Rêveurs rêvant des rêves


Par James Howard Kunstler – Le 15 septembre 2017 – Source kunstler.com

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Les ouragans Harvey et Irma sont déjà tellement loin que les gens qui ne sont pas envahis par les moisissures s’étendant dans leurs chambres à coucher dans cette atmosphère étouffante pensent probablement que ces événements ont quelque chose à voir avec la défaite des confédérés. Le New York Times et le Washington Post sont beaucoup plus concernés ce matin par ce qui se passe sur la planète Saturne, et la carrière de Chelsea Manning, l’icône à la mode, ce qui est peut-être la façon dont les choses devraient être dans une nation souffrant d’un déficit d’attention. En accord avec ce qui s’y passe…

Dans l’intervalle, personnellement, je pense qu’il serait cruel de déporter des jeunes adultes fortement acculturés et américanisés au Mexique et en Amérique centrale. Mais il devrait être évident qu’il appartient au Congrès de comprendre ce qu’il faut faire au sujet des enfants DACA et de mettre le droit en conformité. Le Golem d’or de la Grandeur a eu raison de passer la balle au Congrès. Le suave et charmant M. Obama avait seulement repoussé toute action sur cette question, et plutôt cyniquement d’ailleurs, comme je le soupçonne, car il savait que le prochain président serait bien gêné la dessus.

Il est difficile de surmonter la démagogie sentimentale que ce dilemme pose. Les soi-disant Rêveurs sont récemment décrits dans les médias comme une monoculture de jeunes actifs très motivés, des gagneurs, tous de potentiels diplômés de Harvard et de futurs millionnaires de la Silicon Valley travaillant sans relâche pour ajouter de la valeur à l’économie américaine. De ceci encore, personnellement, je doute, et il est également possible de douter qu’ils soient uniformément acculturés et américanisés comme l’ont affirmé les journalistes qui ont choisi de raconter leurs histoires pour soutenir le récit que les frontières nationales et les lois sur l’immigration sont elles-mêmes des anachronismes cruels qui doivent être liquidés.

Le récit des Démocrates / Progressistes a été hypocrite d’une manière suspecte pendant des années – l’insistance à se référer à n’importe qui entré ici illégalement comme « sans-papiers », comme si son statut de non-citoyenneté n’était dû qu’à une simple erreur d’enregistrement et aussi la reculade flagrante devant les votes de la démographie hispanique en croissance rapide quand ils prétendent que les frontières ne devraient pas compter. L’infâme « mur » de Trump n’est en réalité qu’une métaphore pour une faction politique qui croit que les frontières importent, surtout dans la loi, là où l’ambiguïté est un vice.

Ce récit est également en contradiction avec le principe multiculturel de la gauche, car leur plaidoyer pour les enfants DACA repose sur l’idée qu’ils ont assimilé avec succès la culture commune très américaine que le multiculturalisme rejette. Les affiches DACA que les enfants montrent sur les réseaux d’information par câble parlent l’anglais aussi couramment que Anderson Cooper et Don Lemon [journalistes de CNN, NdT]. Pourtant, la gauche s’oppose tellement fortement à l’idée que parler anglais correctement a une importance, vu qu’ils ont permis à plusieurs générations d’enfants des ghettos noirs américains d’échouer académiquement dans les écoles de centre-ville où les compétences linguistiques sont délibérément négligées pour éviter d’offenser leur mauvaise maitrise de la langue. En fait, ces jours-ci, quiconque annonce que parler un anglais correct importe en Amérique, est automatiquement marqué du sceau « R » écarlate, pour Raciste. Sauf que maintenant c’est important parce que cela concerne les Rêveurs.

Les « déplorables », comme ils sont qualifiés, ont été poussés hors du marché du travail, souffrent d’anomie, sont accros aux opiacés, obèses et tatoués de la tête aux pieds. Les électeurs de Trump ont des raisons légitimes de penser qu’ils ont été concurrencé sur le marché du travail et pour leurs moyens d’existence de manière déloyale par les immigrants à la fois légaux et illégaux, et personne ne devrait être surpris des tensions que cela provoque. Il est juste et approprié que le Congrès résolve le sort des enfants DACA par une loi, mais il devrait également s’attaquer à la réforme de la loi sur l’immigration de 1965. Les choses ont changé. Ce n’est plus l’Amérique de votre grand-père avec des usines bourgeonnantes attirant tous les opprimés de la terre. Il s’agit d’une économie industrielle en déclin qui ne sait pas vraiment vers où elle se dirige, mais qui se livre encore à des fantasmes grandioses de loisirs robotisés perpétuels où le facteur travail réel deviendrait obsolète, mais où tout le monde continuerait de s’enrichir.

Trump a également eu raison de fixer un délai de six mois pour que le Congrès légifère. Il est clairement de leur responsabilité de le faire, et le délai est exactement le genre de frontière pour penser et agir que cette nation paresseuse doit commencer à mettre en place pour résoudre sa longue liste de tâches urgentes longtemps négligées.

James Howard Kunstler

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

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