Le dilemme de Zelenskii, ci-devant président ukrainien


Par The Saker − Le 25 juillet 2019 − Source thesaker.is via Unz Review

2015-09-15_13h17_31-150x112Les récentes élections à la Rada [le parlement] ukrainienne ont donné deux résultats des plus intéressants :

Premièrement, presque tous les partis nationalistes n’ont pas réussi à faire élire un représentant à la Rada – les partis de Porochenko et de Timoshenko ont obtenu quelques sièges, mais seulement 25 chacun.

Deuxièmement, pour la première fois depuis l’indépendance de l’Ukraine, le président du pays aura la majorité absolue au parlement.

Voici les résultats rapportés par l’agence d’information Unian :

word-image-3-300x149Le parti des Serviteur du peuple avec 43,17% reste en tête. Le parti Plateforme d’opposition pour la vie arrive en deuxième position avec 13,01%, le parti Batkivshchyna de Ioulia Tymoshenko en troisième position avec 8,18%, le parti Solidarité européenne de Petro Poroshenko avec 8,11% et le Parti Holos de Svyatoslav Vakarchuk avec 5,83%. Tous les autres partis n’ont pas réussi à obtenir un seul représentant à la Rada.

Le parti Plateforme d’opposition pour la vie – Rabinovich, Boyko, Medvedchuk – qui totalise 44 sièges, est également intéressant.

En clair, cela signifie que les partis de la guerre ont subi une défaite électorale écrasante.

On pourrait penser que c’est une nouvelle fantastique pour Zelenskii, mais c’est en fait l’inverse : le résultat de cette élection crée une situation extrêmement dangereuse pour lui.

Pourquoi le résultat des élections est-il extrêmement dangereux pour l’Ukraine ?

La première chose dont nous devons nous souvenir est que, bien que les néo-nazis aient subi deux défaites écrasantes d’affilée – à l’élection présidentielle et aux élections législatives -, ils n’ont pas disparu d’une façon magique. Voici le facteur clé que nous ne devons jamais oublier : l’Ukraine, occupée par les nazis, n’est pas une démocratie, mais une ploutocratie associée à une ochlocratie.

En clair, cela signifie que l’Ukraine est gouvernée par des oligarques, des foules et des escadrons de la mort.

L’ensemble de l’affaire de l’Euromaidan n’est rien de plus que le renversement d’un gang oligarchique par une combinaison d’autres gangs oligarchiques qui utilisaient des foules néonazies pour s’emparer du pouvoir. Le fait que les États-Unis et l’Union européenne aient soutenu ce coup d’État néo-nazi n’a guère d’importance : l’Occident a toujours pris le parti de quiconque, d’une manière ou d’une autre, s’oppose, d’une manière ou d’une autre, à la Russie. C’est vrai depuis le Moyen-Âge et c’est encore le cas aujourd’hui – je dirais même que l’ascension au pouvoir de Hitler était une autre opération de la part de l’anglo-sphère pour tenter de contrôler le continent européen et le fait, qu’en fin de compte, le golem nazi se soit retourné contre ses maîtres putatifs, ne change rien à cela.

Les oligarques sont toujours là, de même que les foules et les escadrons de la mort néo-nazis. Et cela crée un immense problème pour Zelenskii : cette nouvelle Rada peut bien représenter les vues de la majorité du peuple ukrainien, mais le vrai pouvoir dans le pays ne se concentre pas du tout dans la Rada : il se trouve dans la rue.

Juridiquement parlant, Zelenskii dispose des outils nécessaires pour sévir contre les oligarques et les néonazis, mais en pratique, il n’a réellement rien. D’accord, peut-être pas tout à fait «rien», mais quel que soit son pouvoir, il est profondément enraciné dans le fait qu’il bénéficie du soutien de l’ultime super oligarque Kolomoiskii, que beaucoup considèrent comme le véritable «président» de l’Ukraine, Zelenskii n’étant rien de plus qu’une marionnette. Non seulement cela, mais Kolomoiskii a de nombreux comptes à régler avec le gang de Porochenko, et nous pouvons être à peu près certains qu’il voudra que ses ennemis paient pour ce qu’ils lui ont fait subir sous le régime précédent.

Alors, résumons.

Le peuple ukrainien veut désespérément la paix. Pour le moment, la Rada reflète ce fait extrêmement important. Je dis «pour le moment» car ce qui va se passer ensuite, c’est que les différentes forces et individus qui soutiennent actuellement Zelenskii l’ont fait pour obtenir le pouvoir. Ils n’ont toutefois pas de plate-forme idéologique commune ni même de programme commun. Dès que les choses commenceront à dérailler – ce qui sera inévitable – beaucoup (la plupart?) se retourneront contre Zelenskii et se rangeront avec celui qui pourra rassembler les plus grandes foules et infliger le plus de violence.

En théorie, Zelenskii pourrait le faire «à la Poutine» et écraser les oligarques. Mais Zelenskii n’est pas Poutine, c’est le moins que l’on puisse dire. En outre, la véritable raison pour laquelle les oligarques ukrainiens haïssent et craignent la Russie n’est pas due à un soi-disant nationalisme ou impérialisme grand-russe, mais bien à la volonté de maintenir l’Ukraine dans la même situation dysfonctionnelle et très rentable dans laquelle ce pays, redevenu pauvre, a été maintenu depuis 1991. Lorsque Poutine est arrivé au pouvoir et a réprimé les oligarques russes, les oligarques ukrainiens ont observé avec une horreur absolue ce qui se passait en Russie et ont décidé de faire tout ce qui était en leur pouvoir pour que cela ne se produise jamais en Ukraine.

Il existe en Ukraine un slogan bien connu «Путин прыйдэ – порядок навэд» qui peut être traduit par «Poutine est venu – l’ordre est rétabli». C’est le cauchemar ultime de tout oligarque ukrainien. En l’occurrence, c’est aussi l’ultime cauchemar de l’empire anglo-sioniste. D’où l’alliance, apparemment contre nature, des anglo-saxons, des sionistes et des nazis : ils craignent tous que Poutine ne vienne rétablir l’ordre en Ukraine. Ajoutez à cela les hallucinations de Hillary – « Poutine veut restaurer l’URSS » – et de Brzezinski« La Russie a besoin de l’Ukraine pour être une superpuissance » – et vous avez une explication simple et globale de ce que nous avons vu se dérouler en Ukraine depuis l’Euromaidan.

Fait intéressant, il existe même des indicateurs selon lesquels Poutine est très populaire auprès de la majorité des Ukrainiens (voir en russe, ici, ici, ici ou ). Cela pourrait, en partie du moins, expliquer pourquoi la campagne de Porochenko était centrée sur le concept «Moi ou Poutine» qui, compte tenu de la défaite écrasante subie par Porochenko, pourrait suggérer que Poutine était le véritable vainqueur de la dernière élection ou les gens n’ont voté pour Zelenskii que comme le candidat le moins pro-guerre et le plus anti-Porochenko : une sorte de candidat anti-anti-Poutine, du moins pendant la campagne. Maintenant qu’il a été élu, Zelenskii a adopté quasi-instantanément le même discours que celui qui a conduit Porochenko à être si sévèrement battu. Pourquoi ?

Parce que Zelenskiii craint que les foules et les escadrons de la mort néo-nazis se déchaînent contre lui à la toute première occasion. En fait, les néo-nazis ont déjà commencé à promettre un nouveau Maidan (voir ici ou ).

Conclusion : Zelenskii a deux options, toutes deux très dangereuses

La vérité est que Zelenskii doit choisir entre agir selon la volonté du peuple et faire face à la colère des néo-nazis ou faire la volonté des néo-nazis et faire face à la colère du peuple : tertium non datur !

Et si cela ne suffisait pas, un autre facteur aggrave encore la situation de Zelenskii : personne ne peut réellement l’aider.

L’expérience a déjà montré que les anglo-sionistes sont prodigues en promesses mais avares en actions concrètes. En fait, nous pouvons être pratiquement certains que, outre des slogans anti-russes vides, l’Occident n’a pas grand-chose à offrir à l’Ukraine. Et, franchement, les États-Unis et l’Union européenne ont suffisamment de problèmes à résoudre pour continuer à perdre du temps, de l’énergie et de l’argent dans ce que Trump appellerait sans aucun doute – à titre privé – un « pays de merde », ignorant ainsi le fait indéniable que le désastre en Ukraine n’est que la conséquence des immenses ressources dépensées par l’Empire pour le transformer en désastre – à l’époque soviétique, l’Ukraine était la république soviétique la plus riche et la plus prospère.

En théorie, la Russie pourrait aider, bien sûr. Mais nous pouvons être assurés que les néo-nazis vont immédiatement appeler à un nouveau Maidan, si Zelenskii fait une ouverture significative à la Russie. Leurs cris indignés seront également soutenus par le vaste « chœur » des politiciens occidentaux non moins horrifiés.

À l’heure actuelle, Zelenskii tient exactement le même discours que Porochenko, Timoshenko et le reste des monstres nazis. Mais il doit réaliser que s’il suit également ce chemin, il finira par être aussi universellement détesté que Porochenko maintenant. Alors que peut-il faire ?

L’Ukraine a désespérément besoin de meilleures relations avec la Russie, mais cela est impossible tant qu’il y a une guerre dans le Donbass. En outre, chaque politicien russe et ukrainien doit maintenant répondre à une question : à qui appartient la Crimée ? C’est à peu près la question la plus polarisante à l’heure actuelle, et elle oblige tout le monde à choisir entre la réponse de l’Empire – soutien principal de la thèse «La Crimée appartient définitivement à l’Ukraine» – et la réponse de Poutine – que tous les Russes, sauf les politiciens libéraux les plus stupides formulent ainsi «La Crimée appartient à la Russie pour toujours».

Jusqu’à présent, Zelenskii a apparemment décidé que tout ce qu’il allait faire était simplement de parler, parce que ses victoires électorales triomphantes l’ont déposé au milieu d’un immense champ de mines, et que tout pas qu’il ferait désormais pourrait lui coûter très cher. À l’heure actuelle, à court terme, les foules néonazies représentent un danger beaucoup plus grand pour Zelenskii que le peuple, désorganisé, démoralisé et généralement apathique. Mais cela changera inévitablement avec l’aggravation de la situation économique et politique.

La triste réalité est que l’occupation nazie de l’Ukraine a transformé le pays en un État failli et qu’il n’y a aucun signe, d’aucune sorte, indiquant que les choses pourraient s’améliorer, même marginalement, dans un avenir prévisible. Personnellement, je suis enclin à penser que le «moins mauvais» résultat pour ce pays entièrement artificiel serait, au départ, de se scinder en plusieurs parties, peut-être complétées par une sorte de confédération très souple, et  éventuellement unie par une déclaration commune de neutralité. Cela résoudrait non seulement le problème de l’artificialité de l’Ukraine, mais permettrait également aux acteurs extérieurs – États-Unis, Union européenne, Russie, ONU, OSCE, UEE, OCS, etc. – d’aider plus facilement les États scindés qui naîtront de l’éclatement du monolithe actuel.

Pour le moment, Zelenskii semble être sur le point de répéter certaines des pires erreurs de Porochenko : la dernière nouvelle est que les Ukies ont maintenant saisi un pétrolier russe. C’est une décision vraiment stupide car nous savons déjà ce que la Russie va faire en guise de représailles : «inspecter», parfois pendant de nombreuses heures, les navires ukrainiens, causant ainsi d’immenses pertes financières aux propriétaires de ces navires. Que Zelenskii ait ordonné cette opération – ou, du moins, l’ait autorisée – est sans importance. S’il l’a fait, il est aussi stupide et sans idée que Porochenko. S’il ne l’a pas fait, il n’a pas le contrôle. Quoi qu’il en soit, c’est un problème supplémentaire pour Zelenskii, qui a déjà fait des débuts déjà moins qu’impressionnants en tant que président.

The Saker

Traduit par jj, relu par Hervé pour le Saker Francophone

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