La marche sur Riyad


La guerre au Yémen est en train de tourner à la révolution



Par Catherine Shakdam – Le 12 septembre 2016 – Source New Eastern Outlook

La guerre au Yémen est en train de prendre une tournure sans précédent… Mais laissez-moi reformuler ma phrase : la guerre au Yémen est en train de prendre une tournure que ni Riyad ni ses alliés occidentaux n’avaient anticipée et encore moins planifiée.

Je dirais que le Destin, pour ne pas utiliser un autre mot, a le sens de l’humour. Après avoir vécu dix-huit mois dans ce que l’on pourrait qualifier comme l’une des interventions militaires la plus violente, cruelle et vicieuse de notre génération, le pauvre Yémen est un train de donner une leçon de résistance à la riche Arabie saoudite, leçon qu’elle n’est pas prête d’oublier.

Alors que je suis assis devant mon ordinateur à écrire sur les prouesses militaires du Yémen, ce sont deux provinces méridionales d’Arabie saoudite qui sont déjà sous le contrôle du mouvement de résistance yéménite : Asir et Najran. Malgré la pression politique, financière, militaire et humanitaire, le Yémen a réussi à lever une vague révolutionnaire contre la tyrannie qui a caché le soleil d’Arabie pendant de trop longs siècles.

Cette même guerre, faite pour empêcher les autres – oui, cette guerre était faite pour servir d’avertissement à toutes les autres nations assez folles pour se croire libres alors qu’elles sont sous le couperet des wahhabites d’Arabie saoudite et des néoconservateurs américains – cette guerre, donc, s’est complètement retournée contre les agresseurs et le loup est en train de devenir la proie.

Alors que le Yémen brûle encore sous le feu nourri des al-Saoud… par simple vengeance, sentiment venant facilement aux al-Saoud, même si cela doit impliquer le massacre de civils innocents, le pays a répondu à ce génocide par une résistance farouche.

Loin de se soumettre à la volonté des puissants, le Yémen s’est taillé un chemin dans le royaume, à la fois source d’inspiration et d’espoir et preuve que la force siège dans le cœur de ceux qui chérissent le courage plutôt que l’argent.

Je pense que le public ne se rend pas compte de l’étendue de la souffrance yéménite, sa destruction systématique, le chantage auquel est soumise toute une population pour que les al-Saoud puissent revendiquer le contrôle de l’Arabie et des routes pétrolières. Il aurait été bien plus facile d’abandonner ! Il faut rappeler que le Yémen aurait pu, depuis bien longtemps, se vendre et se soumettre à la théocratie wahhabite des al-Saoud et devenir une monarchie du Golfe de plus.

Laissez-moi être très clair la dessus, la guerre contre le Yémen est une guerre de domination politique et d’endoctrinement religieux. Les blablas à propos de démocratie et de légitimité institutionnelle ne sont que pures distractions jetées à un public crédule par des médias accommodants. Après avoir été par deux fois démis de ses fonctions, le président en fuite Abdo Rabbo Mansour Hadi ne peut pas vraiment être la justification d’une telle tempête militaire.

Pourquoi des puissances étrangères essaieraient-elles de porter secours à ce piètre président, si ce n’était pour servir leurs propres intérêts ?

Selon le Shafaqna Institute for Middle Eastern Studies et le Mona Relief Organization, plus de 12 000 civils ont été tués depuis mars 2015, sans compter plus de 70 000 blessés… Pas de quoi pavoiser pour les Nations Unies.

Dois-je rappeler au lecteur comment Riyad a utilisé ses milliards de dollars pour se blanchir de ses crimes et faire porter la faute à ceux qui ne font que se défendre ? Toute critique du mouvement de résistance yéménite revient à une négation du droit du Yémen à protéger sa souveraineté et son intégrité territoriale. [Il en est de même pour le mouvement de résistance palestinien, NdT]

Comment pouvons-nous remettre en question le droit d’un pays à protéger ses territoires et le futur de ses institutions alors que nous-mêmes considérons de tels droits comme acquis ? Si dingue et ridicule que cela puisse paraître, c’est exactement ce que la communauté internationale demande au Yémen.

En écho à l’impérialisme saoudien, la communauté internationale a fait campagne et demandé que le Yémen se rende, cherchant à travestir une telle injustice en droiture politique.

Mais le Yémen n’est pas du genre à se courber face a la tyrannie.

Le Yémen a combattu et combat encore là où tous les autres auraient déjà abandonné… Pourquoi, vous demanderez-vous ? Pourquoi combattre une guerre impossible ? Pourquoi résister contre la multitude ? Parce que ne pas le faire serait contre la nature profonde du pays.

Valeur dont nous devrions tirer enseignement et qui ne peut se comparer à aucune richesse…

Si vous pensez encore que le Mouvement de résistance du Yémen, ces guerriers que la presse occidentale traite de rebelles pour vous manipuler afin que vous les dénigriez, est un mouvement rebelle, demandez-vous ce que vous feriez pour défendre votre terre, votre peuple et votre identité nationale ?

Enfin, demandez-vous pourquoi, une fois de plus, vos médias préférés vous inondent d’idées sectaires, jouant tel un chef d’orchestre avec vos préjugés. Vos gouvernements ne veulent tout simplement pas que vous compatissiez avec les Houthis, les représentants de l’indépendance yéménite.

Ils ne veulent pas que vous reconnaissiez dans la résistance yéménite l’expression de votre propre nationalisme… parce qu’alors vous pourriez demander que l’Arabie saoudite se retire.

Alors, sûrement, vous auriez qualifié les massacres saoudiens contre des civils sans armes d’actes de Terreur – ce qu’ils sont en réalité – et demandé à votre gouvernement de mettre fin à tous les accords passés avec de tels criminels de guerre.

Hélas, le voile du mensonge reste aussi épais que l’avidité des capitales occidentales.

Mais n’imaginez pas que le Yémen soit en train d’être vaincu ! Comme le professeur Mohammad Marandi de l’université de Téhéran l’a remarqué au cours d’une interview avec moi pour l’Institut Shafaqna d’études moyen-orientales : «Aussi difficile à concevoir que cela puisse paraître, l’Arabie saoudite a rendu service au Yémen en réunissant son peuple sous un même drapeau.»

En vérité, suite au colonialisme meurtrier de Riyad, le Yémen s’est réuni grâce à son mouvement de résistance. Plus fragmenté, plus opposés les uns aux autres, un autre Yémen renaît des cendres de la guerre.

Aujourd’hui ce Phénix réclame son dû.

Aujourd’hui, le Yémen demande que ses terres lui soient rendues et lutte pour que la maison des Saoud s’écroule.

Aujourd’hui, le Yémen a repris le contrôle de deux de ses trois anciennes provinces : Asir et Najran… Alors peut être bientôt Jizan.

Le mouvement de résistance yéménite ne combat plus une bataille perdue d’avance. Et même si de nombreuses nations se tiennent à l’écart du champ de bataille, le Yémen n’est certainement pas seul. Les tribus d’Azir, de Jizan et de Najran ont depuis longtemps déclaré leur loyauté au Yémen, leur patrie.

Et pourquoi ne le feraient-elles pas alors qu’elles souffrent dans leur chair et dans leur foi l’intolérance brutale du wahhabisme, ce culte qui appelle au meurtre de toutes les religions sauf la sienne ?

Catherine Shakdam est directrice de programme à l’institut Shafaqna

Article original publié dans New Eastern Outlook

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

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