De la rupture à la dystopie : la Silicon Valley envisage la ville du futur


La densité n’est pas intelligente, ou quand Google réinvente les corons


La zone inabordable de Bay Area, le nouveau quartier de Google « construit à partir d'Internet » et l'État policier chinois offrent chacun un aperçu de ce que les géants de la technologie prévoient de nous vendre à tous.

Par Joel Kotki  – Le 18 février 2018 – Source Daily Beast

Les oligarques technologiques qui dominent déjà notre culture et notre commerce, manipulent nos humeurs et façonnent les comportements de nos enfants tout en accumulant des capitaux à un rythme sans précédent depuis au moins un siècle, veulent façonner notre avenir urbain de manière à étendre considérablement la portée de l’état de surveillance déjà évident dans les aéroports et sur nos téléphones.

Redéfinir les villes fait fureur dans le monde de la technologie, la société mère de Google, Alphabet, menant la course à la construction d’une nouvelle ville et des entreprises comme Y Combinator, Lyft, Cisco et Panasonic rivalisant pour concevoir la ville intelligente.

Il va de soi qu’il ne s’agit pas simplement de vouloir faire le bien. Ces entreprises font la promotion des nouvelles villes en tant qu’installations plus adaptées, plus heureuses, plus productives et plus pratiques, même si elles envisagent des villes dotées de moyens accrus pour surveiller nos vies et mieux commercialiser nos informations privées aux annonceurs.

Cette pulsion est la dernière expansion de la notion narcissique de « changer le monde » dans la Silicon Valley en perturbant les structures et les gouvernances existantes ainsi que les limites qui continuent de peser sur les plus grandioses ambitions des géants de la technologie. Cette nouvelle vision urbaine nie la notion de construction d’une ville organique et la remplace par un régime algorithmique qui cherche à rationaliser et à contrôler notre mode de vie.

En réalité, Google aborde le secteur des « smart city » [cité intelligente] en grande partie pour développer des dortoirs high-tech destinés aux jeunes travailleurs de la technologie et aux travailleurs étrangers, non-citoyens, moins chers aux États-Unis, y compris les employés sous contrat H1B. Dans l’ensemble, les non-citoyens représentent la grande majorité de la main-d’œuvre technologique de la vallée. Même si les fortunes technologiques sont devenues de plus en plus grandes, les employés des entreprises ont été laissés pour compte, le programmeur moyen gagnant autant aujourd’hui qu’en 1998 alors même que les coûts du logement dans les centres technologiques ont explosé.

La volonté de redéfinir nos villes n’est pas vraiment la fin de l’agenda de ceux qu’Aldous Huxley a décrit comme le sommet du « système de caste scientifique ». L’oligarchie a également travaillé pour connecter nos maisons, notre espace personnel, à leurs machines de surveillance et de distribution d’argent. Cela pourra être un marché de plusieurs milliards de dollars bientôt, mais beaucoup de ceux qui ont employé de tels appareils à la maison – appareils qui suivent nos activités et nous parlent comme des serviteurs fidèles – les trouvent effrayants, comme il se doit, étant donné que leurs activités quotidiennes sont exploitées en retour pour enrichir l’intelligence de la ruche high-tech. La ville et la maison de l’avenir devront probablement plus à Brave New World qu’à Better Homes and Gardens.

C’est une vision de l’avenir urbain dans laquelle les travailleurs des entreprises de technologie – et d’autres personnes possédant des compétences que les machines n’ont pas encore remplacées – forment une nouvelle classe de serfs urbains vivant dans de petits appartements, accompagnée par une catégorie beaucoup plus grande de personnes dépendant du maintien du revenu et des logements ou des subventions au logement fournies par l’État. « Les abeilles existent sur Terre pour polliniser les fleurs, et peut-être que les humains sont là pour construire les machines » observe Andrew Hudson-Smith, professeur au Centre for Advanced Spatial Analysis de l’University College de Londres. « La ville sera une grande machine urbaine commune, et le rôle des humains sur Terre sera réglé. »

Joel Kotkin

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

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