Un leadership mondial chinois serait différent


Par Songruowen Ma – Le 27 janvier 2026 – Source Asia Times 

La Chine est décrite comme cherchant à projeter un leadership mondial et à combler le vide laissé par les États-Unis de Donald Trump. Ce point de vue, cependant, provient en grande partie de sources occidentales.

Le discours officiel chinois reste nettement prudent sur le leadership mondial. Plutôt que d’adopter directement le concept, Pékin a tendance à l’aborder de manière oblique, signalant un calcul stratégique sur les coûts, les risques et les responsabilités qu’un leadership impliquerait.

En politique internationale, le leadership mondial n’est pas seulement une question de pouvoir ou de statut. C’est un processus relationnel, reposant sur un échange dans lequel les leaders doivent offrir des incitations matérielles, des engagements soutenus ou des visions convaincantes en échange de la reconnaissance et du consentement des suiveurs. Le leadership, en ce sens, n’est jamais gratuit.

Pour une Chine en pleine expansion, le leadership devient donc un dilemme. La puissance croissante de la Chine exige une plus grande influence dans les affaires régionales et mondiales, mais expose également Pékin à des charges économiques croissantes et à des risques stratégiques.

Il s’agit notamment des responsabilités en matière de fourniture et d’entretien des biens publics et du danger d’être davantage entraîné dans une rivalité hégémonique avec les États-Unis, aggravant les tensions avec la coalition occidentale.

Cette mise en garde a été formulée explicitement en 2017. À un moment où les initiatives chinoises telles que les “Nouvelles routes de la soie”, la Banque asiatique d’investissement pour les Infrastructures et l’idée d’une « communauté de destin partagé pour l’humanité » prenaient de l’ampleur, le ministre des Affaires étrangères Wang Yi expliquait que la Chine n’avait aucune intention de diriger ou de remplacer qui que ce soit, et que Pékin restait lucide face aux appels à jouer un rôle de leadership.

Plus tard cette année-là, lorsqu’on lui a demandé si la Chine était prête à assumer un leadership mondial dans le cadre de l’approche America First de plus en plus isolationniste de l’administration Trump, Wang a rejeté l’idée de diviser les pays en dirigeants et partisans, arguant que la Chine assumerait des responsabilités internationales proportionnelles à ses capacités nationales.

Lorsque le langage du leadership apparaît dans le discours chinois, il est généralement dirigé vers des institutions collectives plutôt que vers des États individuels. Par exemple, la Chine a mis l’accent sur le rôle de chef de file du G20 et de l’APEC, auxquels elle participe dans la coopération économique internationale.

Cela suggère que Pékin articule le leadership principalement comme une fonction institutionnelle et collective, plutôt que comme une forme d’autorité unilatérale venant d’un État. Cela dit, ces dernières années, il y a eu un changement subtil dans la façon dont la Chine parle de leadership.

Pékin privilégie toujours un langage dé-hiérarchisé, tel que “guider” (引领), “contribuer” ou “jouer un rôle important” (发挥重要作用), mais elle est de plus en plus disposée à parler de “leadership”, quand les coûts politiques sont gérables.

Par exemple, en décembre 2025, Wang Yi a fait remarquer dans un discours liminaire que l’influence internationale de la Chine, sa capacité à mener de nouvelles entreprises et son attrait moral se sont considérablement renforcés.

Le virage de la Chine vers des récits de leadership n’est pas accidentel. Le retrait de Trump des organisations, conventions et traités internationaux et la controverse qu’il a suscitée dans les pays occidentaux ont ouvert une fenêtre d’opportunité pour Pékin afin de faire progresser son leadership avec plus de confiance.

Dans le même temps, ce changement s’aligne sur une stratégie diplomatique plus large de la Chine, en particulier son ambition de représenter les pays du Sud et de renforcer les liens entre les économies émergentes, telles que les BRICS+.

Notamment, la Chine a également cherché à redéfinir le leadership mondial. Un récent rapport officiel a fait valoir que le concept reste flou et est souvent confondu avec la domination et l’hégémonie des grandes puissances.

Elle propose une autre compréhension du leadership mondial en tant que processus collectif : un processus dans lequel les États, les organisations internationales, les institutions régionales et les acteurs non étatiques travaillent ensemble sur un pied d’égalité, par le biais de consultations et de coopération, pour relever les défis transnationaux et réformer l’ordre international.

En recadrant un leadership diffus et axé sur les processus, Pékin cherche à réduire la pression cherchant à la faire correspondre aux engagements de leadership à l’américaine tout en préservant la marge de manœuvre pour étendre son influence.

Dans l’ensemble, la Chine cherche à dépasser un récit géopolitique centré sur la compétition pour le leadership et à atténuer les dilemmes que de telles attentes créent. Que cette politique soit plus largement acceptée et comment elle s’adaptera au leadership imprévisible des États-Unis sous Trump façonnera la dynamique future des relations entre les grandes puissances.

Songruowen Ma

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

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