La poussée de la Chine en Asie du Sud-Est est une affaire de protection plutôt que d’ambition


Cet article s’inspire de « In the Dragon’s Shadow » de Sebastian Strangio, qui soutient que la poussée de la Chine en Asie du Sud-Est est motivée par son besoin de protection plutôt que par son ambition ; et que la région ne choisira pas de camp.


Par Mansoor Nuruddin – Le 6 septembre 2026 – Source Blog de l’auteur

Le groupe jouait déjà avant que le navire ait fini d’accoster. Le 16 janvier 2019 au matin. Des fonctionnaires de la municipalité se tiennent le long du quai, arborant des petits drapeaux philippins. Des danseurs en costume traditionnel dansent sur la jetée. Les étals de souvenirs sont en place, les bus touristiques tournent au ralenti et, lorsque les passagers descendent la passerelle, les fonctionnaires se penchent et leur passent des guirlandes de fleurs autour du cou.

Environ trois mille passagers, avec des ombrelles, des téléphones-appareils photo et de l’argent à dépenser. Ils viennent de Chine continentale et le quai sur lequel ils se tiennent s’appelle Alava.

Des porte-avions à propulsion nucléaire y sont amarrés. Pendant la majeure partie du XXe siècle, Subic Bay a été la plus grande base navale américaine située en dehors des États-Unis, l’endroit où la Septième Flotte allait pour être entraînée, réparée, ravitaillée et se reposer. Cette flotte a participé à tous les engagements militaires américains à l’étranger, de la Rébellion des Boxers à Tempête du Désert. Rien ne montre aussi clairement le niveau que la puissance américaine avait atteint.

Les touristes descendent de la jetée. Passent le bâtiment 229, l’ancien quartier général, dont le numéro est toujours visible en noir sur un mur blanc écaillé. Ils passent les entrepôts. Certains utilisent les toilettes publiques situées à côté d’un mini-golf plein d’herbe sauvage. D’autres tirent des valises à roulettes sur l’avenue Dewey, du nom du commandant qui a détruit la flotte espagnole dans la baie de Manille en 1898, quand la conquête américaine des îles a commencé.

Cette base a fermé ses portes en 1992. Un volcan en est proche, le Pinatubo, qui est entré en éruption l’été précédent et a détruit les installations. Le nationalisme philippin et la fin de la guerre froide ont fait le reste. Pour la première fois en quatre siècles, il n’y avait plus de troupes étrangères aux Philippines.

En février 1992, neuf mois avant que le drapeau étasunien ne soit descendu sur le quai d’Alava, la législature chinoise avait adopté une « Loi sur la mer Territoriale et la Zone Contiguë », revendiquant plus de quatre-vingts pour cent de la mer de Chine Méridionale.

Cette loi a été passée pendant que les Américains étaient encore en train de faire leurs valises.

En juin 1866, six Français quittèrent le front de mer de Saïgon à bord de deux petites canonnières à vapeur transportant vingt membres d’équipage et beaucoup d’alcool, et partirent à la recherche d’un moyen de remonter le Mékong jusqu’en Chine.

Ils cherchaient une porte dérobée. Si la France pouvait ouvrir une route commerciale de la Cochinchine vers le sud de la Chine, elle contrôlerait l’avance britannique et serait bénéfique pour l’empire. Mais ils n’ont trouvé que des rapides. L’expédition s’est arrêtée à Sambor dans ce qui est maintenant le nord du Cambodge, puis à nouveau aux chutes de Khone près de la frontière laotienne, et l’idée de remonter une cargaison le long de cette rivière est morte là-bas. Leur chef mourut aussi, d’une maladie du foie, dans une ville du Yunnan en 1868. Soixante-dix ans plus tard, un manuel naval britannique notait que relier Saïgon à Luang Prabang par voie fluviale prenait plus de temps que d’aller de Saïgon à Marseille par voie maritime.

Les montagnes entre la Chine et les terres en contrebas ont fait barrage très longtemps. James C. Scott a appelé Zomia cette ceinture de hautes terres et l’a décrite comme la plus grande région du monde dont les peuples n’avaient jamais été regroupés en États.

Cette barrière est en train de disparaitre maintenant. Des entreprises chinoises ont ouvert le haut Mékong au trafic commercial et construisent une ligne à grande vitesse allant de Kunming à Vientiane. La réponse à la question de John Garver se demandant ce que l’argent achète est l’assujettissement technologique du terrain. L’historien Thant Myint-U, voyageant à travers le nord-est de la Birmanie, a décrit le grand changement que cela a produit : des endroits qui étaient éloignés sont maintenant proches du nouveau centre, et les hameaux de montagne sont maintenant plus modernes que Rangoon. Achetez une bouteille d’eau à Lashio ou à Luang Namtha et elle vient probablement de Chine.

Les Français le voulaient et ne purent l’avoir. La Chine le veut et le peut.

Voici là où l’analyse d’une rivalité entre puissances se trompe, et ce n’est pas une mince affaire.

Regardez la carte du point de vue Pékin plutôt que de celui de Washington. La Chine partage des frontières terrestres avec quatorze pays, dont deux rivaux qui sont dotés d’armes nucléaires. Au large de sa côte Est s’étend une chaîne d’îles allant du Kamtchatka à Bornéo, et trois des maillons de cette chaîne sont des alliés des américains, avec Taïwan à leurs côtés. Un stratège de l’Université de la défense nationale de Chine a clairement expliqué le problème : un pays bordé de grandes puissances terrestres et clôturé par des îles n’est jamais en très bonne posture.

Au nord, la Russie. A l’Est, la chaîne d’iles. A l’ouest, la montagne, le désert et l’Inde. Il y a une seule direction qui n’est pas fermée, c’est le sud.

Ensuite, ajoutez l’arithmétique qui la rend urgente. Environ soixante-dix pour cent du pétrole chinois est importé, et environ quatre-vingts pour cent de celui-ci transite par le détroit de Malacca, un bras de mer par lequel passe environ un quart du commerce mondial et un tiers des carburants bruts et raffinés mondial, ce qui en fait depuis longtemps le deuxième goulot d’étranglement de transit pétrolier le plus important au monde après Ormuz. En novembre 2003, Hu Jintao a déclaré que certaines grandes puissances étaient déterminées à contrôler ce détroit, et la manière dont il a nommé le problème est restée depuis : le dilemme de Malacca. Toute la survie industrielle de la Chine tient à une étendue d’eau qu’elle ne contrôle pas et ne pourrait pas tenir.

Et le détroit se remplit. En 2025, 102 525 navires ont franchi ce détroit, dépassant cent mille pour la première fois, près de neuf pour cent de plus que l’année précédente. L’Institut maritime de Malaisie évalue sa capacité à 122 600 navires. A ce rythme-là, ce plafond sera atteint dans environ trois ans.

Donc, la poussée vers le sud n’est pas de l’appétit territorial. C’est une tentative de construire, à partir de pipelines, de chemins de fer et de sable dragué, ce que la côte ouest de la Chine ne permet pas ; et de mettre à l’eau une marine capable de garder les voies maritimes ouvertes sans demander d’aide à personne. La même logique qui transforme une voie maritime en un instrument de politique fonctionne à l’envers lorsque vous êtes celui qui dépend du pétrole.

C’est pourquoi les pays s’intéressent à ce détroit.

Carte maritimes de l'Isthme de Kra Détroit de Malacca

Sur l’isthme de Kra, l’étroite tige du sud de la Thaïlande séparant le golfe de Thaïlande de la mer d’Andaman, il y a une ligne sur la carte qui a été tracée et abandonnée pendant deux siècles et demi. Le roi Rama Ier y prévoyait un canal à la fin des années 1700 pour se défendre contre les attaques birmanes. En 1855, le gouverneur britannique de Hong Kong rentra du Siam et écrivit qu’un canal passant par le col de Kra se classerait parmi les projets proposés, comme à Suez et à Panama, raccourcissant le trajet de l’Inde vers l’Asie de l’Est non pas en jours mais en semaines. Les Américains ont mené une étude de faisabilité en 1972 et l’ont abandonnée. D’après un décompte, plus de vingt-cinq études ont été commandées. Aucune n’a dépassé le premier stade.

Dans un bureau du district de Latphrao, à Bangkok, un septuagénaire du nom de Pakdee Tanapura fait pression pour cela depuis les années 1970. Il a écrit des livres et organisé des conférences, promettant trois millions d’emplois dans le sud de la Thaïlande et une infrastructures qui durera des centaines d’années. Il faudrait un chenal de 135 kilomètres, assez profond pour les pétroliers.

Personne ne l’a jamais creusé. Ce qui est nouveau c’est que, pour la première fois, un pays en ayant à la fois le besoin et l’argent envisage de le creuser.

Cela mérite d’être précisé avec soin, car il s’agit d’un mécanisme et non d’une excuse. Un état qui est enfermé poussera vers l’endroit où il n’est pas enfermé. Il le fera, que sa direction se sente lésée ou soit magnanime, communiste ou autre. La poussée est structurelle. Le seul problème est la difficulté.

Ce qui amène l’argument sur lequel presque personne n’écrit.

L’histoire classique a deux acteurs. Washington et Pékin, une puissance montante et une titulaire, une histoire dont l’issue sera réglée entre eux. L’Asie du Sud-Est apparaît dans ce compte en tant que terrain ; le plateau de jeu mais n’est pas un joueur.

Les onze pays du plateau de jeu comptent 650 millions d’habitants et forment la cinquième économie mondiale, qui devrait être la quatrième d’ici 2030. Ils sont assis sur cette voie maritime. Chacun d’eux doit décider, continuellement et en détail, de ce qu’il faut autoriser et de ce qu’il faut refuser, et ces décisions sont ce en quoi consiste réellement le jeu. Une enquête menée auprès d’experts et de responsables régionaux à la fin de 2019 a révélé qu’environ trente-huit pour cent s’attendaient à ce que la Chine devienne une puissance déterminée à faire de l’Asie du Sud-Est sa sphère d’influence, et moins d’un sur dix la considérait comme bénigne. Ils ne sont pas naïfs sur ce qui leur arrive. Mais ils ne pourront pas vraiment choisir.

Ils ne choisiront pas parce que leur position l’interdit et parce que leurs réponses sont divisées. Toute l’histoire du Vietnam repose sur la tension entre copier la Chine et lui résister. Le malaise de la Birmanie face à l’influence chinoise a contribué à la pousser vers l’Occident. La conduite de Pékin en mer de Chine a poussé des manifestants dans les rues de Manille et de Hanoï.

Le Cambodge est allé dans l’autre sens, et la cause présentée dans le livre est très lisible. L’argent chinois est devenu la principale source de commerce, puis d’investissement, puis d’aide, puis de touristes, avec des uniformes, des camions, des prêts pour des hélicoptères et un centre de formation dans le sud. En retour : le Dalaï Lama a été interdit de visite, les militants du Falun Gong renvoyés et, en décembre 2009, vingt musulmans ouïghours de souche ont été expulsés vers la Chine — des personnes qui s’étaient enfuies du Xinjiang après les émeutes de cette année-là, par un itinéraire long et dangereux, et qui avaient demandé l’asile au Cambodge. Washington a annulé une cargaison de camions militaires destinée au Cambodge en rétorsion. Pékin a offert une plus grande cargaison de camions Dongfeng à la place. En juillet 2012, le Cambodge présidant l’ASEAN, des responsables cambodgiens ont travaillé en coulisses pour opposer leur veto à de légères critiques de la saisie par la Chine du haut-fond de Scarborough, et pour la première fois en quarante-cinq ans, le bloc n’a pas publié de communiqué commun. Au fur et à mesure que le besoin d’approbation occidentale disparaissait, le prétexte de la démocratie disparaissait, jusqu’à ce que le parti au pouvoir remporte tous les sièges au Parlement en 2018.

La Malaisie réfracte différemment la même lumière. Sous un gouvernement, il est devenu le plus grand bénéficiaire du financement de la Route de la soie, de tous les pays du monde à l’exception du Pakistan ; une liaison ferroviaire de 16,1 milliards de dollars sur la côte Est et un programme de 10,4 milliards de dollars pour reconstruire Malacca elle-même en tant que plaque tournante sur trois îles récupérées. Sous le gouvernement suivant, la dette a contribué à le faire tomber.

Même pression. Onze attitudes différentes face à celle-ci. Le système qui produit des résultats que personne, dans aucune capitale, n’a choisi n’est pas une métaphore ici ; c’est une description de la façon dont une région sans réponse commune génère un résultat commun.

Et le cadrage américain rend cela pire plutôt que mieux. Lorsque les responsables étasuniens décrivent l’histoire en termes de civilisation, comme un choix à faire entre une vision de liberté et une autre de répression, ils exigent précisément ce que la région cherche à éviter depuis cinquante ans.

Novembre 2019, Bangkok, le 35e Sommet de l’ASEAN. À la place de Donald Trump, Mike Pence et Mike Pompeo, les États-Unis ont envoyé une délégation de bas niveau sous la direction de Robert O’Brien, nommé conseiller à la sécurité nationale quelques semaines plus tôt. Entre 2011 et 2016, Barack Obama avait esquivé ces réunions. Les postes d’ambassadeurs à Singapour et à l’ASEAN elle-même étaient vacants depuis le début de son mandat, le Cambodge n’avait plus d’ambassadeur américain depuis près d’un an, la Thaïlande depuis plus longtemps. La même année, le Rapport étasunien sur la stratégie Indo-Pacifique qualifiait la région de la plus importante pour l’avenir de l’Amérique.

L’administration n’était pas absente, pour être honnête à ce sujet ; des responsables de la défense rendaient visite, la garantie de sécurité étasunienne a été étendue à la partie philippine de la mer, les opérations nommés « Liberté de navigation » ont été intensifiées et la Loi sur l’Initiative de réassurance en Asie a autorisé un budget de 1,5 milliard de dollars par an. Comparé au budget de la Route de la soie chinoise, un rapport de 1 à 10.

Une enquête de l’ISEAS au début de 2020 a révélé qu’environ soixante-dix-sept pour cent des plus de 1 300 universitaires et responsables régionaux interrogés affirmaient que l’engagement américain avait diminué, et près de la moitié avaient peu ou pas confiance en Washington en tant que partenaire de sécurité. La région était invitée à choisir son camp par une puissance qui ne pouvait plus remplir ses ambassades.

L’avertissement de Strangio est que présenter l’activité chinoise comme une simple histoire risque de produire une prophétie auto-réalisatrice qui finira par servir Pékin. C’est pourtant la forme que cette histoire continue d’avoir – un instrument qui produit l’effet qu’il a été construit pour empêcher – et cela vaut la peine de la nommer encore une fois, puis de l’oublier, car c’est la partie la moins intéressante de l’histoire.

Ce qui nous amène à cette année.

Les Philippines occupent la présidence de l’ASEAN en 2026, et sa secrétaire aux Affaires étrangères, Theresa Lazaro, a déclaré que l’ASEAN et la Chine organiseraient des réunions du groupe de travail une fois par mois au lieu d’une fois par trimestre pour que le « Code de conduite en mer de Chine méridionale » soit terminé cette année. Le code est destiné à établir des règles de comportement et à réduire les risques de conflagration accidentelle.

Voyez cela par rapport au calendrier. La revendication de la Chine sur la majeure partie de la mer a été promulguée en février 1992. La déclaration de l’ASEAN sur la mer de Chine méridionale a suivi en juillet de la même année. Un projet de texte unique a été approuvé en 2018, avec un délai de trois ans à compter de 2019. Nous sommes maintenant en 2026 et la question centrale – à savoir si le Code de conduite sera juridiquement contraignant – reste ouverte, car l’ASEAN insiste toujours là-dessus et Pékin ne l’a jamais acceptée.

Trente-quatre ans. Un côté légifère ; l’autre déclare.

Ce code n’est pas un règlement à propos de qui possède quoi, et considérer sa signature comme le franchissement d’un ligne d’arrivée interprète mal ce qu’il est. C’est un test pour savoir si un bloc construit sur le consensus peut convertir ses habitudes en retenue. Et le facteur qui permet à l’ASEAN de maintenir ensemble ses onze souverainetés contradictoires – la décision par consensus – est le même facteur qui peut le bloquer lorsqu’un membre a des raisons de dire non. L’élargissement dans les années 1990 a rendu la région plus cohérente et a rendu l’accord plus difficile. Ce n’est pas un défaut que quelqu’un a introduit. C’est le principe fonctionnement.

Il y a une sérieuse objection à tout ce qui précède, et cela vient de la région elle-même.

L’explication structurelle pourrait glisser très facilement dans la disculpation de la Chine. Si celle-ci pousse vers le sud parce qu’elle est enfermée, alors tout ce qui arrive au cours de cette poussée devient météo plutôt que conduite – des choses qui se produisent naturellement plutôt que des décisions arbitraires.

Le 2 mai 2014, une plate-forme en eau profonde appartenant à l’État, la Haiyang Shiyou 981, a été placée dans des eaux contestées à 222 kilomètres au large des côtes du centre du Vietnam, à l’intérieur de la zone économique exclusive vietnamienne. Il y a peu de pétrole là-bas qui vaille la peine d’être foré ; le livre considère cette initiative comme une stratégie de la corde raide plutôt qu’une visée économique. Le Vietnam a envoyé des garde-côtes et des navires de surveillance pour perturber cette installation. Une flottille chinoise a percuté au moins l’un d’entre eux et a utilisé des canons à eau puissants contre plusieurs autres. Les manifestations qui ont suivi se sont répandues dans toutes les villes vietnamiennes, puis se sont retournées contre les usines appartenant à des Chinois, et à la mi-mai, selon une estimation, le nombre de morts était de vingt et un, la plupart des dégâts étant causés à des entreprises taïwanaises que les émeutiers avaient confondues avec celles du continent.

Deux ans plus tard, à 1 500 kilomètres de la côte chinoise la plus proche, un navire de la garde côtière chinoise a coupé la ligne de remorquage entre un bateau de pêche mis en fourrière et l’embarcation de patrouille indonésienne qui le ramenait à la maison. L’Indonésie n’est même pas impliquée. Sa zone économique exclusive autour des îles Natuna chevauche simplement le bas de la ligne des nine-dash, mais ce fut suffisant.

Personne ne vivant cela ne l’interprète comme de la météo.

Pire : la nécessité géographique est précisément l’histoire que Pékin raconte elle-même. Le siècle d’humiliation, l’encerclement, sa place naturelle au centre de l’Asie qui a été prise et doit être restaurée. Strangio identifie la contradiction au cœur de cette histoire ; un État dont l’image de soi est d’être la victime lésée de l’impérialisme alors que sa propre capacité impériale grandit, défendant la souveraineté comme un principe tout en étant perçu comme menaçant celle des autres. En 2020, cette contradiction fut difficile à manquer, avec les troubles violents à Hong Kong et la condamnation internationale croissante de l’internement massif de musulmans ouïghours au Xinjiang.

La position honnête est que les deux histoires sont vraies et qu’elles ne s’annulent pas. L’enfermement explique la direction. Elle n’autorise pas la méthode et ne rend pas déraisonnable la crainte de la part des petits pays. La raison explique beaucoup mais n’excuse rien. C’est la distinction sur laquelle repose tout ce projet.

Il y a ici un schéma antérieur à chaque acteur aujourd’hui sur scène.

Des courants doux et des vents de mousson fiables ont fait de l’Asie du Sud-est une charnière du commerce et donc une proie. Les Portugais sont venus, puis les Espagnols, les Hollandais, les Britanniques, les Français et les Américains. La guerre froide l’a divisé en deux et a brulé les jungles d’Indochine. Maintenant, une nouvelle puissance pose des rails pour traverser des cols que les Français n’ont pas pu traverser.

Chacun de ces arrivants se décrivait comme apportant quelque chose. Ordre, civilisation, développement, liberté, prospérité. Chacun était une grande puissance résolvant son propre problème en utilisant le pays de quelqu’un d’autre. Ce qui change, c’est le vocabulaire et l’ingénierie ; l’appétit et le terrain sont toujours là.

Le bateau de croisière au quai d’Alava n’était pas une ironie. C’était une passation de pouvoir, menée à la lumière du jour, avec un orchestre.

Mansoor Nuruddin

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

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