Ce que les militants du peak oil ne peuvent pas comprendre


Par Antonio Turiel – Le 10 septembre 2014 – Source Crash Oil

Le toujours provocateur Javier Pérez nous surprend aujourd’hui avec un essai concernant la prédication des militants du peak oil et les motivations politiques des quelques personnes se consacrant à la vulgarisation de ces idées. Je ne suis pas d’accord avec nombre d’affirmations figurant dans cet article, mais je sais que ce qui y est dit a traversé l’esprit de nombreux lecteurs occasionnels et se trouve à la base de nombreuses critiques. C’est pour cela, car l’autocritique est importante, qu’il me semble important de le publier.

Ce que les militants du peak oil ne peuvent comprendre

Je lis de la documentation sur l’épuisement des ressources naturelles depuis quelque temps déjà et j’écris de temps en temps un article sur le sujet, plutôt dans un but de vulgarisation (un domaine dans lequel je me défends) plutôt qu’avec des prétentions scientifiques.

Durant cette période, j’ai eu l’occasion de rencontrer de nombreuses personnes qui m’ont parfois transmis des données, dans d’autres occasions des points de vue et des préoccupations toujours nouvelles. Mais à quelques exceptions près, que je ne mentionnerai pas par crainte qu’une omission me soit reprochée, je n’ai pu trouver presque personne qui comprenne l’ampleur humaine et sociale du problème posé par l’épuisement des ressources. Ce n’est pas que je prétende avoir tout compris (loin de là), mais j’observe qu’au moment d’aborder l’une ou l’autre facette du problème on botte en touche pour éviter d’étendre le raisonnement à un niveau global.

il y a peu a été publié le manifeste du Dernier Appel, et depuis que je l’ai lu, je n’ai cessé de penser à son contenu (très intéressant), à son ton (déplorable) et au but ultime qui l’a inspiré (plus politique qu’environnemental). Des documents de ce genre me font penser que la réduction des ressources énergétiques et les problèmes économiques et environnementaux qui en découlent sont une arme de plus dans l’arsenal partisan, et que le contexte réel n’intéresse personne si ce n’est pour améliorer l’efficacité de ladite arme. J’ai l’impression que même les meilleurs, ceux qui posent le problème avec sérieux, finissent par se fracasser sur le fait, quasiment un mantra, que nous devons changer de système économique parce que le capitalisme mord, a une queue, des cornes, des sabots et apparaît dans des vapeurs de soufre lorsqu’on embrasse le revers d’une pièce de monnaie.

En fin de compte, et pour être cohérent avec l’attitude et la ligne que mes nombreux ou rares lecteurs ont pu observer dans mes écrits, j’ai décidé de me justifier et de mettre par écrit ma conviction que la plupart des gens qui sont conscients du pic pétrolier ne voient ou ne veulent voir qu’une partie du problème. Toutes mes excuses pour avoir dit cela, mais je pense que c’était nécessaire. L’énonciation du problème et la manière dont il est posé dénotent une série de biais qui me semblent très désagréables, comme si leur intention était tout sauf sa résolution : est-ce que j’observe de la mauvaise foi chez les militants du peak oil ? Eh bien, chez certains oui et chez d’autres non, mais chez presque tous, j’observe la même lacune : que leur passion pour la logique et les données, leur précision dans les mesures et dans la construction des modèles, leur méticulosité dans l’argumentation et l’enchaînement des événements, disparaissent soudainement, parfois jusqu’à passer sous silence des données, faits et arguments, s’ils sont en contradiction avec leurs convictions ou leurs besoins politiques.

Je ne vais pas aborder le sujet des données, car dans ce domaine, presque tout le monde en sait plus que moi. De plus, nous sommes tous d’accord sur cet aspect, bien qu’avec quelques nuances. Juste au cas où, je dirai brièvement : nous vivons sur une planète finie, donc tous les modèles économiques basés sur une croissance infinie sont nécessairement faux. L’énergie est la base de la société, de l’économie, du développement, du bien-être et en général de tout. L’économie devrait être étudiée davantage comme une branche de la thermodynamique, que comme une branche de la sorcellerie, comme certains semblent le faire aujourd’hui, surtout dans le cas de l’économie financière. La croissance de ces derniers siècles est due à l’utilisation massive de combustibles fossiles. Par la loi des rendements marginaux décroissants, ils sont de plus en plus chers et difficiles à extraire, et leur remplacement détourne de plus en plus de capitaux et d’autres ressources, entraînant une contraction, un déclin ou un effondrement économique, suivant la gravité de la chute. Le moment et l’ampleur de cette chute sont inconnus, mais le plus probable est qu’elle sera financière avant d’être matérielle, car notre économie financière anticipant la pénurie des biens matériels, entraînera une chute anticipée.

Voilà sur quoi nous sommes d’accord. Mais maintenant, méthodiquement, je vais essayer d’expliquer pourquoi je crois que la plupart des gens conscients du problème ne comprennent pas sa véritable portée, ou préfèrent laisser cette question pour plus tard, estimant avoir déjà surperformé dans des domaines moins plaisants ou moins difficiles.

Le paradoxe de Jevons

Après avoir présenté tous les problèmes que j’ai énumérés ci-dessus, il s’avère que beaucoup sont tentés d’ajouter que nous devons chercher une nouvelle société, où le gaspillage prendra fin, où l’on renoncera à la consommation et où l’on préservera les ressources. Tout cela me semble très beau et très édifiant, mais franchement, on dirait des évêques qui prêchent contre le sexe.

Je l’ai dit dans un autre article, mais je crois qu’il faut le répéter :

La vérité est qu’économiser une marchandise ou une ressource entraîne la baisse de son prix pour celui qui décide de la consommer. La réalité est que l’essence que nous économisons, les Nord-américains peuvent la consommer dans leurs voitures de deux tonnes, et il est certain que si nous ne l’économisions pas, ils devraient la payer beaucoup plus que les 50 centimes d’euro qu’ils payent actuellement. La réalité, c’est que l’essence que nous ne brûlons pas ne va pas dans une tirelire et qu’elle n’est pas enfouie sous terre pour que personne ne la brûle et ne produise pas de CO2. Elle se retrouve sur le marché, augmentant l’offre pour celui qui veut la brûler tout en entraînant la baisse de son prix. Le charbon que nous ne brûlons pas ne disparaît pas dans l’espace pour ne pas polluer : c’est celui que brûlent les chinois, à meilleur prix justement parce que nous n’en voulons pas, et celui qui les aide à rayer de la carte nos boutiques et nos industries, incapables de lutter contre leurs prix. Le bois que ceux qui vivent dans les villages ne brûlent pas est celui qui fait baisser le prix des pelets pour les chaufferies urbaines et le chauffage par biomasse. L’eau que tu n’utilises pas pour irriguer ton jardin, sera utilisée pour en irriguer un autre. Ou un terrain de golf. Les truites que nous ne pêchons pas en amont, sont celles qui seront pêchées en aval. La fille que tu n’as pas baisée n’est pas devenue nonne : elle s’est mariée avec un autre.

Nous savons tous qu’il en est ainsi, et c’est d’autant plus vrai dans un monde globalisé. Nous savons tous que l’économie d’une ressource ne diminue pas sa consommation tant qu’il y a quelqu’un qui en a besoin. Nous savons tous que la réduction ou l’élimination de la demande à un niveau ponctuel est indifférente au niveau mondial. Nous savons tous qu’en consommant moins ici, où il existe une législation environnementale sur les déchets, par exemple, on en consommera davantage là où cette législation n’existe pas et que, finalement, les dommages seront beaucoup plus importants. Nous savons tous que l’installation d’éoliennes en Allemagne rend le charbon moins cher, de sorte que la Chine en consomme davantage, sans filtres ou quoi que ce soit de ce genre.

Nous ne le savons que trop bien, car nous n’ignorons pas les données ou les modèles économiques, mais ce fait concret, lorsque nous écrivons notre discours, nous le passons sous silence. On le sait, mais ça n’est pas acceptable car ça fout tout en l’air, n’est-ce pas ? Nous continuons d’écrire des manifestes et des brûlots en faveur de la sobriété, contre le capitalisme et contre la consommation, car c’est ce que nous dicte notre éthique. Nous savons que c’est inutile, mais nous faisons quand même impassiblement ce geste. Nous savons que ça ne marche pas, mais ça nous permet de nous sentir mieux. Nous savons que cela favorisera ceux qui veulent continuer à faire tourner la roue sans se soucier de rien, mais c’est un besoin viscéral.

Parce que nous sommes comme ça, parce que nous avons l’âme de prédicateurs et la vocation de martyrs. Parce que la réalité que nous chérissons tant quand il s’agit des données, nous nous en soucions comme d’une guigne quand il s’agit de l’appliquer à des sujets qui offensent notre odorat. Et notre odorat règne en maître, surtout face à certaines odeurs.

Polluer c’est mal. Gaspiller c’est mal. Dilapider les ressources des générations à venir c’est mal. D’accord, oui, et alors ? Et que faisons nous avec les voisins, les régions, les continents entiers qui font passer à la trappe toutes ces considérations ? Nous leur déclarons la guerre ? Ou répéterons-nous toujours les mêmes évidences jusqu’à ce qu’ils nous écoutent par lassitude ? A qui nous adressons nous avec ce catéchisme ? A un autre aussi naïf que nous ?

En fin de compte, nous ne faisons que ménager notre bonne conscience et nous laisser aller à notre solidarité imaginaire. Parce que le vrai problème, c’est que les restrictions ne servent à rien, ça ne fonctionne pas, elles n’ont d’autre effet que de réduire le prix pour les champions olympiques du refus des dites restrictions. Pourquoi pensez-vous que l’information sur le pic pétrolier, qui est terriblement anti-système, n’a été combattue qu’avec des mesures mineures ? Parce qu’elle fait baisser les prix pour ceux qui veulent continuer à consommer. « Allez, que ces idiots fassent des économies, il y en aura davantage pour les autres ! »

Donc, face à beaucoup de militants du peak oil, je ressens le même doute qu’avec beaucoup d’évêques : croient-ils vraiment ce qu’ils disent ou ont-ils construit toute cette histoire dans un autre but que celui qu’ils nous présentent, le discours sur le pétrole ne cache-t-il pas une volonté de conduire le troupeau dans leur enclos politique ? Il doit y avoir de tout, mais chaque jour, j’ai de moins en moins confiance. Et chaque jour, ils nous font plus de mal.

Décroissance ou réduction volontaire

Après avoir répété une fois de plus que l’économie d’une ressource ne réduit pas sa consommation totale, il faut se demander d’où ces gens ont pu sortir l’idée que les sociétés peuvent volontairement décroître. J’ai eu la chance de lire un magnifique article sur des sociétés qui vivaient différemment et avec moins, mais même cette étude n’en mentionne aucune qui suivrait un chemin allant vers moins de consommation, et encore moins volontairement par consensus. J’ai beaucoup lu sur l’effondrement d’autres sociétés dans le passé, mais je ne vois aucun précédent de réduction volontaire de la consommation d’aucune ressource. Ce que je vois, au mieux, c’est qu’un gars, dans chaque village, se retirait dans une chartreuse ou escaladait une colonne pour y vivre de presque rien, mais pour le reste pour ce que j’en sais, tout a toujours été subi de force, par nécessité impérieuse et les différentes variantes et mutations du « trágala » [Chanter le tragala à quelqu’un c’est se moquer du fait qu’il soit obligé de faire une chose à laquelle il se refusait, son origine est dans une chanson que les libéraux chantaient aux absolutistes en Espagne, la signification est « avale donc ça », NdT].

Quand une société s’effondre, c’est parce qu’elle manque d’une ressource, et c’est précisément parce qu’elle ne l’a pas économisée, ou n’a pas pu l’économiser, ni empêcher son épuisement. Et il en est ainsi, j’insiste, parce que ce que certaines personnes ont économisé était disponible pour d’autres. C’est quelque chose d’aussi connu que la tragédie des biens communs.

Si quelqu’un pense encore qu’il est possible de sensibiliser la population à la nécessité de vivre plus mal et avec moins, alors que d’autres ont tout, qu’il aille voir ses voisins et essaye de les convaincre qu’il faut baisser le chauffage de quelques degrés, tout en payant le même prix. Je ne parle pas de manger moins, ni d’accepter des brimades : juste deux degrés de chauffage, pour le bien de la planète. Il y a des volontaires ? Non, bien sûr pas dans la communauté de son quartier, seulement sur les forums et dans les blogs. Dans les forums et les blogs, nous demandons la restriction du capitalisme, la fin du gaspillage et l’utilisation universelle des poneys, en pensant que nous allons rééduquer le monde, mais face à nos voisins nous n’y pensons même pas, car nous savons tous que notre propre quartier a toutes les chances d’être le dernier endroit de la planète à l’entendre. Et nous le savons parce que nous connaissons ses habitants. Il y a de ça non ?

Soyons honnêtes : nous envisageons de changer le monde, mais nous n’en parlons plus à nos amis. Et encore moins à la famille. Nous nous disons que ce sont des simplets, des gens qui croient à la corne d’abondance, qui vivent dans l’illusion de je ne sais quoi, mais nous sommes toujours convaincus qu’économiser les ressources diminuera leur usage et que l’on peut convaincre les gens, par de bonnes paroles, de vivre plus chichement alors que leurs voisins se gavent. Ne sommes-nous pas aussi simplets qu’eux ? Ne souffrons-nous pas aussi d’une illusion de corne d’abondance, une abondance de connaissances au lieu de ressources ? Ils croient que le pétrole est infini et nous croyons que la bonne volonté est inépuisable. Ils pensent que la technologie peut tout faire et que quelque chose sera inventé, et nous croyons que la rééducation des gens peut tout faire, et qu’une nouvelle conscience émergera… D’où nous vient cette conviction ? D’où nous vient cette idée que l’avarice va s’épuiser avant le pétrole ? De quelles données et modèles peut-on déduire que la solidarité est plus universelle que la consommation ? Quel type de crétins sommes-nous ?

La loi de Lem

La loi de Lem dit que personne ne lit rien. Que les quelques uns qui lisent ne comprennent rien. Et que parmi les rares personnes qui comprennent quelque chose, la majorité oublie tout dans la demi-heure.

Et je crois que nous sommes dans ce cas.

Nous serons décroissants, ça ne fait aucun doute, mais quand il n’y aura plus d’autre solution. Nous consommerons moins, mais seulement quand il y aura moins de biens à consommer et qu’il sera plus difficile de se les procurer. Nous cultiverons la terre avec des ânes ou une houe, mais pas avant que le dernier tracteur ne soit hors service ou qu’il ait utilisé la dernière goutte de combustible. Et si cette dernière goutte est faite du sang des vierges syldave, la Syldavie n’a qu’à bien se tenir !

Nous savons qu’il ne sert à rien d’économiser. Nous savons que notre tentative de sensibiliser la société à autant de chance de succès que la science en a de découvrir la panacée. Nous le savons, mais nous ne le comprenons pas ou nous l’oublions immédiatement pour continuer à écrire des manifestes, des digressions apocalyptiques, des homéopathies énergétiques, une éthique habillée de scientisme, des sermons déguisés en rapports, des sacrements de solidarité oints d’avertissements techniques. Dans nos écrits, tout apparaît, sauf ce qui importe : qu’il est indifférent de consommer plus ou moins au niveau local, car cela n’affecte pas la consommation mondiale.

Nous essayons d’atteindre les gens pour les forcer à croire quelque chose qu’ils ne veulent pas croire, pourquoi sommes-nous surpris qu’ils ne le comprennent pas, ne l’acceptent pas ou ne s’en souviennent pas ? Nous ne pouvons pas les sensibiliser tous, et si nous ne les sensibilisons pas tous, nous ne faisons que subventionner le Hummer du mec de l’Oklahoma, ce gars qui se tamponne totalement de tous nos soucis parce qu’il n’a pas d’enfants et qu’il ne croit pas au lendemain.

A ceux qui ne croient pas au lendemain, nous n’avons rien à dire, mais nous continuons à sous-estimer le pouvoir de l’hymne : « Je veux tout, je le veux maintenant », qu’allons-nous dire à ceux qui font la queue pendant 11 heures pour acheter le dernier modèle de téléphone portable ?

De quoi parle-t-on bordel ?

Tous ces gens ne consommeront pas moins, parce qu’ils n’en ont pas envie. C’est clair ? Tous ces gens ne vont pas renoncer à leur confort tant qu’ils ne seront pas tenus par les couilles. Tous ces gens, et il y en a des milliards, vont broyer jusqu’à la dernière pierre à la recherche du bien-être qu’ils ont vu ailleurs et le feront jusqu’à, et exactement jusqu’à, deux secondes avant la catastrophe. Ou plutôt jusqu’à deux secondes après la catastrophe, pour être exact.

Nos documents et nos explications s’adressent à ceux qui veulent comprendre, mais comme ceux qui sont conscients ne peuvent rien faire d’autre que faire baisser le prix des produits auxquels ils renoncent, les inconscients nous applaudissent, continuent à consommer (à un prix inférieur) et rigolent à s’en décrocher la mâchoire. Jusqu’à quand ? Jusqu’au jour où tout ira mal, bien sûr, mais ce jour-là sera pour tout le monde, les économes comme les gaspilleurs.

Conclusion

La conclusion est claire, chaque fois que l’Europe, par exemple, approuve une loi environnementale restrictive, la Chine et l’Inde décrètent un jour de fête nationale. D’abord parce que les ressources qu’il consomment leur coûteront moins cher, et ensuite parce que produire chez eux sera plus rentables que produire en Europe, et que ceux qui se retrouveront au chômage seront nos enfants et pas les leurs.

Chaque fois qu’une, cent ou mille personnes prennent conscience du problème de l’environnement ou de la limite des ressources naturelles, le karma de la Terre s’améliore, il naît deux licornes, et les druides entonnent des cantiques de louanges, mais ni la consommation d’énergie ou de terres rares, ni l’émission de CO2 ne diminuent. Rien ne s’améliore au niveau mondial, on n’économise rien, on ne pollue pas moins.

La destruction du capitalisme en Occident ne ferait pas de nous des moines tibétains. Et même si c’était le cas, cela laisserait de l’espace et la possibilité aux Tibétains de cesser d’être moines. Ceux qui proposent un nouveau système ne disent jamais si ce système sera pour leur peuple, pour leur pays, ou s’ils l’imposeront de force à tout le monde par le biais d’une croisade verte, solidaire, à coup de tarte aux airelles. Et si le nouveau système n’est pas global et simultané, ce ne sera pas un nouveau système : ce sera juste une connerie, un événement bien intentionné que les capitalistes encourageront avec des subventions, une demi-heure dans une émission de télévision et trois tapes dans le dos.

Le désastre viendra sous la forme d’un effondrement, ou de quoi que ce soit d’autre, et il viendra quand il le faudra, mais rien ne nous en libérera. Le nouveau système économique imploré est la version 2.0 de la Communion des Saints, une reprise séculière de « nous sommes tous frères et nous nous rencontrerons dans le royaume des cieux », qui est après tout une idée qui a prouvé son efficacité pour attirer les foules. L’utilité de ce que nous écrivons est, à mon avis, de montrer la voie après l’effondrement, alors qu’il y a déjà suffisamment d’incitations pour envisager ce qui peut être fait pour améliorer les choses, ou du moins faire en sorte qu’elles empirent le moins possible. Mais nous traverserons la saison des désastres avant même de l’avoir vue venir. Ce sera dix, cent ou cinq cents ans, mais nous n’y pourrons rien.

La raison pour laquelle j’ai personnellement l’intention de continuer à m’intéresser au climat, à la limitation des ressources et au taux d’extraction du pétrole est la même raison pour laquelle je m’intéresse au big bang, aux trous noirs et à la nébuleuse d’Andromède : pure curiosité ou fébrilité intellectuelle. Je ne vois aucune utilité pratique à cela et je ne pense pas que je puisse changer quoi que ce soit.

D’un point de vue individuel, il peut être utile d’anticiper l’évolution des événements, même si dans un cas comme celui d’aujourd’hui, cela ressemble seulement à la possibilité de changer de cabine sur le Titanic. Au niveau mondial, c’est aussi utile que de savoir qu’en 2020, le soleil explosera.

C’est pourquoi je continuerai à lire et à écrire sur le pic pétrolier, sur la richesse des filons métalliques, sur la loi de la baisse des rendements marginaux décroissants et sur l’incapacité des économistes à accepter les limites de la croissance et de la finitude du monde.

C’est pourquoi je continuerai à penser à ceux qui m’offrent des solutions politiques, des manifestes anticapitalistes, des brûlots contre la consommation et des alternatives à base de bonbons à la fraise comme à des opportunistes qui prêchent pour leur paroisse, avec des objectifs tout différents de ceux qu’ils affichent.

Nous irons en enfer, oui, mais pour ma part ce ne sera pas avec eux. Pas entre leurs mains.

Javier Pérez

Traduit par Marc, relu par jj pour le Saker Francophone

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