Donner une chance à la paix (ou pas ?)


Je vous le dis : la faille du Liban était prévue dès le départ. L’Iran n’a qu’à penser ce qu’il veut et aller se faire voir. − James Lindsay sur X


Par James Howard Kunstler – Le 19 juin 2026 – Source Clusterfuck Nation

Il faut considérer que les nombreuses personnes et formations qui clament haut et fort que « l’Iran a gagné la guerre » ont des intérêts extrêmement cyniques à présenter le président Donald Trump comme un perdant. Ses ennemis américains, principalement issus du parti de « Notre Démocratie », ne cherchent pas seulement à revenir au pouvoir, mais aussi à éviter la prison, voire la potence, si des accusations de trahison venaient à être retenues contre eux. (Voir : Gabbard publie des documents sur le rôle présumé de Fauci dans les recherches du laboratoire de Wuhan liées au COVID.)

Les adversaires globalistes du président, retranchés au sein de l’UE et à Londres, lui en veulent de refuser de se joindre à leur projet de grande guerre contre la Russie — et sont mécontents de bien d’autres choses en matière de commerce, de système bancaire international et de ressources énergétiques. L’encre du protocole d’accord (MOU) entre les États-Unis et l’Iran n’était pas encore sèche que l’OTAN a ouvertement aidé son mandataire, l’Ukraine, à mener une audacieuse attaque de drones contre Moscou. Bruxelles a également discrètement entamé des « négociations d’adhésion » pour l’Ukraine et la Moldavie en vue de leur entrée dans l’UE. Encore une façon de titiller l’ours…

En quoi consiste exactement ce protocole d’accord ? Ce n’est pas un accord de paix. Il s’agit d’un délai de soixante jours pour négocier un accord dans le cadre de paramètres clairement définis et convenus. On pourrait supposer qu’il y a de fortes chances que l’Iran ne fasse que mener les États-Unis en bateau. Mais alors, comme l’a fait remarquer M. Trump : « […] s’ils ne se tiennent pas à carreau, on recommencera aussitôt à leur larguer des bombes en plein sur la tête, d’accord ? Parce qu’ils se comportent mal depuis 47 ans. »

Certes, une remarque peu délicate, mais dont l’intention est sans équivoque : nous mener en bateau, c’est à vos risques et périls. Bien sûr, M. Trump a également clairement déclaré qu’il regretterait de devoir punir le peuple iranien ordinaire pour les méfaits des fanatiques du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) qui le tiennent en otage. Mais notez également que nous disposons de renseignements satellitaires extrêmement précis sur toutes leurs installations restantes de missiles et de drones. Jetez un œil à ce document d’une précision stupéfiante : Atlas des villes iraniennes dotées de missiles (merci à Jim Shea, qui l’a diffusé). Nous savons où tout se trouve. Au-delà de ces cibles, si nécessaire – et hélas –, il y a les ponts et les centrales électriques, qui feraient certainement souffrir le peuple iranien. FAFO.

En bref, les dirigeants du CGRI ont soixante jours pour se ressaisir. Du côté positif, le protocole d’accord leur offre de puissantes incitations à se montrer coopératifs : une aide économique, une porte ouverte vers des relations normales avec le reste du monde, une chance de prospérer. La question est de savoir si tout cela pourra l’emporter sur l’idéologie apocalyptique du « douzième imam » prônant le djihad suicidaire du CGRI — qui exige l’anéantissement d’Israël.

Le protocole d’accord exige un cessez-le-feu au Liban, où Israël et le Hezbollah s’affrontent depuis des décennies. M. Trump est très contrarié par le Premier ministre Netanyahou qui continue de riposter de manière « disproportionnée » aux provocations du Hezbollah. Cela a suscité une grande consternation et une vive antipathie aux États-Unis, déjà imprégnés d’une rancœur anti-israélienne. Vous pourriez toutefois vous demander : si les États-Unis sont tenus de freiner Israël, l’Iran, qui soutient le Hezbollah depuis longtemps, n’est-il pas tout aussi tenu de mettre un frein aux agissements du Hezbollah ? Et vous pourriez également vous demander : si l’Iran a coupé les vivres au Hezbollah, qui continue de le financer ? Peut-être l’UE ou Londres ? (Je dis ça comme ça.)

La solution de contournement surprenante proposée par M. Trump a consisté à suggérer que les Syriens entrent au Liban et balayent le Hezbollah. Intéressant. Demander à un pays islamique du Moyen-Orient d’aider à nettoyer ce gâchis ? M. Trump a félicité le dirigeant syrien Ahmed al-Sharaa, déclarant : « Il a fait un travail remarquable pour remettre de l’ordre… J’ai suggéré à Israël de laisser la Syrie s’occuper du Hezbollah, car pour être honnête avec vous, je pense qu’ils s’en sortiraient mieux… Si Israël ne peut pas s’en charger sans tuer tout le monde, c’est lui qui s’en chargera. La Syrie s’en chargera. »

Aussi farfelu que cela puisse paraître, cela s’inscrit dans la lignée de la manière dont M. Trump a réussi à mobiliser l’aide de tous ces pays du golfe Persique dans le cadre de l’opération contre l’Iran afin de mettre fin à la menace nucléaire et au chaos permanent dans la région. Qui aurait pu l’imaginer il y a un an ? Tout le monde dans la région est désormais sur la même longueur d’onde. Ils veulent que l’Iran cesse de mener le djihad. Ils veulent vendre du pétrole et du gaz naturel et mener une vie agréable. Nous saurons bien assez tôt à quel point l’Iran est sérieux.

Le détroit d’Ormuz est ouvert pour l’instant, peut-être pour toute la durée des soixante jours du protocole d’accord. Les différents médias iraniens ne cessent de répéter qu’ils ont l’intention d’y installer un péage à terme. C’est évidemment un élément qui fait capoter l’accord. Cela ne fait que démontrer à quel point ils sont délirants et indignes de confiance. Les soixante jours à venir ressembleront à l’une de ces expériences menées dans le laboratoire de psychologie de votre université, où l’on fait évoluer des rats dans une boîte de Skinner. Si le rat touche une barre, il reçoit une décharge électrique. S’il touche l’autre barre, il reçoit une petite friandise. Au bout d’un certain temps, il apprend.

Oh, alors que je termine ces lignes, on vient d’annoncer que l’Ukraine a lancé une nouvelle salve de drones sur Moscou pendant la nuit et ce matin. Les défenses aériennes russes ont affirmé en avoir intercepté des centaines, mais de nombreuses frappes destructrices ont atteint leur cible. L’une des cibles, une raffinerie de pétrole déjà touchée en début de semaine, a de nouveau été frappée. Est-il concevable que des « noisettes » (Oreshniks) puissent bientôt pleuvoir sur Kiev ?

James Howard Kunstler

Pour lui, les choses sont claires, le monde actuel se termine et un nouveau arrive. Il ne dépend que de nous de le construire ou de le subir mais il faut d’abord faire notre deuil de ces pensées magiques qui font monter les statistiques jusqu’au ciel.

Traduit par Hervé, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

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