Par Dmitry Orlov − Le 21 juillet 2026 − Source Club Orlov

Depuis une semaine, un changement radical s’est opéré dans la manière dont la guerre est menée dans l’ancienne RSS d’Ukraine. En effet, il y a exactement une semaine, le commandant en chef des forces armées russes (à savoir Vladimir Poutine) a donné son feu vert pour lancer une nouvelle phase décisive dans son affrontement avec l’OTAN, dont l’ancienne Ukraine n’est qu’un prétexte, en déclarant calmement : « Partout où l’ennemi entend frapper le territoire russe, une riposte symétrique d’une force supérieure s’ensuivra. » Il s’agit là d’un changement stratégique majeur, et non d’un simple ajustement tactique, ce qui le rend d’autant plus remarquable.
Il n’existe pas d’explication unique pleinement satisfaisante quant aux raisons exactes et au moment choisi pour ce changement, mais de multiples considérations ont pesé dans cette décision.
- Il y a la considération intérieure : il se pourrait qu’aux yeux du Kremlin, il soit enfin devenu politiquement nécessaire de passer à la vitesse supérieure. Les attaques ukrainiennes contre des infrastructures civiles dans un grand nombre de régions russes ont provoqué la colère de la population à un point tel qu’une riposte déterminée a été jugée nécessaire. Des élections législatives auront lieu en Russie cet automne, au cours desquelles 450 sièges de la Douma d’État seront à pourvoir, et le parti « Russie unie » de Poutine souhaiterait au moins conserver ses 324 sièges. À cette fin, il est important de répondre au mécontentement de l’électorat face à la lenteur de l’opération militaire spéciale en Ukraine, qui en est désormais à sa cinquième année. Certes, l’armée russe avance inexorablement (quoique lentement), mais pourquoi laisse-t-on les Ukrainiens attaquer les arrières de la Russie, endommageant les raffineries de pétrole et causant des problèmes d’approvisionnement en essence ? Les images de soldats russes déployant des drapeaux russes au-dessus d’une énième ville des nouvelles régions russes, régulièrement diffusées au journal télévisé du soir, ne sont plus aussi captivantes que celles montrant l’explosion de dépôts de munitions ukrainiens, de navires transportant du blé et, bien sûr, de stations-service. C’est exactement ce que veulent voir les Russes qui ont été contraints de perdre des heures à faire la queue pour acheter de l’essence !
- Il y a ensuite la dimension internationale. Premièrement, maintenant que les États-Unis ont perdu (oui, perdu, et de manière décisive) leur guerre contre l’Iran, et étant donné que l’OTAN n’est, selon l’estimation russe, rien d’autre que l’armée américaine accompagnée de quelques clowns européens en uniforme, l’OTAN n’est plus à craindre. Deuxièmement, le régime de Kiev semble toucher à sa fin et entrer dans son agonie. La «révolution des cartons» qui se déroule dans les rues de Kiev et d’autres villes ukrainiennes, où des jeunes sont payés pour défiler avec des pancartes en carton préfabriquées exigeant le retour d’un ministre de la Défense limogé, a fait la une de l’actualité en Occident, mais la question de savoir quel fonctionnaire corrompu est à la tête du régime n’intéresse que ses partisans occidentaux, pas la Russie. Ce qui importe pour la Russie, c’est que l’armée ukrainienne se retrouve rapidement à court de nouvelles recrues, les précédentes ayant été décimées au front. Le deuxième facteur important est le fait que le soutien financier occidental au régime de Kiev a été divisé par cinq d’une année sur l’autre. Ces deux facteurs réduisent considérablement l’espérance de vie du régime de Kiev. Dès que le front commencera à s’effondrer et que les fonds occidentaux cesseront d’affluer, la dictature s’écroulera et ses agents s’enfuiront à Miami ou ailleurs, là où ils pourront profiter de leur enrichissement grâce à l’argent occidental volé.
Note du Saker Francophone
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Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateurs de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.Il vient d’être réédité aux éditions Cultures & Racines.
Il vient aussi de publier son dernier livre, The Arctic Fox Cometh.