Emmenés par la Pologne, les «nègres de maison» concourent pour le prix Darwin


Et maintenant, quand tous ces avantages et toute cette aide ont été perdus et abandonnés, l’Angleterre, conduisant la France, offre de garantir l’intégrité de la Pologne – et la même chose à la Pologne qui, il y a à peine six mois, a participé avec un appétit de hyène avide au pillage et à la destruction de la Tchécoslovaquie. 
Winston Churchill, The Gathering Storm

Saker US
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Par le Saker US – Le 3 juin 2016 – Source thesaker.is

Nous vivons vraiment dans un monde fou. Pour préparer le prochain sommet de l’OTAN à Varsovie, déjà annoncé comme un sommet historique, les enfants polonais seront soumis à quatre heures de propagande de l’OTAN par semaine, pendant les deux mois à venir. Apparemment, les Polonais croient que leur sécurité sera grandement renforcée s’ils réussissent à créer les tensions les plus fortes possibles entre l’OTAN et la Russie. Soit c’est ça, soit ils pensent que les Russes seront absolument terrifiés, qu’ils rendront la Crimée à la junte ukronazie de Kiev, abandonneront le Donbass et procèderont à une démilitarisation unilatérale.

Il n’y a là rien de nouveau. La Pologne, le pays que Winston Churchill traitait de hyène avide, a une longue histoire de tentatives d’attaque contre la Russie lorsque celle-ci est à son niveau le plus faible, et les plus grands héros polonais sont célèbres pour avoir attaqué la Russie dans des moments de troubles internes. Sauf que cette fois-ci, la Russie n’est pas faible et que le peuple russe est solidement derrière le Kremlin.

On pourrait dire que l’ours russe n’est pas du tout impressionné par la hyène polonaise, surtout lorsqu’elle se cache derrière l’aigle américain pour aboyer contre la Russie.

La vision polonaise de l’Histoire est tout à fait bizarre. Par exemple, les politiciens polonais accusent constamment l’Union soviétique pour le Traité germano-soviétique de non-agression de 1939 (dit aussi Pacte Molotov-Ribbentrop). Ils oublient opportunément que cinq ans avant 1939, la Pologne a été la première à signer en 1934 le Pacte de non-agression germano-polonais (qui n’est, pour une certaine raison, pas connu comme le Pacte Piłsudski-Hitler). En parlant de Piłsudski, jetez un œil sur ce résumé (tout à fait politiquement correct) de sa vie et de ses actes, et vous verrez qu’avoir des héros nationaux fascistes mégalomanes n’est pas une spécificité exclusivement ukrainienne.

Apparemment, l’Histoire n’a absolument rien appris aux Polonais.

Ils ne sont pas les seuls.

La plus grande partie de l’Europe de l’Est semble saisie d’une frénésie militariste et d’une véritable peur que les Russes ne s’apprêtent à les envahir. Tapez seulement «Exercices d’invasion des pays baltes» dans votre moteur de recherche favori et voyez vous-même comment la machine de propagande impériale débat en permanence de la question de savoir si une invasion russe (apparemment imminente) peut être stoppée ou non et comment les chars US sauveront les pays baltes des Russkofs.

Les Russes, qui sont informés en permanence des évolutions débattues quasi quotidiennement dans leurs médias, sont totalement déconcertés par cette hystérie paranoïde. En fait, ils ont du mal à croire que quelqu’un puisse prendre ce genre d’absurdités au sérieux.

En même temps, cependant, les Russes réalisent aussi que ce qui se passe maintenant ressemble énormément à ce qui a précédé l’invasion allemande de l’Union soviétique : un mélange de discours russophobes féroces et une concentration croissantes de troupes le long des frontières occidentales de l’Union soviétique. Donc, même si l’idée que la Pologne ou quelqu’un d’autre se prépare effectivement une invasion russe suscite des réactions étonnées et des fous-rires en Russie, les Russes présument aussi que la militarisation actuelle n’est que la première étape d’un processus beaucoup plus long et plus important, et ils se préparent eux aussi activement à la guerre.

Ce qui se passera ensuite n’est pas vraiment une surprise : le mélange toxique de néocons américains et de russophobes est-européens débouchera d’abord sur beaucoup de rhétorique paranoïaque et de démagogie et sur l’augmentation des forces des États-Unis et de l’OTAN en Europe de l’Est. Cela, à son tour, fera inévitablement augmenter les capacités militaires russes dirigées contre l’OTAN, ce qui donnera aux responsables de celle-ci, encore plus de raisons de parler d’une menace russe et fera faire davantage de cauchemars paranoïaques aux Européens de l’Est.

Impossible de nier que c’est une immense victoire pour les néocons US : ils ont fini par créer une situation dans laquelle

  1. Les Européens de l’Est sont si terrifiés qu’ils sont hors d’état de penser logiquement.
  2. Les Européens de l’Ouest sont peut-être capables de penser, mais ne peuvent rien entreprendre.
  3. Tous les pays de l’Union européenne augmenteront leurs dépenses militaires et achèteront la plupart des systèmes d’armement étasuniens (pour correspondre aux standards de l’OTAN) ; le complexe militaro-industriel américain fera des affaires en or.
  4. L’OTAN se trouvera un nouveau (ancien) rôle.
  5. La Russie sera encore plus détachée de l’UE, en particulier économiquement.
  6. Les Européens seront encore plus terrifiés par les prédictions de guerre et encore plus convaincus que l’OTAN est l’alliance indispensable, dirigée par la nation indispensable.
  7. La Russie sera encore plus encerclée par de nouveaux protectorats US (la Finlande et la Géorgie sont probablement les prochains sur la liste).

Si c’est un immense succès pour l’Empire, c’est aussi un immense échec pour la Russie.

Je ne pense toutefois pas que quiconque aurait pu éviter ce résultat. Soyons honnêtes ici : il n’y a personne en Europe qui parle pour les Russes (sauf peut-être le président hongrois Orban). Les Russes ont tout tenté pour essayer de faire renaître un minimum de bon sens chez les politiciens européens, mais en vain : les Européens n’ont tout simplement pas les cerveaux, la colonne vertébrale ou les couilles pour oser avoir une opinion par eux-mêmes. Au lieu de quoi, leur opinion est tout ce que la Maison Blanche dit.

Je sais, l’argument sera que c’est seulement celle des dirigeants, que les peuples d’Europe ne soutiennent pas ces politiques. Mais comment se fait-il que des millions d’Européens soient descendus dans les rues pendant ce qu’on a appelé la crise des euromissiles ou pour s’opposer à la guerre en Irak, mais n’ont absolument rien à dire sur le fait que leur souveraineté tourne à la farce, sur leurs dirigeants qui soutiennent un régime nazi à Kiev et sur le fait d’être utilisés par les États-Unis comme de la chair à canon dans une éventuelle guerre continentale ?

Je ne peux que conclure que les Européens méritent les dirigeants qu’ils ont.

Ils méritent aussi tous un prix Darwin collectif. En particulier les Européens de l’Est, qui ont peint une cible sur leur front, uniquement pour plaire à Oncle Sam. Un officiel polonais a dénoncé la «mentalité de nègre» de ses collègues et un ancien ministre des Affaires étrangères a même parlé d’«offrir une fellation sans rien obtenir en retour», une image très juste, en effet. Mais ces éclats ne mènent à rien. Si McCain a comparé la Russie à «une station service déguisée en pays», alors je comparerais l’Union européenne à un bordel déguisé en une alliance continentale, un bordel où les Américains sont servis gratuitement. «Méprisée par tous, crainte par personne» pourrait devenir le nouveau slogan de l’UE.

Au sommet de l’Otan à Varsovie, les Américains se donneront les moyens de traiter leurs alliés européens de l’OTAN avec une une courtoisie et un respect extrêmes, mais en réalité ils les verront exactement comme ce que Malcolm X appelait les «nègres de maison». Permettez-moi de le citer intégralement puisque c’est une description parfaite de l’Européen moderne :

Donc vous avez deux types de nègres. L’ancien et le nouveau. La plupart d’entre vous connaissent l’ancien type. Quand vous lisez sur lui pendant l’histoire de l’esclavage, il était appelé Oncle Tom. C’était le nègre de maison. Et pendant l’esclavage vous avez eu deux nègres. Vous aviez le nègre de maison et le nègre des champs. Le nègre de maison vivait habituellement près de son maître. Il s’habillait comme son maître. Il portait les vieux vêtements de son maître. Il mangeait la nourriture que son maître laissait sur la table. Et il vivait dans la maison de son maître – probablement à la cave ou au grenier – mais il vivait dans la maison de son maître. Donc chaque fois que le nègre de maison s’identifiait lui-même, il s’identifiait toujours à son maître plus que son maître ne s’identifiait lui-même. Lorsque son maître disait : «Nous avons de la bonne nourriture», le nègre maison disait : «Oui, nous avons beaucoup de bonne nourriture». «Nous» avons beaucoup de bonne nourriture. Lorsque le maître disait : «Nous avons une belle maison ici», le nègre de maison disait «Oui, nous avons une belle maison». Quand le maître était malade, le nègre de maison s’identifiait tellement à son maître, qu’il disait : «Que se passe-t-il, patron, nous sommes malades ?» La souffrance de son maître était sa souffrance. Et cela le faisait plus souffrir pour son maître malade que d’être malade lui-même. Si la maison commençait à brûler, ce type de nègre combattait le feu plus énergiquement pour sauver la maison du maître que le maître lui-même. Mais vous aviez un autre nègre, dehors dans les champs. Le nègre de maison était dans la minorité. Les masses – les nègres des champs étaient les masses. Ils étaient la majorité. Lorsque le maître était malade, ils priaient pour qu’il meure. Si sa maison prenait feu, ils priaient pour qu’un vent se lève et renforce la brise. Si quelqu’un venait vers le nègre de maison et disait «Allonsnous-en, fuyons», naturellement cet Oncle Tom dirait : «Aller où ? Que pourrais-je faire sans patron ? Où vivrais-je ? Comment m’habillerais-je ? Qui veillerait sur moi ?» Ça, c’est le nègre de maison. Mais si vous alliez vers un nègre des champs et disiez : «Allons nous-en, fuyons», il ne vous demanderait même pas où ni comment. Il aurait dit : «Oui, allons-y». Et celui-là s’est arrêté là.

N’est-ce pas là une description parfaite du nouvel Européen par rapport aux États-Unis ?

Et je suis presque certain que les officiers étasuniens auront beaucoup plus de respect pour leurs adversaires russes que pour leurs alliés de l’OTAN (j’ai souvent noté cette attitude chez les militaires US).

Pourtant, je ne perds pas totalement espoir.

D’abord, je veux croire que les néocons peuvent encore être vaincus aux États-Unis et que ce que j’appelle la vieille garde anglo peut en finir avec eux. Ensuite, je n’ai pas perdu espoir dans deux nations européennes : la France et l’Italie. Je pourrais me tromper, mais il me semble que les Français et les Italiens sont en Europe, ceux qui sont le moins influencés par la machine de propagande impériale, peut-être à cause de leur histoire riche et complexe – qui sait ? Je pense qu’il existe un esprit de résistance et de révolte typiquement latin (je veux dire culturellement, pas religieusement) qui n’a pas été complètement effacé dans les peuples français et italien. Je pourrais être très naïf, bien sûr, et totalement dans l’erreur. J’avais de grands espoirs pour les Grecs, et tout ce qu’ils ont pu rassembler était la puissance de résistance d’un pétard mouillé. Même les fiers Serbes semblent avoir été mis à genoux, du moins pour le moment. C’est un spectacle très triste, en effet.

Pendant ce temps, il y a des signes que la Russie est en train de sortir de la récession. Les forces armées russes planifient plus de 2000 exercices militaires uniquement pour 2016. Quant à la population russe, elle continue à soutenir massivement Poutine. Après le prochain sommet de l’OTAN à Varsovie, sa popularité pourrait grimper encore plus haut.

The Saker

L’article original est paru sur The Unz Review

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par nadine pour le Saker francophone

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2 réflexions au sujet de « Emmenés par la Pologne, les «nègres de maison» concourent pour le prix Darwin »

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