Slobodan Despot : le rôle du traducteur

Préambule du Saker Francophone

Je vous laisse profiter de cette excellente conférence à Nice de Slobodan Despot sur son livre Le Miel, un éditeur/auteur qui porte fort mal son nom. J’ai retranscrit ici ses mots concernant son travail de traducteur, qui représente parfaitement le travail de l’équipe du Saker Francophone. Les mots sont notre arme principale contre la barbarie qui arrive et quand ils sont bien dits, ils se doivent d’être entendus.

Le Miel est le fruit d’une longue rumination sur la guerre civile en ex-Yougoslavie et sur les multiples fossés d’incompréhension et de méfiance divisant les communautés yougoslaves entre elles, mais qui existent également entre les peuples balkaniques et l’Europe occidentale. Comment rendre compte de ces abîmes tout en aidant à les surmonter? La littérature est apparue comme la meilleure passerelle, la seule peut-être?

22’50

Je suis devenu traducteur. Traducteur, c’est modeste.

Mais enfin, vous prenez un livre que vous jugez bon et utile. Vous faites un gros effort, vous passez beaucoup de temps, vous gagnez peu d’argent et à la fin, il y a quelques personnes d’un autre pays, d’une autre culture, d’un autre ciel, grâce à votre travail qui vont découvrir quelque chose que sans ce travail, ils n’avaient aucunes chances de découvrir.

Donc vous êtes une passerelle, un maillon absolument vital entre deux mondes, deux cultures, deux  langues, deux moments de l’histoire.

On a cette passion d’essayer de surmonter les fossés humains par le haut, par les idées, par la culture, par la connaissance plutôt que par le bas, par les coups et les polémiques.

Mais à un moment donné, on se rend compte, et c’est ici que je viens au travail du romancier, que même cela ne suffit pas.

Blaise Pascal, que j’aime beaucoup citer, dans les lettres à un provincial, un des sommets du pamphlet français, écrit, à propos de la controverse des jansénistes et des jésuites où il prend parti pour les jansénistes, le parti minoritaire, il écrit à ses adversaires jésuites en disant: «Mes bons pères, je vous écris mais ne me prenez pas au sérieux, vous savez très bien que tout ce que je pourrais écrire pour réfuter et combattre vos idées est d’avance condamné à la défaite et l’oubli, pour une seule et bonne raison, ne serait-ce que celle là, je suis seul et vous êtes quatre-vingt docteurs.»

De la même manière, vous ne pouvez pas ramer contre le courant lorsque le courant va très très fort. Vous ne pouvez pas rentrer en débat avec un système médiatique. avec des intérêts géopolitique, avec des idées préconçues qui remontent quelques fois à des siècles.

 

www.pdf24.org    Envoyer l'article en PDF