L’avenir de l’énergie est prometteur, partie 2


Par Dmitry Orlov – Le 22 janvier 2019 – Source Club Orlov

Pour reprendre là où nous nous sommes arrêtés la dernière fois, le fonctionnement d’une économie industrielle nécessite une source d’électricité stable et bon marché. L’électricité fournie par le vent et le soleil est intermittente et ne correspond donc pas au besoin réel. L’électricité produite à partir du charbon, du diesel et du gaz naturel fonctionne mais cause des dommages à l’environnement, et ces combustibles fossiles sont pour la plupart dépassés, sont de plus en plus chers à produire et ne dureront pas longtemps de toute façon. L’hydroélectricité est un bon choix, mais toutes les zones utilisables ont déjà été exploitées. Les ressources en magasin telles que la biomasse, la micro-hydro, l’énergie marémotrice et tout ce que vous pouvez imaginer sont insuffisantes pour alimenter une économie industrielle. Il reste donc l’énergie nucléaire, mais l’énergie nucléaire pose de gros problèmes.


Il n’y a donc pas de bonnes solutions, mais ce n’est peut-être pas un problème parce que, voyez-vous, sans une source stable d’électricité bon marché, il n’y aura pas d’économie industrielle, et sans une économie industrielle, il n’y aura ni offre ni demande pour tout ce qui précède. Il y aura toujours une demande de bois de chauffage, que vous pourrez satisfaire en parcourant un tronçon de route abandonné, ramassant des branches d’arbres sèches pour votre feu de camp, sur lequel vous pourrez faire cuire des rongeurs que vous aurez attrapés avec un bâton fourchu.

Si vous trouvez ce scénario peu attrayant et que vous souhaitez chercher d’autres options, il n’y a pas d’autre choix que d’examiner de plus près l’énergie nucléaire. Oui, il a des problèmes majeurs, mais quoi si ces problèmes ont des solutions ? Vous n’y avez pas pensé, n’est-ce pas ? Mais ce n’est pas une idée aussi farfelue que vous pourriez l’imaginer. D’énormes équipes de scientifiques et de brillants ingénieurs qui travaillent avec diligence depuis des décennies trouvent parfois des solutions, même aux problèmes les plus difficiles. De toute évidence, il serait insensé de simplement supposer que tous les problèmes majeurs seront résolus, mais je crois qu’il est logique d’essayer de rester informé des progrès réels qui ont été réalisés, ne serait-ce que pour satisfaire votre curiosité intellectuelle, si vous en avez.

Avant d’aller plus loin, permettez-moi de vous assurer que je n’ai pas de position politique particulière vis-à-vis de l’énergie nucléaire. Je ne suis pas passé de anti-nucléaire à pro-nucléaire ou à toute autre chose du genre. En outre, permettez-moi d’affirmer sans équivoque que votre opinion politique sur l’opportunité ou l’inopportunité de l’énergie nucléaire n’a pas la moindre importance. En fait, si jamais je devais dire que ça le devient, … important, n’hésitez pas à supposer que je suis devenu sénile et à venir me tuer, car je ne veux pas être un fardeau. En retour, si je vous surprends en train de signer des pétitions anti-nucléaires, de participer à des rassemblements anti-nucléaires ou de faire connaître votre opinion sur la question, je supposerai la même chose à votre sujet, mais je ne prendrai pas la peine de venir vous tuer. Mon souhait est d’informer, pas d’influencer. Si, armé de ces connaissances, vous trouvez des moyens d’éviter d’avoir à faire cuire des rongeurs sur un bâton (en cherchant dans le monde des lieux où il y aura encore de l’énergie et en vous déplaçant pendant qu’il en est encore temps), je serai heureux pour vous.

Une fois ces préliminaires terminés, permettez-moi de vous faire part de quelques faits clés sur l’énergie nucléaire que vous devriez certainement avoir dans le crâne afin de comprendre l’importance de ce qui va suivre. L’énergie nucléaire est assez différente de l’énergie chimique en ce sens qu’elle est quelque chose comme 100 000 fois plus puissante : 1 kg de combustible nucléaire fournit autant d’énergie que 100 tonnes de charbon. L’uranium naturel contient deux isotopes : U-235 et U-238. Seul l’U-235 est directement capable de soutenir une réaction de fission : lorsqu’un atome d’U-235 est frappé par un neutron, il se fissionne en Baryum-141 et en Krypton-92, qui ont une très courte durée de vie et se décomposent en d’autres éléments, libérant beaucoup d’énergie au passage. Il émet également 3 neutrons, qui peuvent ensuite frapper d’autres atomes U-235, soutenant ainsi la réaction en chaîne.

Seulement 0,7 % de l’uranium naturel est cet isotope utile, le U-235. Le reste est l’isotope (presque) inutile U-238. Comme 0,7 % est loin d’être suffisant pour soutenir une réaction en chaîne, un processus compliqué est utilisé pour « enrichir » l’uranium, ce qui porte la concentration d’U-235 entre 3 % et 5 % (loin d’être suffisant pour fabriquer une bombe, soit dit en passant) en séparant l’U-238 en excès. Pour ce faire, on transforme le dioxyde d’uranium (UO2, aussi appelé yellowcake) en hexafluorure d’uranium (UF6), un solide incolore qui s’évapore légèrement au-dessus de la température ambiante. Le gaz UF6 est ensuite introduit dans une cascade de centrifugeuses qui séparent les isotopes. Le mélange enrichi est ensuite reconverti en UO2 qui est transformé en pastilles qui constituent le combustible nucléaire. Tout cela est basé sur une technologie très complexe et sensible, dont disposent seulement une poignée de pays.

La raison pour laquelle l’U-238 est presque inutile plutôt que complètement inutile est que, dans certaines conditions, il peut capturer un neutron et se transformer en plutonium-239, qui est également utile comme l’U-235 pour soutenir une réaction en chaîne. Le combustible nucléaire usé, dans lequel une grande partie de l’U-235 a été brûlée, contient une certaine quantité de Pu-239, qui peut ensuite être retraité en combustible mixte (MOX). Il est important de noter que le plutonium produit par les centrales nucléaires est inutile pour fabriquer des bombes nucléaires parce que les fractions d’isotopes ne sont pas les bonnes : les matières de qualité militaire ne peuvent pas contenir trop de Pu-240, qui est instable, mais le plutonium produit dans les centrales en contient près de 30%, et comme le procédé de séparation ne fonctionne pas avec le plutonium (il est littéralement trop chaud pour être traité) vous êtes coincé avec les fractions d’isotopes issues du réacteur à la fin du cycle de combustion. La quantité totale de plutonium recyclée chaque année dans le monde est d’environ 70 tonnes.

La capacité de produire du Pu-239 utile à partir de l’U-238 (presque) inutile dans les réacteurs nucléaires étend les réserves d’uranium. Le taux de conversion se situe généralement entre 0,5 et 0,8, ce qui signifie que plus d’U-235 est utilisé que de Pu-239 est créé pour le remplacer. C’est un problème, car les réserves d’uranium sont limitées et de plus en plus difficiles et coûteuses à produire. Mais si ce problème devait être résolu et que le taux de conversion dépassait 1, la quantité d’U-238 déjà produite serait suffisante pour alimenter les économies industrielles pendant des milliers (oui, littéralement, des milliers) d’années.

Et si je vous disais que ce problème est sur le point d’être résolu ? De plus, que se passerait-il si l’autre problème vraiment énorme – que faire avec les déchets nucléaires hautement radioactifs (environ 250 000 tonnes dans le monde) – était également en bonne voie d’être résolu ? (On a trouvé un moyen de tout brûler dans des réacteurs nucléaires.) Et si, enfin je vous disais que des solutions ont aussi été trouvées au problème des réacteurs nucléaires qui explosent et fondent de temps à autre ? (Cette dernière question est également très sérieuse. La catastrophe de Fukushima Daichi a coûté, selon les estimations, au moins 500 milliards de dollars et a pratiquement atomisé l’industrie nucléaire japonaise).

Je vais expliquer par la suite à quoi ressemblent ces solutions. Encore une fois, je ne veux pas essayer de changer l’attitude de qui que ce soit à l’égard de l’énergie nucléaire, surtout parce que cela n’a pas d’importance. Vous n’avez pas plus de chances d’y mettre un terme, si vous essayez, que si vous êtes en mesure de vous acheter un réacteur nucléaire. Rassurez-vous, le problème n’est plus entre vos mains. Mais cela peut vous aider d’être informés. Comme c’est le cas pour la plupart des technologies, une fois qu’elles auront été créées et qu’elles se seront révélées utiles et efficaces, elles seront utilisées. Ceux qui les utiliseront gagneront et pourront jouer à nouveau, ceux qui ne les utiliseront pas perdront et abandonneront le jeu, et le monde ira de l’avant.

Avant d’expliquer ces solutions, j’aimerais aborder quelques autres questions connexes. La première est l’impact environnemental de l’industrie nucléaire par rapport à celui de l’industrie des combustibles fossiles et des énergies renouvelables. L’état de l’industrie nucléaire dans le monde et sa viabilité générale, qui est discutable à bien des égards, quelles que soient les solutions existantes, est aussi une question. Enfin, un dernier problème très important est celui de la radio-phobie : il semble que les radiations effraient les gens beaucoup plus qu’elles ne le devraient. Oui, les radiations peuvent être dangereuses, mais une batte de baseball en pleine tête aussi. La seule différence est que les battes de baseball sont visibles et les radiations ne le sont souvent pas, et les gens ont tendance à avoir beaucoup plus peur des dangers invisibles que des dangers visibles. J’aborderai bientôt ces questions.

Les cinq stades de l'effondrementDmitry Orlov

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Traduit par Hervé pour le Saker Francophone

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