A propos du livre :  « L’Allemagne dans la ligne de mire de Staline » de Bernd Schwipper


Par Jack Arnaud − Septembre 2026

Germany in Stalin's Crosshairs: The Red Army's Entry into the Second ...

J’avais lu, avec passion, le livre de Viktor Suvorov (pseudonyme de Vladimir Rezun), dans sa traduction anglaise, d’abord sous le titre de : « The icebreaker » (Le brise-glace) puis, en édition augmentée : « The chief culprit » (Le principal coupable), édité par Naval Institute Press en 2008 : ce livre, grâce à une accumulation de preuves factuelles, m’avait convaincu de la thèse selon laquelle Staline s’apprêtait à attaquer l’Allemagne lorsque l’opération Barbarossa le prit de court. Cette thèse allait à l’encontre de toute l’historiographie officielle selon laquelle un Staline, pacifique et confiant, avait été surpris par l’invasion soudaine de l’armée allemande aux ordres du machiavélique Hitler.

La thèse de Suvorov, encore une fois puissamment étayée sur une multitude de faits, aurait dû faire voler en éclats celle de l’historiographie officielle ; « elle aurait dû… », dans un monde idéal, au sens strict du terme, un monde où seules les idées s’affrontent, la « plus vraie » l’emportant naturellement sur les autres, moins bien argumentées. Mais dans notre monde, les idées sont portées par des hommes, qui sont ce qu’ils sont. Et Vladimir Rezun (« Suvorov ») était ce qu’on appelle « un transfuge », un agent soviétique, officier du GRU, qui était « passé à l’Ouest » (en 1978), comme on disait alors. Des esprits retors pouvaient s’attaquer à l’homme plutôt que d’essayer de réfuter les idées.

Tel n’est pas le cas de Bernd Schwipper qui fut, probablement, le plus jeune général de la « Volksarmee », l’armée de la défunte RDA. L’ancien général de l’Allemagne communiste soutient donc la même thèse que l’ancien transfuge soviétique !
Avant d’en venir au livre lui-même, il faut dire un mot de la préface du traducteur : celui-ci nous apprend que Viktor Suvorov était loin d’être un cas isolé : sa thèse centrale, concernant la volonté de Staline d’attaquer l’Allemagne, et donc que « Barbarossa » fut une guerre préventive, fut soutenue également par l’historien hollandais Marius Broekmayer selon qui les historiens officiels se récrient et s’indignent, mais sont incapables de réfuter les arguments de « Danilov, Hoffmann, Doroshenko, Magenheimer, Bobylev, Maser, Meltyukhov, Dashichev, Suvorov [cité parmi d’autres ! J.A.], Topitsch, Nevezhin, Vladimir Sokolov et Walter Post » (p. xiii). Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’appris que Suvorov n’était qu’un parmi beaucoup d’autres qui invalidaient la thèse officielle ! Le traducteur cite en note tous les livres écrits par ces historiens « dissidents » et parus entre 1990 et 2000. Toutefois nous pouvons parler de « la thèse Suvorov » car le livre de Vladimir Rezun était, probablement, le plus argumenté (jusqu’à la parution de celui de Bernd Schwipper) et le plus ancien : « Le brise-glace » est paru en russe à Moscou dès que l’Union soviétique s’est effondrée, en 1990.

Les deux livres : parallèle « stylistique »

Disons-le tout de suite, le livre de Schwipper, bien que largement plus argumenté, détaillé, « sourcé », comme on dit maintenant, que celui de Suvorov, est nettement moins attachant, moins plaisant à lire que celui de Viktor Suvorov. Bien entendu, celui-ci jouit de l’antériorité : il est le premier, à notre connaissance, à avoir soutenu la thèse du bellicisme de Staline. Mais son livre pourrait être moins plaisant, moins « enlevé » que le second. Or, c’est loin d’être le cas. Pour user d’une analogie convenue, le livre de Suvorov fait irrésistiblement penser à la cavalerie légère qui éclaire le terrain, et celui de Schwipper à l’infanterie lourde (à tous les sens du terme, hélas !) qui occupe, conquiert définitivement les terres que les hussards et les lanciers ont laissées derrière eux.

Les faits et les arguments

De ce point de vue c’est l’inverse : tout ce dont Suvorov fait état se retrouve chez Schwipper, mais souvent comme une partie d’un ensemble plus vaste.

L’évolution de la doctrine militaire soviétique

L’un des mérites de Bernd Schwipper, c’est de mettre en perspective la doctrine militaire soviétique qui passe, en gros, d’un esprit essentiellement défensif, pendant les années trente, jusqu’en 1939, à une mentalité résolument offensive sous l’impulsion de Staline. En fait, selon Bernd Schwipper, la stratégie défensive de l’Armée Rouge, ne s’explique, du point de vue de Staline, que par sa faiblesse relative. Dans un remarquable discours d’avril 1940 aux officiers supérieurs de l’Armée Rouge (discours auquel Bernd Schwipper accorde, à juste titre, une grande importance) Staline déclara :  « Une armée qui n’est pas formée pour l’offensive[« educated for attack »] mais pour une défense passive (…) ne peut même pas être appelée une armée. » (p. 59)

A ce propos il convient de faire une remarque sur la tendance de Bernd Schwipper à « noircir » Staline pour mieux « blanchir » Lénine. Pp. 507-508, notre auteur affirme que la politique extérieure de Lénine fut fondamentalement pacifique, alors qu’avec Staline tout changea, ce dernier « n’ayant jamais perdu de vue son but de « soviétiser » l’Allemagne »(p. 509) C’est oublier la grande offensive de l’Armée rouge en 1920 qui la conduisit aux portes de Varsovie où elle fut vaincue. Ce n’est pas pour rien que Bernd Schwipper fut général de la « Volksarmee », en « chargeant la mule » stalinienne de tous les péchés, il croit, contre toute évidence, préserver ainsi la réputation de Lénine :  « Staline introduisit graduellement une politique de terreur à l’intérieur » (p. 509) : ben voyons !

Pour ce dernier, selon Schwipper, l’Allemagne national-socialiste a toujours été « l’ennemi principal » ( pp. 63-64). Mais, avant 1939, l’Allemagne « est loin », elle n’a pas frontière commune avec l’Union Soviétique, la Pologne et les pays baltes sont autant d’Etats-tampons. Toutefois, en 1939 il y a des entretiens tripartites entre l’union Soviétique, la France et l’Angleterre pour décider d’une politique commune contre « les puissances agressives » (l’Allemagne et l’Italie). C’est après l’échec de ces négociations que Staline opère un renversement d’alliance avec le fameux pacte germano-soviétique du 23 août 1939(p. 86). Le 1er septembre 1939, l’Allemagne envahit la Pologne et, quinze jours après, l’Armée Rouge occupe la moitié orientale de ce malheureux pays.

Désormais, il y a une frontière commune entre l’Allemagne et l’Union Soviétique, et c’est à partir de l’automne 1939 que Staline, selon Bernd Schwipper, va tout mettre en œuvre, systématiquement, avec un esprit de suite qui ne peut pas ne pas forcer l’admiration, pour faire de l’Armée Rouge un outil offensif en vue de la conquête de l’Allemagne.

Les occupations de territoires (Pologne, Finlande, Pays baltes, Bessarabie)
A l’automne 1939, donc, l’Union Soviétique occupe la moitié orientale de la Pologne (Biélorussie et Ukraine de l’Ouest avec pour capitale Lvov). Aussitôt des bases militaires, notamment d’aviation, y sont installées, ainsi que des dépôts de munitions et de carburant. Que des terrains d’aviation militaire soient ainsi disposés près de la (nouvelle) frontière avec l’Allemagne, qui plus est avec des bombardiers lourds à long rayon d’action, ne peut avoir de sens que pour préparer une grande offensive. C’est évidemment absurde dans le cas d’une stratégie défensive. On comprend, dès lors, pourquoi la Wehrmacht a pu obtenir de tels succès, détruisant, ou capturant, d’énormes quantités d’avions, de blindés, de matériel militaire soviétiques dans les premiers jours de l’offensive de juin 1941 : l’Armée Rouge fut, pour ainsi dire, prise à contrepied : tout entière en « position offensive », elle était, dès lors, totalement vulnérable en cas d’attaque « surprise » de l’ennemi, même si ce dernier était en considérable infériorité matérielle, comme Bernd Schwipper le précisera plus loin.

En novembre 1939, l’Union Soviétique attaque la Finlande sous des prétextes plus ou moins fantaisistes : ce sera « la guerre d’hiver » qui se prolongera jusqu’en mars 1940 du fait de la résistance acharnée, et souvent couronnée de succès, de l’armée finlandaise. S’appuyant sur une directive de l’Etat Major de l’Armée Rouge du 17 novembre (p. 5), Bernd Schwipper montre que les buts de guerre soviétiques n’étaient pas du tout « limités » comme l’a dit Moscou après son relatif échec du fait de la résistance des Finlandais : les gains soviétiques furent limités, mais les buts de guerre initiaux étaient considérables : il s’agissait ni plus ni moins de la destruction des forces armées finlandaises, de la prise d’Helsinki et donc de la destruction de l’Etat finlandais. Pourquoi ? Selon Schwipper le but fondamental de Staline est la conquête de l’Allemagne. Celle-ci dépend, pour sa survie, de deux matières premières vitales pour son industrie d’armement : le pétrole roumain et le … fer suédois.

L’occupation de la Finlande ouvrait une fenêtre sur la Suède permettant ainsi de couper l’approvisionnement de l’Allemagne en fer suédois. Schwipper prouve sa thèse sur la volonté de Staline de conquérir la Finlande en faisant état d’un mémorandum présenté à Staline et à Molotov par le nouveau commissaire à la défense, Semyon Timochenko, le 18 septembre 1940, concernant une nouvelle guerre avec la Finlande. Staline approuva ce mémorandum, mais, se souvenant des protestations internationales lors de « la guerre d’hiver », il voulait d’abord obtenir l’accord d’Hitler. Le sujet d’une nouvelle guerre contre la Finlande fut évoqué par Molotov lors de ses conversations avec Hitler à Berlin les 12 et 13 novembre 1940 et il se heurta au refus absolu d’Hitler. Refus qui n’empêcha pas Timochenko, le 25 novembre, de dire au commandant de la région militaire de Léningrad de se préparer à une nouvelle guerre contre la Finlande. « Le plan, écrit Schwipper, était d’écraser la Finlande, militairement et politiquement. Après avoir attaqué Helsinki de trois directions différentes et s’en être emparé, la Finlande devait être intégrée à l’Union Soviétique comme le furent les Etats baltes et la Bessarabie. » (p. 12)

L’annexion des Etats baltes

En juin 1940, l’Union Soviétique occupe les trois Etats baltes, ce qui la rend frontalière avec la Prusse orientale. P. 203 notre auteur écrit ceci :  « (cette occupation) assurait non seulement la domination du Golfe de Finlande et de la baie de Riga mais permettait aussi à la marine soviétique de menacer les couloirs maritimes menant au Golfe de Botnie, qui étaient importants pour l’Allemagne(…) Plusieurs croiseurs et une douzaine de destroyers furent envoyés au port de Tallinn et une brigade de bombardiers à long rayon d’action fut basée dans les îles proches de la côte : ils devaient, de manière intermittente, larguer des bombes ou bien des tracts de propagande sur la Prusse orientale et la région de Berlin. »

L’annexion de la Bessarabie

En juin 1940, l’Union Soviétique annexa la Bessarabie, arrachée à la Roumanie. Cette annexion plaçait l’Armée Rouge à portée des champs pétrolifères de Ploesti qui étaient vitaux pour l’industrie allemande. Si l’on regarde une carte, on peut voir que les territoires annexés par l’Union Soviétique en 1939 et 1940, forment une bande continue depuis la Finlande jusqu’à la Mer Noire. Sur tous ces nouveaux territoires il y a un réseau de plus en plus dense de bases militaires, de terrains d’aviation, de dépôts de munitions et de carburant, en vue de quoi, sinon de la grande invasion de l’Allemagne ?

D’autant mieux que Staline avait pris ses précautions à l’Est, contre l’ouverture d’un second front, en signant avec le Japon, le 13 avril 1941, un traité de non-agression (pp. 261-262). Rappelons que le Japon avait subi une défaite lors des combats de Khalkhin Gol (mai-juin 1939) et qu’à ce propos, l’évaluation de l’importance de ces combats diffère totalement selon que l’on écoute Suvorov ou Schwipper : nous y reviendrons en dernière partie. Toujours est-il que le traité avec le Japon permettait à Staline de ramener des forces vers l’Ouest en vue de l’offensive contre l’Allemagne : en mars 1941 il n’y avait plus que 29 divisions d’infanterie, 7 divisions blindées et une de cavalerie en extrême orient alors que, face à l’Allemagne, il y avait plus de deux cents divisions, toutes catégories comprises.

Le discours de Staline d’avril 1940

Bernd Schwipper accorde une grande importance au discours que Staline délivra au haut commandement de l’Armée Rouge à la mi-avril 1940. C’est de 1938 à 1941 que l’Armée Rouge développa sa « mission offensive ». Le discours que tint Staline au haut commandement de l’Armée Rouge avait pour objet, d’abord, de tirer les leçons de la guerre contre la Finlande. Concernant le rassemblement de troupes dans l’isthme de Karélie, il visait à créer une tête de pont en vue d’un éventuel « bond en avant » (p. 55). Puis, après avoir rappelé les contre-performances de l’Armée Rouge contre les Finlandais, Staline déclara que l’armée soviétique n’avait pas encore mené « une guerre moderne » : les combats contre les Japonais, au lac Khasan ou à Khalkhin Gol, n’étant que des « bagatelles », la campagne de Pologne assimilée à « une promenade dans un parc », la Guerre Civile elle-même n’étant pas réellement une guerre, puisqu’il n’y avait ni chars, ni aviation, ni artillerie. En somme selon Staline, une guerre moderne est d’abord une guerre de matériel. Bref, l’Armée Rouge n’est pas encore une armée moderne, mais la guerre contre la Finlande fut son « baptême du feu ». Il continuait ainsi : « Une armée qui n’est pas éduquée pour l’offensive, mais pour une défense passive ; une armée qui n’a pas de véritable artillerie, une armée qui n’a pas de véritable force aérienne, (…) une armée qui mène une guerre de partisans (…), une telle armée ne peut même pas être appelée une armée » (p. 59)

Les forces en présence à la veille du 22 juin 1941

Le 22 juin 1941 l’Allemagne attaqua l’Union Soviétique avec 152 divisions, un peu plus de 3300 chars et 2200 à 2300 avions.

L’Armée Rouge déployait, face à l’Allemagne, 216 divisions, 12400 chars et 8200 avions. En fait, à la veille de la guerre, l’Armée Rouge disposait de 23300 chars :  « Entre janvier 1940 et juin 1941, précise Schwipper, la force blindée soviétique avait été multipliée par 7,4 »(p. 148). Comme le précise, à juste titre Stefan Scheil dans son avant-propos au livre de Schwipper, « le citoyen ordinaire, si on lui avait demandé quel était le nombre de chars, aurait pensé à une supériorité allemande – n’imaginant même pas que le jour où la guerre commença, le rapport était presque de 7 à 1 en faveur de l’Union Soviétique. » (p. xvii) De son côté, Schwipper dit, qu’en 1941, l’Armée Rouge avait autant de chars que l’Angleterre, la France, les Etats-Unis et l’Allemagne réunis. (p. 149) L’infériorité allemande en forces blindées, n’était pas seulement quantitative mais aussi qualitative : en 1941 l’Allemagne ne disposait d’aucun char lourd, (les premiers chars « Tigre » n’apparaîtront qu’en fin 1942), son meilleur char, le Panzer IV, était un char moyen. L’Union Soviétique, elle, disposait du char lourd KV (initiales de Kliment Vorochilov) qui surclassait tous les chars allemands. Quant au fameux T34, c’était un char moyen mais qui, bien que plus « rustique » que le Panzer IV, était plus puissamment armé et plus rapide. Sur les quelque 13 000 chars alignés face à l’Allemagne, il y avait, nous dit Schwipper à la page 147, 508 KV et 967 T34.
Quant à l’aviation, là encore la supériorité soviétique était manifeste : au 1er juin 1941 l’Union Soviétique alignait plus de 18 000 avions (p. 165), dont plusieurs escadres de bombardiers à long rayon d’action basées près de la frontière avec l’Allemagne.

La puissance de la force parachutiste soviétique est également la preuve de l’esprit offensif de l’Armée Rouge : en 1941 il y avait cinq corps de troupes aéroportées totalisant quelque 40 000 parachutistes. La force parachutiste est de l’infanterie légère qui peut être larguée derrière les lignes ennemies : sa valeur offensive est très grande, sa valeur défensive très faible.

Conclusion

En somme, l’armée allemande et l’armée soviétique étaient deux armées « en position offensive » : celle qui attaquerait la première ferait donc subir à l’autre des dégâts, humains et matériels, considérables. C’est ce qui se produisit lorsque la Wehrmacht attaqua la première. Pourquoi ne fut-ce pas l’inverse ? Parce que Staline était absolument persuadé qu’Hitler, qui affrontait l’Angleterre, ne voudrait à aucun prix ouvrir un second front à l’Est, car la guerre sur deux fronts avait causé la défaite de l’Allemagne pendant la Grande Guerre. C’est cela, et non pas son prétendu « esprit de paix », qui fit que Staline, jusqu’au dernier moment, rejeta, souvent en en plaisantant, toutes les informations qui lui disaient que l’Allemagne était sur le point d’attaquer. Staline, quant à lui, comptait ouvrir le feu en début juillet 1941, selon Bernd Schwipper : il s’en est donc fallu de deux à trois semaines.

Ultime remarque : la bataille de Khalkhin Gol ne fut-elle qu’une « bagatelle » comme Staline l’affirmait en avril 1940 ?

Parmi les divergences entre le livre de Viktor Suvorov (« The chief culprit », Naval Institute Press 2008) et celui de Bernd Schwipper, la principale, me semble-t-il, est celle concernant l’importance de la bataille de Khalkhin Gol. Bizarrement, Schwipper suit sur ce point l’évaluation méprisante de Staline, et n’accorde aucune importance à ce « combat », alors qu’il regroupe, étrangement, tous les critères d’une « armée moderne » selon Staline lui-même ! 1) C’est une offensive 2) utilisant, en combinaison, les chars et 3) l’aviation. Rappelons les faits.

Depuis 1931, le Japon s’était emparé de toute la Mandchourie en y créant un Etat fantoche : le Mandchoukouo. Le Mandchoukouo était occupé par l’armée japonaise du Kwantung qui regroupait plusieurs armées parmi lesquelles la 6ème dont il va être question. En 1938-1939, l’ambition du Japon est d’envahir la Sibérie soviétique jusqu’au lac Baïkal : c’est l’option de conquête « au Nord » qui est alors dominante.
En août 1939 la 6ème armée japonaise est quasiment détruite par une offensive soviétique, commandée par le général Joukov (qui fera parler de lui plus tard, dans la guerre contre l’Allemagne), qui combine à la fois les chars et l’aviation. La défaite japonaise est telle que le gouvernement japonais abandonne l’option de conquête vers le Nord et se tourne désormais vers le Sud et les possessions anglaises et étatsuniennes. C’est une énorme conséquence stratégique. Le Japon était invaincu jusqu’alors, il avait battu la Russie impériale en 1905. Il y a des « bagatelles » plus insignifiantes… La thèse de Viktor Suvorov, que l’on peut croire sur ce point, est que la bataille de Khalkhin Gol était en quelque sorte une « répétition générale », elle était le modèle, en petit, de ce que devait être, en grand, l’invasion soviétique de l’Allemagne. On comprend pourquoi la propagande soviétique ait tout fait pour minimiser cette bataille qui risquait d’être comme un coup de semonce pour les Occidentaux et pour Hitler. Avouons que la « makirovka » a bien fonctionné puisqu’elle a trompé jusqu’à un certain Bernd Schwipper soixante seize ans plus tard…

Jack Arnaud

Source

  • « Germany in Stalin’s crosshairs » de Bernd Schwipper (Antelope Hill Publishing, 2025, traduction de l’original allemand de 2015)
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