Les banques centrales du G7 ont perdu la boussole

Préambule de l'auteur

Sans aucun doute, les banques centrales des pays industrialisés ont épuisé leurs munitions pour combattre la crise. Réunis pour leur assemblée annuelle de Jackson Hole, les responsable de la politique monétaire ont été terrifiés par le discours de la présidente de la Réserve fédérale des États-Unis, Janet Yellen, qui, au lieu de lever les doutes quant à la reprise de l'économie mondiale, a plutôt alimenté encore plus la panique : il est impossible de faire confiance à l'économie américaine pour être la locomotive qui tirera la faible croissance dans les pays industrialisés.

Ariel Noyola RodriguezPar Ariel Noyola Rodriguez – Le 5 septembre 2016 – Source Russia Today

Huit ans après la faillite de Lehman Brothers, les banques centrales du Groupe des sept – le G7, composé de l’Allemagne, du Canada, des États-Unis, de la France, de l’Italie, du Japon et du Royaume-Uni – n’arrivent pas encore à voir leurs économies enregistrer des taux de croissance supérieurs à 3%.

Initialement, la politique monétaire a servi d’outil puissant pour empêcher une dépression à l’échelle mondiale. Malgré cela, elle est aujourd’hui pratiquement épuisée : les banques centrales des pays industrialisés n’ont aucune chance d’inverser le cycle de baisse de l’économie mondiale.

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L’économie américaine illustre la façon dont la politique monétaire «non conventionnelle» a lamentablement échoué, dans sa tentative de résoudre les conséquences profondes de la crise de 2008. Selon le Département du Travail des États-Unis, le taux de chômage est proche de 5% depuis août 2015.

Cependant, alors que la plupart des gens ont cessé de chercher du travail en raison du manque d’occasions, d’autres, qui ont un emploi, seraient prêts à travailler plus longtemps pour améliorer leur niveau de vie.

Ainsi, le taux U6  de «sous-emploi», qui prend en compte à la fois les chômeurs et ceux qui travaillent à temps partiel pour des raisons économiques, reste bloqué à 9,7%, soit presque le double du taux de chômage officiel de 4,9%.

Il convient de noter en outre que la création d’emplois aux États-Unis n’a jusqu’à présent pas réussi à se convertir en incitation pour les employeurs à accorder des augmentations de salaires de façon significative. Pour cette raison, le taux annuel d’inflation reste inférieure à 2%, ce qui est l’objectif de la Réserve fédérale (Fed).

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Quant à la chute des prix du pétrole, même si elle a eu un impact positif sur les portefeuilles des familles américaines, car elle a favorisé la réduction du prix du carburant, il est également vrai que les prix en chute libre du pétrole continuent de renforcer les tendances déflationnistes – baisse des prix – qui, en passant, ont également été étayées par l’effet de l’appréciation du dollar.

Ainsi, se fane l’espoir que le G7 avait placé dans la locomotive américaine pour relancer une croissance faible. Le discours que la présidente de la Fed, Janet Yellen, a délivré à la fin août à Jackson Hole, où, année après année, les autorités monétaires du monde se réunissent pour échanger leurs points de vue sur les défis auxquels est confrontée l’économie mondiale, loin d’effacer l’incertitude, a augmenté la méfiance des banques centrales.

Fidèle à son style, Yellen a montré un optimisme exacerbé, en recommençant encore une fois à présumer que les sombres perspectives économiques internationales n’ont pas empêché les États-Unis de se diriger vers le «plein emploi». Mais, paradoxalement, Yellen s’est refusée à formuler toute expression qui anticiperait une nouvelle hausse du taux d’intérêt des fonds fédéraux  à la prochaine réunion du Federal Open Market Committee (FOMC, son sigle en anglais) qui se tiendra fin septembre. La présidente de la Fed a tenu à préciser que, bien que le processus de rétablissement de l’économie américaine se renforce, ce n’est pas encore concluant.

Par conséquent, bien que le moment où il faudra relever l’indice de référence des taux d’intérêt semble toujours plus proche, tout semble indiquer que si l’économie évolue de façon défavorable, et c’est à la réunion de décembre qu’aura peut-être lieu la deuxième hausse des coûts du crédit, soit un an après la première.

Le fait est qu’il serait désastreux pour l’administration Obama, de devoir faire face à une nouvelle secousse financière juste avant la fin de son mandat, à quelques mois de l’élection présidentielle, une situation qui serait utilisée par le candidat du Parti républicain Donald Trump.

Quoi qu’il en soit, le fait est que la Fed a perdu toute crédibilité, tant parmi les banques centrales du G7 qu’en interne. Après que le marché du travail a subi un revers en mai dernier, les chiffres d’août sont loin d’être prometteurs : la masse salariale non agricole n’a ajouté que 151 000 emplois, tandis que les investisseurs sur le marché boursier attendaient une augmentation de plus 180 000 postes.

En bref, les milliardaires sont ceux qui ont le plus bénéficié de la reprise présumée de l’économie américaine, ce sont eux qui, par la spéculation sur les marchés boursiers, ont gagné d’énormes sommes d’argent grâce aux politiques de crédit pas cher de la Fed. Pendant ce temps, les revenus continuent de se concentrer sur 1% de la population, accroissant de plus en plus les troubles sociaux.

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Selon un sondage Gallup réalisé en avril, seulement 28% des Américains avaient une grande confiance dans les politiques mises en œuvre par la Fed, tandis que 35% avaient peu ou pas confiance. En revanche, à l’époque où Alan Greenspan était en charge, la confiance dans la Fed était au-dessus de 70%.

Les banques centrales du G7 ont perdu la boussole. Janet Yellen, au lieu de présenter des réponses fiables aux graves problèmes de l’économie mondiale tombe dans le discrédit, encore et encore. Au cours des dernières années, les banques centrales des pays industrialisés ont entraîné l’économie mondiale à devenir accro à l’accumulation de la dette et aux opérations à haut risque sur les marchés boursiers, de sorte que le déclenchement d’une nouvelle crise de dimension colossale est inévitable, c’est seulement une question de temps. Le grand danger est que cette fois les responsables de la politique monétaire n’ont plus les munitions pour la combattre…

Ariel Noyola Rodríguez est économiste, il a fait ses études supérieures à l’Université nationale autonome du Mexique. Contact : noyolara@gmail.com. Twitter:@noyola_ariel.

Traduit et édité par jj, relu par Catherine pour le Saker Francophone

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