Pourquoi les Arabes ne veulent pas de nous en Syrie [4/4]


Ils ne haïssent pas «nos libertés». Ils haïssent le fait que nous ayons trahi nos idéaux dans leurs propres pays – pour le pétrole.


Par Robert F. Kennedy Jr – le 23 février 2016 – Source Politico

Quelle est la réponse ? Si notre objectif est la paix à long terme au Moyen-Orient, l’autonomie gouvernementale des pays arabes et la sécurité nationale à la maison, nous devons entreprendre toute nouvelle intervention dans la région avec un œil sur l’Histoire et un désir intense d’en tirer les leçons.

Ce n’est que lorsque les Américains comprendront le contexte historique et politique de ce conflit que nous exercerons un contrôle adéquat sur les décisions de nos dirigeants. En utilisant les mêmes images et le même langage que ceux qui ont appuyé notre guerre de 2003 contre Saddam Hussein, nos dirigeants politiques ont amené les Américains à croire que notre intervention en Syrie était une guerre idéaliste contre la tyrannie, le terrorisme et le fanatisme religieux. Nous avons tendance à rejeter comme simple cynisme les opinions de ces Arabes qui voient la crise actuelle comme une répétition des mêmes vieux complots à propos d’oléoducs et de géopolitique. Mais si nous voulons avoir une politique étrangère efficace, nous devons reconnaître le conflit syrien comme une guerre pour le contrôle des ressources, qui ne se distingue pas des innombrables guerres clandestines et non déclarées pour le pétrole que nous avons menées au Moyen-Orient depuis 65 ans. C’est seulement lorsque nous voyons ce conflit comme une guerre par procuration pour un oléoduc, que les événements deviennent compréhensibles. C’est le seul paradigme qui explique pourquoi le Parti républicain à Capitol Hill et l’administration Obama sont toujours fixés sur un changement de régime plutôt que sur la stabilité régionale, pourquoi l’administration Obama ne peut pas trouver de Syriens modérés pour faire la guerre, pourquoi État islamique a abattu un avion de ligne russe, pourquoi les Saoudiens n’ont exécuté un important religieux chiite que pour avoir leur ambassade incendiée à Téhéran, pourquoi la Russie bombarde des combattants qui ne sont pas État islamique et pourquoi la Turquie a pris soin d’abattre un avion de combat russe. Le million de réfugiés qui déferlent sur l’Europe sont les réfugiés d’une guerre pour un oléoduc et à cause des gaffes de la CIA.

Clemente compare État islamique aux FARC de Colombie – un cartel de la drogue avec une idéologie révolutionnaire pour inspirer ses fantassins. «Vous devez penser à EI comme à un cartel pétrolier, a dit Clemente. À la fin, l’argent est la logique dirigeante. L’idéologie religieuse est un instrument qui incite ses soldats à donner leur vie pour un cartel pétrolier.»

Une fois que nous avons dépouillé ce conflit de son vernis humanitaire et que nous reconnaissons le conflit syrien comme une guerre du pétrole, notre stratégie de politique étrangère devient claire. Comme les Syriens fuyant en Europe, aucun Américain ne veut envoyer son enfant mourir pour un oléoduc. Notre première priorité devrait plutôt être celle que personne n’évoque jamais – nous devons donner un coup de pied à nos fournisseurs de pétrole au Moyen-Orient, un objectif de plus en plus réalisable, comme les États-Unis deviennent plus indépendants sur le plan énergétique. Ensuite, nous devons énormément réduire notre profil militaire au Moyen-Orient et laisser les Arabes diriger l’Arabie. À part apporter une aide humanitaire et garantir la sécurité des frontières d’Israël, les États-Unis n’ont pas de rôle légitime à jouer dans ce conflit. Alors que les faits prouvent que nous avons joué un rôle dans la création de la crise, l’Histoire montre que nous avons peu de pouvoir pour le résoudre.

Lorsque nous regardons l’Histoire, cela coupe le souffle de considérer l’étonnante cohérence avec laquelle presque chaque intervention violente de notre pays au Moyen-Orient depuis la Seconde Guerre mondiale s’est soldée par un échec misérable et un retour de flamme épouvantablement coûteux. Un rapport de 1997 du Département de la Défense a trouvé que «les données montrent une forte corrélation entre l’engagement des États-Unis à l’étranger et une augmentation des attaques terroristes contre eux». Regardons les choses en face ; ce que nous appelons la guerre contre le terrorisme n’est en réalité qu’une autre guerre pour le pétrole. Nous avons dilapidé 6000 milliards de dollars dans trois guerres à l’étranger et pour construire un État guerrier centré sur la sécurité nationale depuis que le pétrolier Dick Cheney a déclaré la Longue guerre en 2001. Les seuls gagnants ont été les entrepreneurs militaires et les compagnies pétrolières qui ont empoché des profits historiques, les agences de renseignement qui ont monté de manière exponentielle en pouvoir et en influence au détriment de nos libertés, et les djihadistes qui ont invariablement utilisé nos interventions comme leur instrument de recrutement le plus efficace. Nous avons compromis nos valeurs, envoyé notre propre jeunesse à la boucherie, tué des centaines de milliers de gens innocents, perverti notre idéalisme et gaspillé nos trésors nationaux dans des aventures vaines et coûteuses à l’étranger. Au cours de ce processus, nous avons aidé nos pires ennemis et avons transformé l’Amérique, qui était autrefois le phare mondial de la liberté, en un État policier dédié à la sécurité nationale et en un paria moral aux yeux de la communauté internationale.

Les Pères fondateurs ont mis en garde les Américains contre les armées permanentes, les engagements en politique étrangère, et, selon les mots de John Quincy Adams, contre le désir de «partir à l’étranger en quête de monstres à détruire ». Ces hommes sages comprenaient que l’impérialisme à l’étranger est incompatible avec la démocratie et les droits civils au pays. La Charte de l’Atlantique a répercuté leur idéal américain fondateur selon lequel chaque nation devrait avoir le droit à l’auto-détermination. Au cours des sept dernières décennies, les frères Dulles, le gang Cheney, les néocons et leurs semblables ont détourné ce principe fondamental de l’idéalisme américain et ont déployé notre appareil militaire et de renseignement pour servir les intérêts mercantiles de grandes entreprises, en particulier des compagnies pétrolières et des marchands d’armes, qui ont littéralement fait de ces conflits une mise à mort.

Il est temps pour les Américains de détourner l’Amérique de ce nouvel impérialisme et de reprendre le chemin de l’idéalisme et de la démocratie. Nous devrions laisser les Arabes gouverner l’Arabie et consacrer nos énergies à la grande tâche de la construction nationale chez nous. Nous devons commencer ce processus, non en envahissant la Syrie, mais en mettant fin à la ruineuse addiction au pétrole qui a perverti la politique étrangère des Etats-Unis depuis un demi-siècle.

Robert F. Kennedy, Jr.

Robert F. Kennedy, Jr. est le président de Waterkeeper Alliance. Son dernier ouvrage s’intitule Thimerosal : Let The Science Speak.

Traduit par Diane, vérifié par Ludovic et relu par Diane pour le Saker francophone

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