La Russie peut-elle et doit-elle arrêter la guerre dans le Caucase ?


Par The Saker − Le 9 octobre 2020 − Source The Saker Blog

Cette guerre est officiellement une guerre entre l’Azerbaïdjan et la République (non reconnue) du Haut-Karabakh (NK) alias « République d’Artsakh » (ROA) que j’appellerai simplement Nagorno-Karabakh ou « NK ».

Comme c’est souvent le cas, la réalité est beaucoup plus compliquée. D’une part, la Turquie d’Erdogan est profondément impliquée depuis le premier jour (et même bien avant), tandis que l’Arménie soutient le NK depuis l’éclatement de l’Union soviétique. Pire encore : la Turquie est membre de l’OTAN alors que l’Arménie est membre de l’OTSC. Ainsi, une guerre commencée sur une zone relativement petite et éloignée pourrait, en théorie, déclencher une guerre nucléaire internationale. La bonne nouvelle ici est que personne à l’OTAN ou à l’OTSC ne veut d’une telle guerre, d’autant plus que techniquement parlant, le NK ne fait pas partie de l’Arménie (l’Arménie n’a même pas reconnu cette république jusqu’à présent !) et n’est donc pas sous la protection de l’OTSC. Et comme il n’y a pas eu d’attaques contre la Turquie proprement dite, du moins jusqu’à présent, l’OTAN n’a pas non plus de raison de s’impliquer.

Je dois mentionner ici qu’en termes de droit international, le NK fait partie intégrante de l’Azerbaïdjan. Néanmoins, presque tout le monde s’accorde à dire qu’il y a une différence entre le NK proprement dit et le type de zone de sécurité que l’armée du NK a créée autour du NK (voir carte)

Note de l'auteur

La République autonome du Nakhitchevan fait partie de l'Azerbaïdjan)

La réalité sur le terrain est cependant très différente, alors examinons la position de chaque acteur à tour de rôle, en commençant par le parti qui a déclenché la guerre : L’Azerbaïdjan.

L’Azerbaïdjan a réformé et réarmé son armée depuis que les forces azéries ont été complètement défaites lors de la guerre de 1988-1994. En outre, pour le président Aliev, cette guerre représente ce qui pourrait bien être la meilleure et la dernière chance de vaincre le NK et les forces arméniennes. La plupart des observateurs s’accordent à dire que si Aliev ne parvient pas à obtenir au moins une apparence de victoire, il perdra le pouvoir.

L’Arménie aurait été très heureuse de maintenir le statu quo et de continuer à former de facto un pays avec le NK tout en restant deux pays de jure. Pourtant, vivant dans le « quartier » difficile et même dangereux du Caucase, les Arméniens n’ont jamais oublié qu’ils sont entourés de pays plus ou moins hostiles, tout comme ils sont restés très conscients de l’idéologie néo-ottomane d’Erdogan qui, tôt ou tard, rendrait cette guerre inévitable.

L’Iran, que l’on oublie souvent, n’est pas directement impliqué dans le conflit, du moins jusqu’à présent, mais sympathiserait plutôt avec l’Arménie, principalement parce que l’idéologie néo-ottomane d’Erdogan représente un danger pour toute la région, y compris l’Iran. [malgré le fait que les azéris soient plutôt chiites, NdSF]

La Turquie a joué un rôle crucial en coulisse dans le réarmement et la réorganisation des forces azéries. Tout comme ce fut le cas en Libye, les drones d’attaque turcs ont été utilisés avec une efficacité redoutable contre les forces du NK, malgré le fait que les Arméniens disposent de défenses aériennes très décentes. Quant à Erdogan lui-même, cette guerre est sa dernière tentative de se dépeindre comme une sorte de sultan néo-ottoman qui réunirait tous les peuples turcs sous son règne.

L’une des principales idées fausses sur ce conflit est l’hypothèse selon laquelle la Russie a toujours été et sera toujours du côté de l’Arménie et du NK, mais si cela était certainement vrai pour la Russie d’avant 1917, ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui. Pourquoi ?

Examinons la position russe dans ce conflit.

Tout d’abord, écartons les évidences : L’Arménie (proprement dite, par opposition au NK) est membre de l’OTSC et si quelqu’un (y compris l’Azerbaïdjan et/ou la Turquie) attaquait l’Arménie, la Russie interviendrait très certainement et mettrait fin à l’attaque, soit par des moyens politiques, soit même par des moyens militaires. Si l’on considère ce que la Turquie a fait au peuple arménien pendant le tristement célèbre génocide arménien de 1914-1923, cela est parfaitement logique : au moins maintenant, le peuple arménien sait que la Russie ne permettra jamais qu’un autre génocide ait lieu. Et les Turcs le savent aussi.

Et pourtant, les choses ne sont pas aussi simples que cela.

Par exemple, la Russie a vendu beaucoup de systèmes d’armes avancés à l’Azerbaïdjan (voir ici un bon exemple). En fait, les relations entre Vladimir Poutine et Ilham Aliyev sont réputées très chaleureuses. Et s’il est vrai que l’Azerbaïdjan a quitté l’OTSC en 1999, la Russie et l’Azerbaïdjan ont conservé de très bonnes relations que certains qualifient de partenariat ou même d’alliance.

De plus, l’Azerbaïdjan est un bien meilleur partenaire de la Russie que l’Arménie, surtout depuis la « révolution de couleur » de 2018, financée par Soros, qui a mis Nikol Pashinian au pouvoir. Depuis l’arrivée de ce dernier au pouvoir, l’Arménie suit le même type de politique « multi-vectorielle » qui a vu Loukachenko, le Biélorusse, tenter de se débarrasser de la Russie et de s’intégrer dans la zone de domination de l’UE, de l’OTAN et des États-Unis. Les deux plus grandes différences entre le Belarus et l’Arménie sont a) les Bélarusses et les Russes sont le même peuple et b) la Russie ne peut pas se permettre de perdre le Belarus alors que la Russie n’a vraiment pas besoin de l’Arménie.

Sur le plan négatif, non seulement l’Azerbaïdjan a quitté l’OTSC en 1999, mais il a également rejoint l’organisation GUAM, ouvertement anti-russe (dont le siège est à Kiev).

Ensuite, il y a le facteur Turquie-Erdogan vu de Russie. En termes simples, les Russes ne feront jamais confiance à un Turc qui partage la vision du monde et l’idéologie néo-ottomane d’Erdogan. La Russie a déjà mené douze guerres de grande envergure contre les Ottomans et elle ne souhaite pas laisser les Turcs en déclencher une autre (ce qu’ils ont failli faire en abattant un Su-24M russe au-dessus du nord de la Syrie). Bien sûr, la Russie est beaucoup plus puissante que la Turquie, au moins en termes militaires, mais en termes politiques, une guerre ouverte contre la Turquie pourrait être désastreuse pour les objectifs de politique étrangère et intérieure de la Russie. Et, bien sûr, le meilleur moyen pour la Russie d’éviter une telle guerre à l’avenir est de s’assurer que les Turcs réalisent que s’ils attaquent, ils subiront une défaite cuisante dans un délai très court. Jusqu’à présent, cela a plutôt bien fonctionné, surtout après que la Russie a sauvé Erdogan du coup d’État soutenu par les États-Unis.

Certains observateurs ont suggéré que la Russie et l’Arménie étant chrétiennes, la première a une sorte d’obligation morale envers la seconde. Je ne suis pas du tout d’accord. Ma principale raison de ne pas être d’accord ici est que les Russes sont maintenant très conscients du manque de gratitude dégoûtant dont nos (supposés) « frères » et (supposés) « compagnons chrétiens » ont fait preuve dès que la Russie a été dans le besoin.

Encadré

La plupart des arméniens ne sont pas des chrétiens orthodoxes, mais des membres de l'Église apostolique arménienne, qui sont des miaphysites/monophysites. Ils ne sont pas slaves non plus ]

Les seuls peuples slaves ou orthodoxes qui ont montré une réelle gratitude envers la Russie sont les serbes. Tous les autres se sont immédiatement précipités pour se prostituer devant l’oncle Shmuel et ont rivalisé entre eux pour « l’honneur » de déployer des systèmes d’armes américains ciblant la Russie. La vérité est que, comme toute superpuissance, la Russie est trop grande et trop puissante pour avoir de véritables « amis » (la Serbie étant une assez belle exception à cette règle). Le tsar russe Alexandre III disait que « la Russie n’a que deux véritables alliés : son armée et sa marine ». Eh bien, aujourd’hui la liste est plus longue (on pourrait ajouter les forces aérospatiales, le FSB, etc.), mais en termes d’alliés ou d’amis extérieurs, le peuple serbe (par opposition à certains dirigeants serbes) est le seul qui soit un véritable ami de la Russie (et ce, malgré le fait que sous Elstine et ses « oligarques démocratiques », la Russie a honteusement trahi une longue liste de pays et de dirigeants politiques, dont la Serbie).

Ensuite, il y a le facteur religieux qui, bien que crucial dans le passé, ne joue vraiment aucun rôle dans ce conflit. Bien sûr, les dirigeants politiques des deux camps aiment se présenter comme des religieux, mais il ne s’agit que de relations publiques. La réalité est que tant les Azéris que les Arméniens placent les considérations ethniques bien au-dessus des considérations religieuses, ne serait-ce que parce que, grâce à l’athéisme militant de l’ex-URSS, beaucoup, sinon la plupart des gens en Arménie, en Azerbaïdjan et même en Russie sont aujourd’hui des laïcs agnostiques qui ne s’intéressent qu’en passant aux « valeurs spirituelles qui ont façonné leur identité nationale » (ou quelque chose de ce genre).

Une préoccupation majeure de la Russie est le déplacement des Takfiris de Syrie vers l’Azerbaïdjan. Les Russes ont déjà confirmé que cela a eu lieu (les Français l’ont également signalé) et, si cela est vrai, cela donnerait à la Russie le droit de frapper ces Takfiris sur le sol azéri. Jusqu’à présent, cette menace est mineure, mais si elle devient réelle, on peut s’attendre à ce que des missiles de croisière russes entrent en scène.

Enfin, il y a d’importantes communautés azéries et arméniennes en Russie, ce qui signifie deux choses : premièrement, la Russie ne peut pas permettre que ce conflit traverse ses frontières et infecte le pays et, deuxièmement, il y a des millions de Russes qui ont des liens, souvent forts, avec ces deux pays.

Bien qu’il ne soit pas officiellement impliqué, nous devons encore examiner, au moins superficiellement, la vision de l’Empire sur ce conflit. Pour résumer, je dirais que l’Empire est absolument ravi de cette crise qui est la troisième qui explose aux portes de la Russie (les deux autres étant l’Ukraine et la Biélorussie). L’Empire ne peut vraiment pas faire grand-chose contre la Russie : le blocus économique et les sanctions ont totalement échoué, et en termes purement militaires, la Russie est bien plus puissante que l’Empire. En termes simples : l’Empire n’a tout simplement pas ce qu’il faut pour s’attaquer directement à la Russie, mais il lui est assez facile de déclencher des conflits à sa périphérie.

D’une part, les frontières administratives internes de l’URSS ne ressemblent absolument pas aux lieux de résidence des différentes ethnies de l’ex-Union soviétique. A les regarder, on serait tenté de penser qu’elles ont été tracées précisément pour générer le maximum de tensions entre les nombreux groupes ethniques qui ont été découpés en morceaux séparés. Il n’est pas non plus logique d’accepter le droit des anciennes républiques soviétiques de faire sécession de l’Union soviétique, mais de refuser ce même droit aux entités administratives locales qui voudraient maintenant se séparer d’une république nouvellement créée dont elles ne veulent pas faire partie.

D’autre part, beaucoup, sinon la plupart, des soi-disant « pays » et « nations » qui sont apparus soudainement après l’effondrement de l’Union soviétique n’ont aucune réalité historique. En conséquence directe, ces « nations » nouveau-nées n’avaient aucune base historique sur laquelle s’enraciner, et aucune idée de ce que signifie réellement l’indépendance. Certaines nations, comme les Arméniens, ont des racines profondes qui remontent à l’Antiquité, mais leurs frontières actuelles ne reposent vraiment sur rien du tout. Quoi qu’il en soit, il a été extrêmement facile pour l’oncle Shmuel de s’installer dans ces nouveaux États indépendants, d’autant plus que beaucoup (voire la plupart) de ces États considéraient la Russie comme l’ennemi (grâce à l’idéologie prédominante de l’Empire qui a été imposée à la population, pour la plupart ignorante, de la périphérie ex-soviétique). Le résultat ? La violence, voire la guerre, tout autour de cette périphérie (que les Russes considèrent comme leur « étranger proche »).
Je pense que la plupart des Russes sont conscients du fait que, même si le prix à payer pour cela est élevé, le fait de découpler la périphérie ex-soviétique de la Russie a été une bénédiction déguisée. Cela est confirmé par d’innombrables sondages qui montrent que le peuple russe est généralement très méfiant à l’égard de tout projet impliquant l’utilisation des forces armées russes en dehors de la Russie (par exemple, il a fallu toute la « crédibilité de rue » de Poutine pour convaincre le peuple russe que l’intervention militaire russe en Syrie était une bonne idée).

Il y a encore une chose dont nous devons toujours nous souvenir : malgré toute la stupide propagande américaine et occidentale sur le fait que la Russie et, plus tard, l’URSS soient une « prison pour le peuple » (les petites nations ont bien mieux survécu dans cette « prison » que sous le régime « démocratique » des colons européens dans le monde entier ! ), la vérité est qu’en raison des opinions russophobes enragées des communistes soviétiques (au moins jusqu’à ce que Staline inverse cette tendance), les républiques « périphériques » soviétiques ont toutes vécu bien mieux que le « reste de la Russie » que les Soviétiques appelaient la RSFSR. En fait, la période soviétique a été une bénédiction à bien des égards pour toutes les républiques non russes de l’Union soviétique et ce n’est que maintenant, sous Poutine, que cette tendance a finalement été inversée.

Aujourd’hui, la Russie est beaucoup plus riche que les pays de sa périphérie et elle n’a aucune envie de dilapider cette richesse pour une périphérie hostile et toujours ingrate. Voici ce qu’il en ressort : La Russie ne doit absolument rien à des pays comme l’Arménie ou l’Azerbaïdjan et ils n’ont aucun droit d’attendre de la Russie qu’elle leur vienne en aide : cela n’arrivera pas, du moins pas si la Russie n’obtient pas un résultat positif mesurable de cette intervention.

Néanmoins, examinons maintenant les raisons pour lesquelles la Russie pourrait vouloir intervenir.

Premièrement, il s’agit, une fois de plus, d’un cas de mégalomanie et de malveillance d’Erdogan qui a entraîné une situation très dangereuse pour la Russie. Après tout, tout ce que les Azéris doivent faire pour obtenir une intervention turque ouverte est soit d’attaquer l’Arménie proprement dite, ce qui pourrait forcer une intervention russe, soit d’être si sévèrement battus par les Arméniens que la Turquie pourrait devoir intervenir pour éviter une perte de face historique pour Aliev et Erdogan.

Deuxièmement, il est crucial pour la Russie de prouver que l’OTSC est importante et qu’elle protège efficacement les États membres de l’OTSC. En d’autres termes, si la Russie laisse la Turquie attaquer directement l’Arménie, l’OTSC perdra toute crédibilité, ce que la Russie ne peut pas permettre.

Troisièmement, il est crucial que la Russie prouve à l’Azerbaïdjan et à l’Arménie que les États-Unis sont plein de promesses en l’air et de promesses vides, mais qu’ils ne peuvent rien faire dans le Caucase. En d’autres termes, la solution à cette guerre doit être une solution russe, et non une solution USA/OTAN/UE. Une fois qu’il sera clair dans le Caucase que, comme au Moyen-Orient, la Russie est devenue le prochain « faiseur de rois », alors toute la région retrouvera enfin la paix et un lent retour à la prospérité.

Jusqu’à présent, les Russes ont été extrêmement prudents dans leurs déclarations. Ils ont surtout dit que les soldats de la paix russes ne pourraient être déployés qu’après que toutes les parties à ce conflit aient accepté leur déploiement. À l’heure actuelle, nous en sommes encore très loin.

Voici ce qui s’est passé jusqu’à présent : les Azéris espéraient clairement une guerre courte et triomphante, mais en dépit de progrès très réels en matière de formation, d’équipement, etc. ils ont bien connu quelques succès initiaux, mais ils se sont tous produits dans de petites villes situées pour la plupart dans la plaine. Mais regardez cette carte topographique de la zone d’opérations et voyez par vous-même quel est le plus grand problème pour les Azéris :

La quasi-totalité du NK est située dans les montagnes (d’où le préfixe « nagorno » qui signifie « montagneux ») et les opérations militaires offensives dans les montagnes sont vraiment un cauchemar, même pour des forces très bien préparées et équipées (surtout pendant la saison hivernale, qui approche à grands pas). Il y a très peu de pays qui pourraient mener avec succès des opérations offensives dans les montagnes, la Russie est l’un d’entre eux, et l’Azerbaïdjan n’en est visiblement pas un.

Actuellement, les deux parties ne sont d’accord que sur une seule chose : seule une victoire totale peut mettre fin à cette guerre. Si ce genre de langage est politiquement sensé, tout le monde sait que cette guerre ne se terminera pas par une victoire totale pour un camp et une défaite totale pour l’autre. Le fait est que les Azéris ne peuvent pas envahir toute le NK alors que les Arméniens (l’Arménie proprement dite et le NK) ne peuvent pas contre-attaquer et vaincre les militaires azéris dans les plaines.

À l’heure actuelle, et tant que les Azéris et les Arméniens s’entendent sur le fait qu’ils ne s’arrêteront pas avant une victoire totale, la Russie ne peut tout simplement pas intervenir. Bien qu’elle ait le pouvoir militaire de forcer les deux parties à un arrêt total, elle n’en a pas le droit légal et veuillez vous rappeler que, contrairement aux États-Unis, la Russie respecte le droit international (ne serait-ce que parce qu’elle n’a pas l’intention de devenir les « prochains États-Unis » ou une sorte d’hégémonie mondiale chargée de maintenir la paix dans le monde). Il n’y a donc que deux options possibles pour une intervention militaire russe :

• Une attaque directe (et confirmée par des preuves tangibles) sur le territoire de l’Arménie
• Les Azéris et les Arméniens sont d’accord pour que la Russie intervienne.

Je suis fermement convaincu qu’Erdogan et Aliev feront tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher que la première option ne se réalise (alors qu’ils feront tout ce qui est en leur pouvoir pour l’emporter, sauf une attaque ouverte contre l’Arménie). Toutefois, des accidents se produisent, de sorte que le risque d’une escalade rapide et dramatique du conflit subsistera jusqu’à ce que les deux parties acceptent d’y mettre fin.

À l’heure actuelle, aucune des deux parties n’a remporté de victoire nette et, aussi triste que cela puisse être d’écrire ces mots, les deux parties ont suffisamment de réserves (non seulement militaires, mais aussi politiques et économiques) pour continuer à le faire pendant un certain temps encore.

Cependant, aucun des deux camps n’a ce qu’il faut pour mener une longue et sanglante guerre d’usure de position, en particulier dans les chaînes de montagnes. Ainsi, les deux parties se rendent probablement déjà compte que celle-ci devra cesser, le plus tôt possible (selon certains experts russes, nous ne parlons ici que de quelques semaines).

De plus, il y a beaucoup d’escalades très dangereuses qui ont lieu, y compris des frappes d’artillerie et de missiles sur les villes et l’infrastructure. Si les Arméniens sont vraiment poussés contre un mur, ils pourraient à la fois reconnaître le NK et frapper l’infrastructure énergétique et pétrolière/gazière azérie avec leurs formidables missiles balistiques tactiques Iskander. Si cela devait arriver, nous pouvons être presque certains que les Azéris et les Turcs essaieront d’attaquer l’Arménie, avec des conséquences dramatiques et très dangereuses.

Ce conflit peut donc devenir beaucoup, beaucoup plus sanglant et beaucoup plus dangereux. Il est dans l’intérêt de toute la région (mais pas des États-Unis) de l’arrêter. Le lobby arménien sera-t-il assez puissant pour faire pression sur les États-Unis afin qu’ils adoptent une position plus utile ? Jusqu’à présent, les États-Unis appellent, au moins officiellement, toutes les parties à un cessez-le-feu (ainsi que la France et la Russie), mais nous savons tous combien la parole de l’oncle Shmuel est digne de confiance. Au moins, il n’y a aucune preuve publique que les États-Unis poussent à la guerre en coulisses (l’absence de telles preuves n’implique bien sûr pas la preuve de l’absence de telles actions !)

Au moment où nous écrivons ces lignes (9 octobre), la Russie attend que les parties reviennent à la réalité et acceptent une solution négociée. Si et quand cela se produira, il existe des options, y compris faire du NK une région spéciale de l’Azerbaïdjan qui serait placée sous la protection directe de la Russie et/ou de l’OTSC avec des forces russes déployées à l’intérieur du NK. Il serait même possible d’avoir une présence militaire turque tout autour (et même quelques observateurs à l’intérieur !) pour rassurer les Azerbaïdjanais sur le fait que les forces arméniennes ont quitté la région et restent en dehors. Les Azéris savent déjà qu’ils ne peuvent pas vaincre l’Arménie proprement dite sans risquer une riposte russe et ils vont probablement se rendre compte qu’ils ne peuvent pas envahir le NK. Quant aux Arméniens, c’est tout.

Il est agréable et amusant de jouer la carte « multi-vecteur », mais la Russie ne respectera plus ces règles. Son message est simple : « si vous êtes la chienne d’oncle Shmuel, alors laissez oncle Shmuel vous sauver ; si vous voulez que nous vous aidions, alors donnez-nous une très bonne raison : nous vous écoutons ».

Cette position me semble éminemment raisonnable et j’espère et pense que la Russie s’y tiendra.

PS : la dernière nouvelle est que Poutine a invité les ministres des affaires étrangères d’Azerbaïdjan et d’Arménie à Moscou pour des « consultations » (et non des « négociations », du moins pas encore) avec Sergueï Lavrov comme médiateur. Bien. Peut-être que cela peut sauver des vies puisqu’une mauvaise paix sera toujours meilleure qu’une bonne guerre.

PPS : la dernière nouvelle (9 octobre 0110 UTC) est que les Russes ont forcé l’Arménie et l’Azerbaïdjan à négocier pendant plus de treize heures, mais à la fin de la journée, les deux parties ont convenu d’un cessez-le-feu immédiat et du début de négociations substantielles. Franchement, vu l’extrême hostilité des parties l’une envers l’autre, je considère ce résultat comme presque miraculeux. Lavrov a vraiment mérité aujourd’hui ! Cependant, nous devons maintenant voir si la Russie peut convaincre les deux parties de respecter réellement cet accord.

Voici une traduction automatique du premier rapport russe sur ce résultat :

Déclaration des ministres des affaires étrangères de la Fédération de Russie, de la République d'Azerbaïdjan et de la République d'Arménie.

En réponse à l'appel du Président de la Fédération de Russie V.V. Poutine et conformément aux accords du Président de la Fédération de Russie V.V. Poutine, du Président de la République d'Azerbaïdjan I.G. Aliyev et du Premier ministre de la République d'Arménie N.V. Pashinyan, les parties sont convenues des mesures suivantes :

1. Un cessez-le-feu est déclaré à partir de 12h00 le 10 octobre 2020 à des fins humanitaires pour l'échange de prisonniers de guerre et d'autres personnes détenues et de cadavres, avec la médiation et conformément aux critères du Comité international de la Croix-Rouge.

2. Les paramètres spécifiques du régime de cessez-le-feu feront l'objet d'un accord supplémentaire.

3. La République d'Azerbaïdjan et la République d'Arménie, avec la médiation des coprésidents du Groupe de Minsk de l'OSCE, sur la base des principes de base du règlement, entament des négociations de fond en vue de parvenir à un règlement pacifique dans les meilleurs délais.

4. Les parties confirment l'invariabilité du format du processus de négociation.

The Saker

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Traduit par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophone

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