Guerre, paix et guerre : vingt ans après


Et nouvelles traductions chinoise et française


Par Peter Turchin − Le 17 octobre 2026− Source Cliodynamica

War and Peace and War (WPW) a été mon premier ouvrage « grand public » (accessible et non technique). La raison immédiate qui m’a poussé à l’écrire est qu’un éditeur de Penguin Random House m’a contacté en 2004. À cette date, j’avais déjà publié trois ouvrages universitaires, dont le plus récent était Historical Dynamics (2003). Mais j’étais très ouvert à l’idée d’écrire un ouvrage grand public qui s’appuierait sur les théories et les résultats présentés dans Historical Dynamics. Je pensais à l’époque (et je le pense toujours) que nous, scientifiques en activité, avons une obligation envers la société qui rend notre travail possible. À tout le moins, nous devons expliquer au grand public les résultats de nos recherches dans un langage non technique.

Lorsque j’ai signé le contrat avec PRH, j’étais extrêmement naïf quant aux réalités de l’édition. Je n’avais pas d’agent et j’ai accepté une avance très modeste. À vous, écrivains en herbe, je vous conseille de toujours viser la plus grosse avance possible. Cela garantira que la maison d’édition s’investira sérieusement dans la promotion de votre livre, car elle devra protéger son investissement initial (votre avance).

Dans le cas de WPW, l’éditeur et son équipe ont consacré beaucoup d’efforts à m’accompagner dans l’écriture et la révision — mais ils n’ont consacré ni effort ni argent à sa promotion. Pour être honnête, la filiale de PRH qui a publié mon livre (appelée Pi Press) a été fermée par la société mère et toutes les personnes en charge de mon livre ont été mutées vers d’autres divisions. Ils n’avaient donc pas l’esprit tourné vers la promotion de mon livre. Toute promotion qui a eu lieu l’a été à 100 % grâce à mes propres efforts. Comme le dit le proverbe russe : « Sauver les naufragés, c’est l’affaire des naufragés eux-mêmes. »

Quoi qu’il en soit, l’édition reliée a été publiée en 2005. Voici plus haut la couverture originale (inspirée du tableau La conquête de la Sibérie par Ermak de Vassili Sourikov).

La couverture de l’édition de poche était, à mon avis, moins marquante et plus conventionnelle (notez également le sous-titre modifié). Mais ces décisions relèvent de la compétence de l’éditeur, et non de l’auteur.

Quoi qu’il en soit, après sa publication, WPW n’est pas devenu un best-seller instantané, c’est le moins qu’on puisse dire. En revanche, plus de vingt ans plus tard, il continue de se vendre à un rythme remarquablement régulier. En fait, au cours des dix dernières années, le rythme des ventes mensuelles a augmenté (de manière particulièrement notable après 2020). C’est assez inhabituel, car la grande majorité des ouvrages documentaires se vendent principalement au cours de leur première année (voire de leurs trois premiers mois) après publication. La demi-vie typique d’un livre est de l’ordre d’un an. Comme les ventes de WPW augmentent, au lieu de diminuer comme elles le devraient, sa demi-vie estimée est en réalité infinie.

Avec le recul, je vois deux raisons à cette durée de vie prolongée. Premièrement, les livres d’histoire ont tendance à bien vieillir. Deuxièmement, et c’est plus important encore, le domaine scientifique sur lequel repose le livre, la cliodynamique, a bien vieilli — peut-être que « mûri » serait un terme plus approprié. J’y reviendrai plus en détail dans le prochain article.

À ce jour, WPW a été traduit en neuf langues, la plupart de ces traductions ayant vu le jour très récemment. Par exemple, la version chinoise vient d’être publiée, ou devrait être disponible sous peu, puisque j’ai reçu mes exemplaires d’auteur la semaine dernière.

Et une traduction française paraîtra le 22 octobre :

ImageComme je n’ai pas encore reçu mes exemplaires d’auteur, cette image m’a été fournie par ma traductrice, Peggy Sastre. En réalité, Peggy est bien plus qu’une simple traductrice. Elle est l’une des principales raisons pour lesquelles mes livres sont désormais disponibles en français, car c’est elle qui a convaincu une maison d’édition française d’acquérir les droits français de End Times, publié sous le titre Le Chaos Qui Vient. Soit dit en passant, à en juger par les ventes de End Times, le livre a très bien marché en France. En effet, la traduction française s’est vendue bien mieux que toutes les autres traductions, et de loin.

Je me réjouis tout particulièrement de cette évolution, car c’est l’histoire de France qui a joué un rôle prépondérant dans ma décision de lancer la Cliodynamique. On me demande souvent si j’ai été influencé par Fondation d’Isaac Asimov, mais en réalité, c’est en lisant les romans historiques français d’Alexandre Dumas, de Prosper Mérimée et de Maurice Druon que j’ai développé un vif intérêt pour l’histoire. Avec le recul, je me rends compte que la quasi-totalité de leurs meilleurs romans se déroule pendant les périodes de désintégration de l’histoire de France (pour une périodisation en phases d’intégration et de désintégration, voir mon récent article « Démographie des entités politiques II : la PolitiSéquence de la France »). Ainsi, d’Artagnan et les trois mousquetaires participent au siège de La Rochelle pendant les révoltes huguenotes, tandis que la Fronde en France et la guerre civile en Angleterre constituent la toile de fond historique de Vingt ans après. La Reine Margot (également de Dumas) et Chronique du règne de Charles IX (de Mérimée) se déroulent pendant les guerres de religion. Quant au chef-d’œuvre de Druon, Les Rois maudits, il montre la France sombrant dans la catastrophique Guerre de Cent Ans.

Ces périodes troublées n’étaient certes pas une partie de plaisir pour ceux qui les ont vécues, mais elles constituent sans aucun doute un cadre idéal pour les romans historiques. J’espère que mon livre aidera les lecteurs à comprendre les forces structurelles profondes qui ont conduit à ces crises récurrentes de l’histoire de France. Et qu’en éclairant le passé, les théories cliodynamiques et les résultats empiriques nous aideront à comprendre notre présent, et peut-être à nous diriger vers un avenir meilleur.

Peter Turchin

Traduit par Hervé, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

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