Les pourparlers pour le Haut-Karabakh ont encore échoué. Cette guerre n’est pas finie


Par Moon of Alabama − Le 21 octobre 2020

Comme nous l’avions prévu, le cessez-le-feu dans la guerre du Haut-Karabakh n’a pas tenu. Les unités azerbaïdjanaises, soutenues par des mercenaires turcs de Syrie, ont gagné du terrain (jaune, bleu) sur les basses terres du front sud.

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La carte topographique montre que les troupes arméniennes ont quitté les terres basses, difficiles à défendre, et se sont repliées vers les montagnes. Pour l’Azerbaïdjan, il sera beaucoup plus difficile de se rendre sur les hauteurs que lors des combats précédents.

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Les terres basses offraient également peu de protection aux Arméniens contre les attaques aériennes massives des drones turcs et israéliens que l’Azerbaïdjan utilise. Les unités arméniennes ont subi des pertes importantes de chars et d’autres équipements lors des attaques aériennes.

Cependant, au cours des 36 dernières heures, l’Arménie a abattu 8 drones. Il semble qu’elle ait enfin trouvé un moyen de les détecter et de les frapper. Le Canada a arrêté l’exportation de tourelles à cardan vers la Turquie. Sans cela, les drones sont aveugles. Un des drones Bayraktar turcs récemment détruits avait une date de fabrication très récente, septembre 2020. Il ne s’agit donc pas d’un article en stock. Tout cela signifie que le beau-fils d’Erdogan, qui produit ces drones, aura bientôt des problèmes pour en fournir d’autres.

Un autre cycle de discussions avec des représentants arméniens et azerbaïdjanais a eu lieu à Moscou aujourd’hui.

Après la fin des discussions d’aujourd’hui, le Premier ministre arménien, Nikol Pashinyan, a offert une perspective plutôt sombre pour le conflit :

301 🇦🇲 @301_AD - 12:19 UTC - Oct 21, 2020
PASHINYAN, Premier Ministre Arménien En Direct :

1. Je tiens à dire que nous devons clairement réaliser que la question du Karabakh, au moins à ce stade et pour le long terme, n'a pas de solution diplomatique. Tous les espoirs, malgré les demandes qu'une solution diplomatique soit trouvée, sont terminés.

2. Aujourd'hui, et pendant tout ce processus, j'ai beaucoup apprécié la coopération entre l'Arménie et la Russie. Nous ressentons le fait que la Fédération de Russie est un allié stratégique de l'Arménie.

3. Nous avons prouvé dans les années 90 qu'il n'y a pas d'Arménie sans Artsakh, et aujourd'hui cela signifie prendre les armes et se battre.

4. La situation ne nous laisse pas d'autre choix que la victoire.

5. Oui, une situation assez complexe a été créée sur la ligne de front. Des opérations militaires se déroulent dans tout le sud de l'Artsakh.

6. Tous ceux qui le peuvent, prenez les armes et battez-vous pour l'Artsakh - Nikol Pashinyan

Les nouvelles en provenance de l’autre bord étaient également déprimantes :

Spriter @spriter99880 13:22 UTC – 21 Oct 2020
Triste nouvelle concernant les résultats des entretiens entre les chefs de la diplomatie de Bakou et d'Erevan à Moscou. L'essentiel est de démontrer l'extrême intransigeance de la partie attaquante.

Le délégué de Bakou a confirmé le mantra d'Aliyev sur "la guerre jusqu'au bout", ce qui met fin à la possibilité d'une hypothétique rencontre d'Aliyev lui-même avec son homologue. ...
L'intensification des hostilités en Artsakh dans les 1 ou 2 prochains jours est un scénario probable.

Les combats, vus ici (vidéo), depuis la frontière iranienne, sont féroces.

Vendredi, les ministres des affaires étrangères arménien et azerbaïdjanais sont attendus à Washington pour s’entretenir avec le secrétaire d’État Mike Pompeo :

Selon des documents du gouvernement américain vus par le magazine Politico, le ministre azerbaïdjanais des affaires étrangères, Jeyhun Bayramov, rencontrera d'abord Pompeo vendredi matin. Son homologue arménien, Zohrab Mnatsakanyan, rencontrera peu après le secrétaire d'État américain. ...
Les États-Unis, avec la Russie et la France, co-président le "Groupe de Minsk", un organe qui a cherché à jouer un rôle de médiateur pour mettre fin au conflit du Haut-Karabakh.

Alors que les combats ont progressé ces dernières semaines, Pompeo a lancé un appel à l'Arménie et à l'Azerbaïdjan pour qu'ils respectent les cessez-le-feu convenus, mais ces trêves se sont rapidement effondrées. Pompeo a également exhorté la Turquie, un allié des États-Unis au sein de l'OTAN, à ne pas aggraver la crise.

Les États-Unis ont peu à offrir aux deux parties. Je n’attends aucun progrès de ces pourparlers.

Pendant ce temps, David Ignatius, le chroniqueur du Washington Post affilié à la CIA, a plaidé pour la création d’une zone d’exclusion aérienne contre les drones azerbaïdjanais au-dessus du Haut-Karabakh :

Voici une simple suggestion pour le secrétaire d'État Mike Pompeo, qui doit rencontrer vendredi les ministres des affaires étrangères de l'Arménie et de l'Azerbaïdjan : La voie vers de véritables négociations et la stabilité au Karabakh pourrait commencer par une zone d'exclusion aérienne au-dessus de l'enclave, imposée par les États-Unis, la Russie et la France, les trois coprésidents du "Groupe de Minsk" qui ont tenté en vain de régler la question du Karabakh depuis 1992.

Pompeo a un grand défi à relever. La Russie et la France ont négocié deux cessez-le-feu ce mois-ci, et tous deux ont échoué. Ce qu'il faut, c'est un plan qui insère plus directement les trois grandes puissances dans le pétrin du Karabakh et qui offre une plate-forme pour traiter les questions sous-jacentes de la souveraineté et des réfugiés. Les États-Unis veulent également contrôler la Turquie, alliée de l'Azerbaïdjan, que Pompeo a critiquée dans une interview cette semaine pour être "venue prêter sa puissance de feu à une situation qui est déjà une poudrière".

Celui qui pense qu’une zone d’exclusion aérienne est une « simple suggestion » est un simple d’esprit. L’idée est, comme le dit Daniel Larison, une dangereuse absurdité :

C'est une proposition terrible pour des raisons qui, je l'espère, sont si évidentes qu'elles n'ont pas besoin d'être expliquées, mais passons en revue certains des principaux problèmes. Ignatius sonne le tocsin pour "faire quelque chose" à propos de la nouvelle guerre du Karabakh depuis des semaines, mais c'est la première fois qu'il appelle explicitement à une action militaire. Il s'agit d'une demande d'intervention réflexive et insensée qui n'a absolument aucun sens. Les "zones d'exclusion aérienne" ne suffisent pas à elles seules à mettre fin aux conflits, et au mieux, cela ne ferait qu'étendre le conflit à d'autres belligérants. Il est difficile de voir d'où les avions américains appliqueraient cette "zone d'exclusion aérienne", car il est douteux que la Turquie autorise le stationnement ou le survol pour une telle mission, et il y a de bonnes chances que les États-Unis aient à appliquer cette "zone d'exclusion aérienne" contre les avions turcs à un moment donné. La proposition d'Ignatius est désespérément naïve et extrêmement dangereuse.

L'application d'une "zone d'exclusion aérienne" contre deux pays en guerre impliquerait non seulement d'attaquer éventuellement les deux belligérants, mais aussi de maintenir des patrouilles pendant des mois, voire des années, en violation flagrante de la souveraineté des deux États. La Russie refuserait évidemment d'y participer et il n'y aurait aucune autorisation légale de l'ONU ou d'un autre pays pour cette mission. Les États-Unis n'ont absolument pas le droit de faire ce qu'Ignatius demande. Cela compliquerait davantage un conflit déjà difficile, et même si cela limitait la capacité de l'Azerbaïdjan à utiliser des drones contre les blindés et l'artillerie arméniens, cela n'empêcherait pas la poursuite des combats sur le terrain. Les États-Unis n'ont aucun intérêt vital en jeu dans ce conflit. Il serait absurde et irresponsable d'interférer militairement dans un conflit qui n'a vraiment rien à voir avec nous. 

Ignatius n’est conscient d’aucun de ces problèmes ou n’en parle pas, et son argument est typique d'une mentalité interventionniste irréfléchie qui saute immédiatement à une option militaire avant que les autres alternatives n'aient été épuisées.

Je reconnais que l’idée d’une zone d’exclusion aérienne est stupide. Mais je me demande qui a dit à Ignatius de lancer ce ballon d’essai.

Était-ce Mike Pompeo ? Ou veut-il en venir avec une telle idée ?

Moon of Alabama

Note du Saker Francophone

La zone d'exclusion aérienne si proche de la Russie et surtout de l'Iran pourrait permettre d'implanter l'US Air Force juste entre ces 2 acteurs de l'"axe du mal". On a vu en Libye que l'on peut passer très vite de l'exclusion aérienne à une guerre agression.

Traduit par Wayan, relu par Jj pour le Saker Francophone

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