Lavrov déclare que les négociations avec les États-Unis vont dans la mauvaise direction


Par Larry C. Johnson – Le 11 Février 2026 – Source A son of the new American revolution

Sergueï Lavrov a recommencé. La semaine dernière, il avait donné une longue interview avec Rick Sanchez sur RT. Lundi, il a donné une interview similaire sur BRICS TV, dont j’ai parlé dans mon article d’hier soir. Aujourd’hui, mardi, Sergei Lavrov a de nouveau accordé une longue interview à la chaîne de télévision russe NTV. La discussion a porté sur la multipolarité mondiale, les relations avec l’Occident (en particulier les États-Unis et l’Europe), les négociations sur le conflit ukrainien, le contrôle des armements nucléaires après l’expiration du Nouveau Traité START et d’autres sujets géopolitiques. Dans l’ensemble, l’interview renforcé l’opinion que la Russie pense que la guerre en Ukraine a été causée par les provocations de l’OTAN. Lavrov n’a pas mâché ses mots en accusant l’Occident/les États-Unis d’avoir bloqué les progrès sur l’Ukraine malgré certains signaux positifs de Trump, et a souligné l’engagement de Moscou en faveur de la multipolarité tout en maintenant des lignes rouges fermes en matière de sécurité. Vous pouvez lire l’interview complète sur le lien ci-dessus.

Lavrov a commencé par souligner le passage de 500 ans de domination occidentale (construite sur l’esclavage et le colonialisme) à un monde multipolaire. Il a souligné l’influence croissante de pays comme la Chine, l’Inde, le Brésil et des blocs d’intégration tels que les structures liées aux BRICS, l’UEE, la CEI, l’OTSC, l’ASEAN et le CCG. Il a accusé l’Europe de persister à vouloir dicter ses directives à toute l’Eurasie, d’entraver la coopération naturelle (par exemple, entre la Russie et l’Asie centrale ou le Caucase du Sud) et d’interférer en Arctique.

Lavrov a lâché une bombe verbale lorsqu’il a décrit les relations américano-russes comme allant “dans la mauvaise direction“, les États-Unis cherchant à poursuivre leur domination mondiale plutôt que de diviser les sphères d’influence. Il a noté que les contacts de Trump avec les pays achetant du pétrole/gaz russe constituaient une tentative de dominer le marché mondial de l’énergie. Il a félicité Trump en tant que seul dirigeant occidental à reconnaître publiquement l’intérêt de la Russie à empêcher une nouvelle expansion de l’OTAN, la qualifiant de “pas énorme“, mais il a ensuite rejeté l’affirmation de Trump selon laquelle la Russie avait violé ses obligations en vertu de New START, les qualifiant d’infondées.

Lavrov a minimisé l’expiration du Nouveau traité START, le 5 février 2026, notant qu’il n’avait pas fonctionné au cours des trois dernières années. Il a déclaré au journaliste que la Russie ne déclencherait pas d’escalade, mais surveillerait de près les actions américaines “en toute responsabilité“. Il a exprimé son scepticisme quant aux idées américaines d’inclure la Chine dans les futures négociations sur les armements (éventuellement pour se détourner des questions fondamentales) et a déclaré que tout accord multilatéral devait tenir compte des capacités de la Grande-Bretagne et de la France. Il a réaffirmé que la Russie comptait sur ses forces armées comme principal garant de la sécurité post-traité.

En ce qui concerne les négociations avec l’Ukraine, Lavrov a mis en garde contre un optimisme excessif, déclarant qu’il y a encore “un long chemin” et “une grande distance” à parcourir. Les discussions entre militaires portent sur des questions « multiformes et substantielles » nécessitant des détails méticuleux, y compris des mécanismes de contrôle pour tout accord. Les causes profondes du conflit doivent également être traitées, y compris la sécurité de la Russie, l’élimination des menaces (pas d’armes en Ukraine menaçant la Russie) et les droits des Russes/russophones en Ukraine conformément au droit international et à la Charte des Nations Unies.

Il a affirmé que les États-Unis reconnaissaient que les questions territoriales devaient être résolues en fonction des “réalités sur le terrain” et de la volonté du peuple. Lavrov a critiqué les plans européens (par exemple, un cessez-le-feu immédiat) comme ne résolvant rien et fournissant à l’Ukraine une aide militaire fortement accrue sans reconnaissance des changements. Il a réitéré la position de la Russie s’inspirant des cadres passés (par exemple, les pourparlers d’Istanbul de 2022), rejetant des garanties de sécurité significatives pour l’Ukraine qui pourraient menacer la Russie. L’Europe tente des contacts par canal détourné au sujet de l’Ukraine, mais n’offre rien de nouveau par rapport aux déclarations publiques.

Lavrov a explicitement déclaré que la Russie n’avait “aucune intention” et “absolument aucune raison” d’attaquer l’Europe (ou une partie de celle-ci). Il a souligné qu’il n’y avait aucun plan d’actions offensives contre les pays de l’OTAN ou l’UE. Par contre, il a averti que si l’Europe (ou les forces occidentales) réalisait ce qu’il a nommé leurs “menaces” – c’est-à-dire se préparer et lancer une attaque contre la Russie – la réponse de Moscou serait une riposte militaire à grande échelle utilisant tous les moyens disponibles, conformément à la doctrine militaire de la Russie. Il a comparé cela à l’opération actuelle en Ukraine, qu’il (et Poutine) décrivent comme une “opération militaire spéciale” limitée, ce qui implique qu’un conflit plus large serait beaucoup plus grave mais toujours réactif.

Faire trois interviews en quatre jours est inhabituel pour Lavrov. Je crois que le président Poutine lui a ordonné d’utiliser la presse comme un moyen de transmettre un message important à Donald Trump et au reste de l’OTAN. Poutine et ses conseillers avaient espéré que Trump tiendrait ses promesses faites lors de la réunion d’août 2025 à Anchorage et qu’il aurait fait des gestes concrets de bonne volonté, comme dégeler les actifs de la Russie ou éliminer les droits de douane sur les pays qui achètent du pétrole russe. Au lieu de cela, Trump a essentiellement dit à Poutine d’aller se faire foutre. La Russie a reçu le message et signale maintenant à Trump que les exigences de la Russie sont claires et fermes. Si Trump décide d’attaquer l’Iran, les perspectives d’amélioration des relations entre Washington et Moscou seront alors totalement anéanties.

Larry C. Johnson

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

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