2017 : « Puis le président a parlé du Venezuela. C'est avec ce pays que nous devrions entrer en guerre » a-t-il dit. « Ils ont tout ce pétrole et ils sont sur notre porte arrière ».

Mais cette idée de « changer le régime » au Venezuela, Trump n’est pas le seul à l’avoir. Depuis 1998, date à laquelle Hugo Chavez a été élu, les États-Unis ont comploté pour « changer le régime » au Venezuela. C’est Obama qui a imposé des sanctions contre ce pays. Depuis des années, les économistes de droite ont élaboré des plans détaillés sur la façon de priver le Venezuela de ses actifs publics.

Le plan A de la récente tentative de coup d’État a échoué car l’armée vénézuélienne n’a pas accepté la prétention effrontée de Guaido à la présidence. Il n’y avait pas de plan B. Les États-Unis improvisent maintenant. L’acheminement de « l’aide humanitaire » est un prétexte pour ouvrir la frontière entre la Colombie et le Venezuela.

L’« aide » du gouvernement américain est toujours politique. Les travailleurs humanitaires américains sont suspects. Prenons l’exemple des équipes RED de l’USAID, dans une étude réalisée en 2018 à la demande de l’agence américaine d’aide à l’étranger :

Les agents de l'équipe RED, explique le rapport, mènent des activités de développement, mais ils auraient également une formation et une expertise qui ne sont généralement pas incluses dans les exigences de l'USAID.

« Le personnel de l'équipe RED devrait pouvoir vivre et travailler dans des environnements austères pendant de longues périodes et contribuer activement à sa propre sécurité et à son bien-être. Il serait déployé plus loin que là où le personnel de l'USAID est traditionnellement déployé et opérerait régulièrement sous l'autorité de l'agence hôte avec laquelle il est déployé, agissant conformément à sa consigne de sécurité », peut-on lire dans le rapport.

« Les membres de l'équipe RED devraient être formés et autorisés à se comporter comme un multiplicateur de force capable d'apporter une gamme complète de compétences en matière de sécurité, selon les besoins », y est-il aussi écrit.

Les officiers de l’USAID seraient aussi des forces spéciales ? Les forces spéciales seraient aussi des travailleurs de l’USAID ? Combien de ces « équipes RED » sont actuellement en Colombie, attendant de passer au Venezuela ?

Le samedi 23 février, une brèche dans la frontière vénézuélienne sera tentée dans le but de provoquer une escalade. Cette escalade servira ensuite à justifier d’autres actions allant jusqu’à des frappes militaires ou même une invasion.

La manière exacte dont le jeu se déroulera n’est pas encore claire :

Malgré son langage agressif, personne ne sait comment l'opposition vénézuélienne compte briser le blocus de Maduro à la frontière et livrer de la nourriture et des médicaments ce samedi. Le conseiller de Trump pour la sécurité nationale a déclaré que l'armée américaine – qui a transporté par avion des tonnes de fournitures jusqu'aux portes du Venezuela, à la frontière colombienne - ne traversera pas la frontière.

La soi-disant aide est également censée arriver par la mer et par la frontière avec le Brésil. Pour éviter cela, le Venezuela a fermé sa frontière maritime avec les îles néerlandaises des Caraïbes :

La fermeture bloque les mouvements de bateaux et d'avions entre l'État côtier occidental vénézuélien de Falcon et les îles d'Aruba, Bonaire et Curaçao, a déclaré le vice-amiral Vladimir Quintero, qui dirige une unité militaire à Falcon. Il n'a pas donné de raison à cette fermeture.

La route du Brésil est pour l’instant trop éloignée pour attirer l’attention des médias.

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Tout se concentrera sur le passage de la frontière avec la Colombie près de la ville colombienne de Cúcuta :

Les dirigeants de plusieurs pays d'Amérique latine prévoient de se rendre vendredi à la frontière entre la Colombie et le Venezuela avant la livraison de l'aide, a déclaré mardi le président chilien Sebastian Pinera, ajoutant qu'il avait accepté une invitation du président colombien, Ivan Duque.

On ne sait pas encore quels dirigeants y assisteront. La plupart des pays d'Amérique latine reconnaissent maintenant Guaido comme président, bien que la Bolivie, Cuba et le Nicaragua soutiennent toujours Maduro.

L'homme d'affaires milliardaire, Richard Branson, finance un concert de type « Live Aid » qui doit se dérouler vendredi dans la ville frontalière colombienne de Cucuta avec pour objectif une collecte de fonds de 100 millions de dollars pour fournir nourriture et médicaments au Venezuela.

Le gouvernement de Maduro a annoncé deux concerts rivaux de l'autre côté de la frontière.

Roger Waters, musicien de Pink Floyd, a dénoncé (vidéo) le concert de Richard Branson qu’il a appelé Not-really-for-AID et la tentative de changement de régime au Venezuela :

Roger Waters @rogerwaters - 22:57 utc - 18 fév 2019

La Croix-Rouge et l'ONU sont d'accord sans équivoque pour ne pas politiser l'aide. Laisser le peuple vénézuélien exercer seul son droit légal à l'autodétermination.

Samedi, lorsque la foule proxy américaine tentera de franchir la frontière avec de l’« aide » inutile, des tirs de tireurs d’élite sont susceptibles de se produire, filmés par des dizaines de caméras. Toutes les pertes seront imputées à l’armée vénézuélienne. Cet incident servira de prétexte à la propagande pour que les États-Unis prennent d’autres mesures. Il y a quelques jours déjà, le ministère russe des Affaires étrangères a mis en garde contre de telles attaques sous fausse bannière :

« Une provocation, impliquant des victimes, est en train d'être organisée sous le couvert d'un convoi humanitaire », a souligné Mme Zakharova. « Ils en ont besoin comme prétexte pour utiliser la force extérieure, et tout le monde devrait le comprendre. »

Le conseiller à la sécurité de Trump est en train de préparer le terrain :

John Bolton @AmbJohnBolton - 1:41 utc - 20 fév 2019

L'armée vénézuélienne doit s'acquitter de son devoir de protéger les civils aux frontières colombienne et brésilienne et leur permettre d'apporter pacifiquement une aide humanitaire sans violence ni crainte de persécution.

John Bolton @AmbJohnBolton - 2:14 utc - 20 fév 2019

Toute action de l'armée vénézuélienne visant à tolérer ou à inciter à la violence contre des civils pacifiques aux frontières colombienne et brésilienne ne sera pas oubliée. Les dirigeants ont encore le temps de faire le bon choix.

Le Venezuela n’a pas besoin de l’aide des États-Unis. Il a surtout besoin de la fin des sanctions économiques qui l’assiègent, comme on assiégeait au Moyen Âge. Il n’y a pas actuellement de pénurie de nourriture ou de médicaments comme au Yémen, même si certains produits manquent.

L’ONU, la Croix-Rouge et Caritas ont déjà des projets de distribution d’aide au Venezuela. Ils rejettent l’aide fournie par les États-Unis, la considérant comme étant politique. Le Comité international de la Croix-Rouge a récemment doublé son budget pour le Venezuela, le portant à 18 millions de dollars, et il est prêt à fournir davantage. La semaine dernière, 933 tonnes de médicaments en provenance de Cuba et de Chine sont arrivées. 300 tonnes supplémentaires en provenance de Russie sont supposées arriver aujourd’hui.

Le gouvernement vénézuélien a eu assez de temps pour déterminer la meilleure façon de réagir à la tentative de violation de sa frontière. Il doit bloquer les routes ET prévenir les provocations. Trump aime les murs à la frontière. Le Venezuela devrait lui en donner un.

« Cela ne me dérange pas d’avoir une grande et belle porte dans ce mur pour que les gens puissent entrer légalement dans ce pays. Mais on a besoin, Jeb, de construire ce mur pour empêcher les clandestins d’entrer. » – Donald Trump – 6 août 2015 pendant un débat avec le parti républicain

Je conseille au Venezuela d’utiliser des barricades en béton avec des fils barbelés, et des mines devant, à tous les points de passage frontaliers pour véhicules. Le but des mines est d’empêcher que l’on puisse enlever le fil et les barricades. De grandes affiches devraient mettre en garde contre le danger mortel de ces mines. Si quelqu’un est blessé par elles, ce sera clairement de sa faute.

Le passage à pied doit être autorisé comme d’habitude. Les soldats armés doivent rester hors de vue.

Trump a beaucoup parlé du besoin qu’a la sécurité nationale de s’équiper de « beaux murs ». Une grande bannière avec une des citations de Trump à ce sujet doit être placée en haut de chacun des passages barricadés.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

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