Le «pétroyuan» pourrait sauver le Nigeria et éviter une nouvelle crise de migrants


La Chine a indiqué être prête à monter ses niveaux d’investissements dans l’industrie pétrolière du Nigeria.


Par Andrew Korybko – le 24 juillet 2018 – Source orientalreview.org

La China National Offshore Oil Corporation [société nationale chinoise du pétrole en mer, détenue à 100% par l’état chinois NdT] a pour projet d’injecter 3 milliards de dollars supplémentaires, en sus des 14 milliards d’actifs qu’elle détient déjà dans l’État d’Afrique occidentale ; il s’agit d’un nouvel investissement massif qui vient défier les influences américaine et indienne dans le pays le plus peuplé d’Afrique. À ce jour, Washington est le principal partenaire militaire d’Abuja – et ne se montre pas toujours réactif aux demandes d’aides de l’État africain, et New Delhi constitue le partenaire en ressources énergétiques de premier plan du Nigeria ; la Chine tâche ici d’utiliser ses politiques pétrolière et financière, reliées entre elles, pour s’élever au rang de premier partenaire du développement du Nigeria.

Cette annonce d’augmentation de 20% des investissements chinois au Nigeria fait suite à la conclusion début mai dernier d’un contrat d’échange en devises de 2,4 milliards de dollars qui, bien que limité en volume, a pour but de renforcer les perspectives pour ce qu’on appelle le « pétroyuan », en couplant le plus grand producteur de pétrole africain avec la devise chinoise, pire ennemie du pétrodollar. Cette stratégie devrait converger avec plusieurs projets de construction de lignes ferroviaires que la Chine veut lancer au Nigeria, pour faire du pays le nœud le plus important pour l’immense zone Sahel-Sahara, au cœur du méga-projet de la route de la soie, dont la construction se poursuit peu à peu. On peut s’attendre à voir ces projets faire sortir de l’extrême pauvreté des populations parmi les plus densément démunies du monde à ce jour.

Investissements pétroliers chinois au Nigeria

Il s’agit d’une course contre la montre, le Nigeria constituant une bombe à retardement : géopolitiquement, le pays, issu de l’unification de deux anciennes colonies britanniques, peut être vu comme une zone d’instabilité chronique selon le modèle de guerre hybride. Que l’on considère Boko Haram dans l’aride nord-est du pays, ou les militants du dénommé « Biafra » dans le riche delta du fleuve Niger, ou encore les conflits ethnico-religieux opposant les communautés d’éleveurs et de fermiers dans la « Ceinture du milieu » agricole, le Nigeria est rapidement en train de se faire déborder par un nombre impressionnant de défis de sécurité, et son seul espoir d’en sortir est d’introduire une solution de développement durable dans les régions concernées ; les projets portés par la Chine au travers de sa stratégie de la route de la soie apparaissent comme une telle solution.

La liaison du Nigeria avec l’ordre mondial multipolaire émergent, au travers d’accord chinois reliant pétrole, finance et développement constitue un pas dans la bonne direction, mais il faudra plus que le « pétroyuan » et que des chemins de fer pour sauver l’État en difficulté. Mais si Pékin réussit à mener à bien ses projets, l’Europe pourrait se voir épargnée d’une crise de migrants 2.0 qui ne saurait manquer de se déclencher si le pays le plus peuplé d’Afrique devait s’effondrer.

Cet article constitue la retranscription de l’émission radio context countdown par Sputnik News, diffusée le vendredi 20 juillet 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker francophone

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