Emmanuel Macron – Méfiez vous des apparences.


Par Peter Korzun – Le 11 février 2017 – Source Strategic Culture


Il ne faut jamais dire jamais. Les jeux ne sont pas faits. Peu de gens ont prédit le Brexit, la victoire de Trump aux États-Unis, les votes en Hongrie, en Autriche, et la montée du parti d’extrême-droite AfD en Allemagne. Actuellement, quelque chose d’absolument inattendu se passe en France. Une vague de scandales a considérablement diminué les chances des candidats qui étaient largement considérés comme les favoris de la course présidentielle. Du coup, Emmanuel Macron, un candidat indépendant centriste, est devenu le favori de facto des élections françaises de 2017.

Selon un sondage Elabe pour Les Échos et Radio Classique, Macron pourrait battre Marine Le Pen du Front national au second tour de la présidentielle, avec une marge de 65 % à 35 %. Il obtiendrait environ 23 % des voix au premier tour, contre 20 % pour Fillon et 27 % pour Le Pen. Le sondage du 1er février a révélé que le score de Fillon avait chuté de 5 à 6 points pour s’établir à 19 %-20 % au premier tour de l’élection présidentielle, prévu pour le 23 avril.

Macron est une surprise pour les observateurs de la course présidentielle. Il n’a aucune expérience politique. Il n’a jamais été élu auparavant. Il n’appartient à aucun des trois principaux partis politiques. En tant que membre du parti socialiste pendant quelques années, il n’a pas payé de cotisations et n’a pas participé aux activités du parti. Le candidat a travaillé comme conseiller économique du président François Hollande pour devenir ministre de l’Économie en 2014, avant de démissionner l’année dernière pour diriger son nouveau parti centriste appelé En Marche! M. Macron se présente comme un candidat anti-establishment, mais l’est-il vraiment ?

Diplômé de prestigieuses écoles, Sciences Po et École Nationale d’Administration (ENA), et ayant servi au ministère de l’Économie, le candidat semble être un pur produit du système éducatif et politique français élitiste et conformiste. Mais il n’y a pas que cela.

Pendant un certain temps, M. Macron a été le rapporteur de la Commission pour la libération de la croissance française, présidée par Jacques Attali.

Attali est un philosophe et un globaliste. Il est l’auteur de traités politiques portant sur la fin des États-nations disparaissant de la Terre à la suite de guerres. Les survivants créent un État démocratique sous le contrôle d’un gouvernement mondial. C’est sa vision de l’avenir. Jacques Attali a conseillé de nombreux présidents, de François-Mitterrand à l’actuel président François Hollande. Les médias français l’appellent le vrai président du pays.

En 2008, Attali a soumis ses propositions sur la réforme économique au président Sarkozy. Le rapport était intitulé « 300 décisions pour changer la France ». Il préconise une libéralisation radicale de l’économie et la réduction des coûts salariaux. L’une des façons de le faire était d’ouvrir le pays aux flux migratoires pour que les migrants puissent travailler pour des salaires bas et sans le droit de créer des syndicats. Le plan prévoyait également une réduction des dépenses nationales pour les soins médicaux, l’éducation et les pensions. Sarkozy n’était pas assez radical pour adopter un tel plan.

En 2014, Macron a soumis son propre rapport qui reprenait tous les points clés du rapport Attali. En 2015, les propositions contenues dans le document sont devenues la loi Macron. La loi Macron a été appliquée par décret présidentiel – ce même privilège présidentiel que François Hollande avait vigoureusement critiqué avant son élection.

Grâce à Attali, Macron a fait la connaissance de personnes qui l’ont aidé à trouver un emploi à la banque Rothschild. En quatre ans, il est passé du poste d’analyste à celui de banquier d’affaires. Son revenu personnel augmenta énormément. Pendant ces années, il a établi des relations avec le monde des affaires, jusqu’au point de devenir connu sous le surnom de « Mozart de la finance ».

Aujourd’hui, les points clés de son programme sont l’« uberisation » de l’économie, la libéralisation de secteurs économique spécifiques, la réforme du système scolaire et l’ouverture d’un débat plus large sur l’intégration des nouvelles technologies dans l’économie nationale. En comparaison, les autres candidats sont considérés comme un reliquat de la vieille garde, proposant des programmes politiques qui n’ont réussi à obtenir aucun succès stratégique au cours des deux dernières décennies.

Son point de vue sur les grandes questions est vague. Tout en condamnant fermement les actes terroristes, il ne propose ni la fermeture des frontières, ni de freiner les flux migratoires. Il soutient le renforcement du potentiel militaire national sans quitter l’OTAN. Il fait écho aux propos d’Attali exaltant les vertus de l’unité européenne. Il s’oppose à la droite et à la gauche, dans une tentative d’obtenir à la fois le soutien des socialistes et de ceux qui pensent que le Front national de Le Pen est trop radical.

Tout à coup, un mouvement comptant quelques milliers de jeunes est apparu pour le soutenir. Il est vraiment difficile d’expliquer comment un si impopulaire ministre de l’Économie a pu obtenir l’appui de jeunes vivant dans un pays dont l’économie est si dépressive!

Les médias chantent ses louanges. Il est représenté comme un Don Juan. Des médias influents soutiennent ses opinions soi-disant « centristes ». Il ne subit aucune campagne de diffamation médiatique. Avec sa femme de 24 ans plus âgée que lui, la vie privée de Macron est devenue son point fort – une véritable histoire romantique. Tout cela laisse à penser qu’il y a quelqu’un de très influent  et qui fait tout pour pousser Macron de l’avant. Il serait logique pour le « banquier ayant travaillé chez Rothschild » de devenir le « candidat pour une présidence Rothschild ».

Macron a profité de sa réussite personnelle et de coups de chance, quand les politiciens français les plus connus n’ont pas réussi à passer l’étape des primaires, comme le maire de Bordeaux Alain Juppé, ou ont été victimes de scandales.

Il a les moyens de séduire le public – par son apparence, sa touchante histoire d’amour et son politiquement correct. Tout a été bien pensé et méticuleusement préparé. Et cela marche. Mais à long terme, cela peut devenir plutôt un point faible. Son image peut se révéler faussaire. Son indépendance peut être mise en doute. Certes, les milieux influents français sont à la recherche de nouveaux visages et d’idées qui ont l’air nouvelles à présenter. Ce n’est un secret pour personne que les banquiers soutiennent les politiciens, mais des dirigeants nationaux assez forts peuvent imposer leur propre programme et le faire accepter par les sponsors influents. Macron ne ressemble pas à quelqu’un qui puisse faire face sans s’agenouiller sous la pression.

Ses opinions sur la politique étrangère sont extrêmement vagues. Mais beaucoup d’électeurs réalisent combien les questions intérieures sont imbriquées avec ce qui se passe à l’étranger. Il y aura des débats et des entrevues, des questions posées et des problèmes soulevés. Jusqu’à présent, rien ne prouve que Macron soit prêt à offrir une politique étrangère cohérente et c’est aussi son point faible.

Peut-il gagner la course à la présidentielle française la plus imprévisible de l’histoire récente? Les chances sont là, après tout il domine les sondages. Comme Hillary Clinton.

Peter Korzun

Traduit par Wayan, relu par nadine pour le Saker Francophone