La mère de toutes les promesses


Et comment la science n’a pas réussi à les tenir


Par Ugo Bardi – Le 22 octobre 2016 – Source Cassandra Legacy

Le génie atomique de Disney à partir de 1956

«L’énergie si bon marché qu’elle n’aurait plus de prix» était la mère de toutes les promesses. Malheureusement, la science a complètement échoué à tenir cette promesse ainsi que bien d’autres faites au cours de l’«ère nucléaire», et même après. Finalement, les gens se rendent compte à quel point les communiqués de presse sur les prétendues percées scientifiques sont creux et, dès aujourd’hui, nous ne devrions pas être surpris si beaucoup de gens ne font plus confiance à la parole des scientifiques sur le changement climatique.


Dans les années 1950, pendant les grandes heures de l’«âge atomique», quelqu’un a eu la malencontreuse idée de prétendre que les technologies nucléaires allaient, un jour, nous donner «une énergie si bon marché qu’elle n’aurait plus de prix». Nous pourrions l’appeler «la mère de toutes les promesses» et, bien sûr, elle n’a pas été tenue. Mais, comme la propagande le fait souvent, elle est restée dans l’esprit des gens, et il semble que beaucoup croient encore à l’idée que cette énergie si peu chère est juste à portée de la main et ils l’attendent parmi l’une des nombreuses escroqueries sur l’«énergie libre» ou la «fusion froide» dont Internet fait sa litière aujourd’hui.

Mais des percées qui ressemblent à des miracles sont revendiquées aussi dans d’autres domaines de la science et certains scientifiques semblent s’être fait un devoir de sauver le monde toutes les deux semaines. La dernière prétention scientifique qui a fait le buzz sur le web, est celle d’un catalyseur capable de transformer le CO2 directement en éthanol. Il est probable que beaucoup de gens l’ont compris comme un miracle qui supprimerait le tant redouté CO2 de l’air en le transformant en quelque chose d’utile à peu de frais.

Pourtant, si vous regardez l’article original, vous ne trouverez rien qui suggère que ce catalyseur soit prêt pour être appliqué au monde réel. Il n’y a pas de données sur le temps nécessaire pour le mettre en condition d’exploitation, ni de calculs qui nous indiqueraient l’efficacité de l’ensemble du processus, étant donné que l’on doit d’abord saturer l’électrolyte avec du CO2. Les auteurs déclarent eux-même que «le potentiel (qui peut être abaissé avec l’électrolyte proprement dit, et en séparant la production d’hydrogène avec un autre catalyseur) empêche probablement la viabilité économique de ce catalyseur». Donc nous avons quelque chose qui fonctionne dans un laboratoire, ce qui est bien, évidemment, mais nous ne devons jamais oublier que le cimetière des inventions faillies est jonché de pierres tombales avec l’inscription «dans le laboratoire, ça a marché».

Dans la discussion qui a eu lieu sur Facebook à propos de cette histoire, certaines personnes me demandaient pourquoi je critiquais tant cet article ; après tout, ont-elles dit, c’est un rapport de recherche légitime. C’est vrai, mais le problème est autre. Quel est le public censé réfléchir à ce sujet ?

La plupart des gens ne verront que le communiqué de presse et ils ne disposent pas des outils intellectuels nécessaires pour comprendre et évaluer l’original. Et à partir  du communiqué de presse, il est facile de «comprendre» que les scientifiques ont fait une nouvelle annonce pour un autre miracle scientifique qui permettra de résoudre certains problèmes importants à un moment non précisé dans l’avenir. Puis ils verront que toute l’histoire sera oubliée et que les problèmes de climat, de pollution, d’épuisement, etc., sont toujours là, pires qu’avant.

Il est vrai que le mythe du miracle scientifique est têtu, principalement parce que c’est un mythe confortable : personne n’a rien à faire, sauf donner de l’argent à nos prêtres en blouse blanche. Mais cela ne peut pas durer éternellement. La Science, comme toutes les entreprises humaines, ne vit pas dans le vide, elle vit sur sa réputation. Les gens croient que la science peut faire quelque chose de bon pour eux parce que la science l’a déjà fait par le passé. Mais cette réputation est ternie un peu plus à chaque fois qu’une certaine prétention scientifique tombe dans l’oubli, comme elle était destinée à le faire. Les réserves de confiance que la science a accumulées dans le passé ne sont pas infinies.

Déjà aujourd’hui, vous pouvez voir le déclin de la réputation de la science chez de nombreuses personnes qui croient que personne n’a jamais marché sur la lune. Pire encore, vous pouvez le voir avec ceux (près de 50% de la population américaine) qui croient que le changement climatique causé par l’homme est un canular créé par une cabale de scientifiques maléfiques qui sont seulement intéressés par leurs grasses subventions de recherche.

Et qu’est ce qui va se passer lorsque la réserve de confiance dans la science s’arrêtera pour de bon ? Je ne sais pas, mais ne serait-ce pas une bonne chose pour les scientifiques d’être un peu plus humbles et d’arrêter de promettre des choses qu’ils savent ne pas pouvoir tenir ?

Ugo Bardi

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

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