Le message du Brexit à l’UE


Par Amir Taheri – Le 

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  • Le premier problème avec L’UE est que, bien qu’elle s’appelle une union, elle n’en est pas vraiment une. L’UE est essentiellement un club économique et non un État.
  • Le Brexit a mis en lumière les principaux défis auxquels l’UE est confrontée. Le premier défi concerne une surestimation généralisée du rôle de l’UE. Cela s’explique par le fait qu’elle est perçue comme un État supranational, ce qui n’est certainement pas le cas.
  • L’UE est également confrontée au défi posé par le retour de l’État-nation en tant que modèle le plus populaire d’organisation sociopolitique à travers le monde. À l’heure actuelle, toutes les organisations supranationales et/ou internationales, des Nations unies à L’OTAN, sont considérées avec suspicion, voire hostilité, non seulement en Europe, mais aussi dans le monde entier.

Le dénouement de la saga du Brexit étant encore incertain, l’Union européenne ferait bien de réexaminer ses performances en tant qu’expérience audacieuse d’ingénierie sociopolitique à grande échelle. Même si, comme on pouvait s’y attendre, le Royaume-Uni parvient d’une manière ou d’une autre à esquiver le Brexit et à rester lié à l’UE, il n’en reste pas moins que des millions de Britanniques et d’autres Européens sont mécontents de certains aspects de cette expérience.

Le premier problème avec l’UE est que, bien qu’elle s’appelle une union, elle n’en est pas vraiment une. Certes, elle possède un drapeau, un hymne, un parlement, un conseil de ministres, et même des pseudo-ambassades dans de nombreux pays, mais en dépit de ces signes extérieurs d’un État, l’UE est essentiellement un club économique et non un État.

Même alors, l’UE est essentiellement concernée par deux branches de l’économie : l’industrie et l’agriculture, des secteurs qui représentent environ 32% du produit intérieur brut (PIB) combiné des 28 États membres. Dans le cas de la Grande-Bretagne, qui est principalement une économie fondée sur les services, l’industrie et l’agriculture représentent environ 25% du PIB.

Le budget annuel de l’UE représente environ 1% du PIB total de ses 28 membres. Cependant, en moyenne, l’État dans les 28 pays membres contrôle les dépenses d’environ 50% du PIB.

Les aspects clés de l’économie, y compris la fiscalité, les taux d’intérêt et, mis à part les membres de la zone euro, les monnaies nationales ne sont pas du ressort de l’UE.

Les États membres de l’UE représentent de nombreux souvenirs et expériences historiques. Les Britanniques sont façonnés par deux siècles d’expérience coloniale, suivis d’un bref flirt avec la social-démocratie se transformant en la version thatcherienne du capitalisme caricaturé en un seul mot : la cupidité. Les membres Nordiques de l’UE sortent de sept décennies de démocratie sociale avec le « bien-être » comme concept clé.

L’Allemagne et L’Autriche s’enorgueillissent de leur modèle économique de « marché social », considéré avec une profonde méfiance dans les autres pays européens. L’Italie, et dans une moindre mesure la Grèce, L’Espagne et le Portugal ont un modèle « noir et blanc » dans lequel l’économie non officielle ou souterraine est presque aussi grande que l’économie officielle. Les trois pays du Benelux, La Belgique, Les Pays-bas et le Luxembourg ont vécu avec ce qu’ils appellent le « capitalisme social » – un système dans lequel le rôle principal de l’État est de redistribuer la richesse créée.

La France, selon le parti au pouvoir à un moment donné, a hésité entre le modèle germano-autrichien et le modèle du Benelux.

Les membres d’Europe centrale et orientale faisaient tous partie du Pacte de Varsovie et du Comecon dominés par l’Union Soviétique et avaient l’habitude d’attendre de l’État et du parti au pouvoir qu’ils prennent toutes les décisions et répondent à tous leurs besoins.

Ils ont aussi une longue histoire d’hostilité les uns envers les autres. Laissant de côté une longue histoire de guerres, dont certaines ont duré plus de 100 ans, peu d’amour est resté entre les Français et les Allemands, ou les Britanniques d’ailleurs. Pour les Hongrois, les plus haïs du monde sont les Roumains qui dirigent encore plus de quatre millions de « Hongrois captifs » dont ils ont annexé le territoire en 1919.

Les Irlandais aiment les Anglais autant que les Hollandais aiment les Allemands, c’est-à-dire pas beaucoup. Les Italiens se souviennent encore de l’oppression des Autrichiens et les Espagnols n’ont pas oublié leur lutte contre Napoléon.

Il est étonnant que l’UE ait réussi à rassembler autant de nations dans une région qui a l’histoire la plus longue et la plus intense de rivalités et d’inimitiés nationales par rapport à toute autre région du monde. Ce succès est dû en partie aux craintes suscitées par la guerre froide et aux espoirs attendus de la chute de l’Empire soviétique.

Les nations d’Europe occidentale ont senti le besoin de mettre de côté les vieilles inimitiés pour faire face à « l’ogre communiste à l’Est ». Dans l’ère post-soviétique, les pays d’Europe centrale et orientale se sont empressés de rejoindre l’UE et l’OTAN pour mettre autant de distance que possible entre eux et leurs anciens oppresseurs russes.

Il va sans dire que les États-Unis ont encouragé la formation du marché commun d’origine et ont soutenu sa transformation en UE dans le cadre d’une stratégie globale visant à contenir l’URSS. Dans ce contexte, l’UE [Non, l’OTAN, Ndt] a joué un rôle majeur pour assurer la paix et la stabilité sur un continent qui a été témoin de la plupart des guerres que l’humanité a vécues dans l’Histoire.

L’UE a également accompli un excellent travail dans le cadre de la politique dite de mise à niveau, qui consiste à aider les nouveaux membres à atteindre une certaine parité avec les membres fondateurs dans des domaines clés tels que l’État de droit, les valeurs démocratiques, les réglementations économiques et le comportement international.

Le Brexit a mis en lumière les principaux défis auxquels l’UE est confrontée. Le premier défi concerne une surestimation généralisée du rôle de l’UE. Cela est dû au fait qu’elle est perçue comme un État supranational, ce qu’elle n’est certainement pas. Dans de nombreux États membres, les responsables politiques locaux aiment à blâmer l’UE pour leurs propres manquements, même dans des domaines qui ne concernent pas l’union.

L’UE est également confrontée au défi posé par le retour de l’État-nation en tant que modèle le plus populaire d’organisation sociopolitique à travers le monde. À l’heure actuelle, toutes les organisations supranationales et/ou internationales, des Nations unies à l’OTAN, sont considérées avec suspicion, voire hostilité, non seulement en Europe, mais aussi dans le monde entier.

Les dirigeants de l’UE et ceux qui la soutiennent feraient bien d’offrir une image plus modeste et plus réaliste de l’union en tant que club économique s’intéressant à certains aspects de l’économie de ses membres et non en tant que putatif « États-Unis d’Europe. »

L’UE a prétendu être une machine essayant d’imposer l’uniformité à des nations qui se sont toujours vantées de leur spécificité. Elle peut survivre et même prospérer si elle œuvre pour l’unité dans la diversité.

Même si cela ne se produit jamais, le message du Brexit à l’UE est le suivant : « Rabaisse ta vanité ! ».

Amir Taheri a été rédacteur en chef du quotidien Kayhan en Iran de 1972 à 1979. Il a travaillé ou écrit pour d’innombrables publications, publié onze livres et est chroniqueur pour Asharq Al-Awsat depuis 1987.

Cet article a été publié à l’origine par Asharq al-Awsat et est reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

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