Tulsi Gabbard est-elle le meilleur choix comme futur président des Etats Unis ?


Par Henry Kames – Le 11 juin 2019 – New Eastern Outlook

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La candidature de Tulsi Gabbard, une députée d’Hawaï, à la présidence commence à susciter beaucoup d’intérêt. Dans le climat actuel de corruption, le Parti Démocrate cherche ce que l’on pourrait appeler le « Grand espoir ». Gabbard en est un.

Personnellement, je ne pense pas qu’elle soit le seul espoir. Qui que soit le choix du Parti Vert pour la présidence, il sera la meilleure chance pour la paix. Mais Tulsi est la meilleure Démocrate, donc elle serait la deuxième meilleure chance pour la paix ; elle est celle qui a le plus de chances de remporter la nomination pour le Parti Démocrate.

L’une des raisons pour lesquelles elle attire l’attention, c’est qu’elle est du genre à dire les choses telles qu’elles sont, du moins quand il s’est agi de soutenir la Russie pour qu’elle termine son travail contre les terroristes en Syrie. Il a fallu un certain courage politique pour le faire, surtout à une époque où le dénigrement de la Russie est tant en vogue.

En fait, Tulsi Gabbard est même allé jusqu’à parrainer un projet de loi connu sous le nom de « Stop Arming Terrorists Act » [Loi pour arrêter d’armer les terroristes], par le biais du Congrès, ce qui aurait signifié couper l’aide aux rebelles/terroristes qui combattent Assad. Tulsi a même célébré l’évènement comme une victoire contre le terrorisme lorsque la Russie a commencé sa campagne de bombardements contre les terroristes en Syrie. Elle a également accusé Donald Trump et son vice-président de soutenir le terrorisme en Syrie, ce qui est un défi à l’ensemble de la politique étrangère américaine, y compris celle soutenue par la plupart des Démocrates.

C’est peut-être la raison pour laquelle ses partisans ne sont pas des Démocrates du rang, mais ceux qui sont désabusés par tous les partis, en particulier celui au pouvoir – celui qui nous apporte des guerres sans fin et tout ce contre quoi son président a fait campagne en tant que candidat Trump. Gabbard cite son service militaire comme une pièce maîtresse de sa campagne, qu’elle considère comme le fondement de son programme de « désengagement des États-Unis des conflits étrangers ». Cela la rend largement acceptable pour un grand nombre de circonscriptions, et donc une menace pour de nombreux Républicains.

Ses principaux partisans potentiels seront probablement d’authentiques Démocrates, de ceux qui n’aiment aucune des alternatives actuelles pour l’investiture Démocrate, qui sont en nombre toujours croissant. Ses détracteurs, en particulier ceux dans les médias grand public, s’insurgent contre le fait qu’elle ait été bien traitée par les chaînes russes de langue anglaise comme RT et Spoutnik. Mais ces détracteurs veulent-ils vraiment dire qu’elle est du même côté que Trump ?

Une rebelle sans corset

Il est connu que Gabbard n’aimait pas Obama et avait le culot, en tant que Démocrate, d’exprimer ouvertement à la télévision nationale ce qu’elle en pensait. Elle a également eu l’audace de démissionner de son poste de vice-présidente du Comité national démocrate, le DNC, à la suite des « mauvais traitements » infligés à Bernie Sanders, et a continué de lui apporter son soutien alors que le vote avait déjà été truqué de multiples façons contre lui par la direction du parti.

Pour couronner le tout, elle bouleverse le statu quo en critiquant les ingérences étrangères acceptées par les deux partis politiques, et elle est bonne pour dénigrer Israël et l’Arabie saoudite pour leurs violations des droits de l’homme. Encore une fois, cela peut aliéner de nombreux Américains, mais peut en attirer autant qu’il le faut dans les bonnes circonstances.

Comme l’a écrit RT à son sujet, « Gabbard pose un problème épineux pour l’axe néoconservateur-néolibéral », car elle remplit tous les critères, être une femme, un vétéran ; et elle a un attrait populiste indéniable, vu son bilan anti-establishment.

Clair et précis

Gabbard capte l’attention de beaucoup, ce qui montre qu’elle a un message différent et un public désireux de l’entendre. Son message anti-guerre retient de plus en plus l’attention, mais pas tant que ça, du moins au début, de la part des médias grand public.

Tout ce qui s’est passé en Syrie, y compris l’implication de la CIA et de terroristes, n’est pas le fruit du hasard. Gabbard n’a rien dit qui ne soit déjà connu, ou révélé par Jeffrey Sacks de l’Université Columbia, en décrivant l’opération « Timber Sycamore » de la CIA.

Il est clair qu’un large éventail de parties prenantes souhaite que sa campagne et ses ambitions politiques s’effondrent et brûlent avant même qu’elles ne décollent, des détracteurs susmentionnés jusqu’au lobby israélien. Elle doit faire quelque chose de bien, à cause de cette « culpabilité par association », car ces chiens tueurs de moutons, avec de la laine encore entre les dents, frissonnent quand ils entendent le son de sa voix tel le « claquement d’une arme ».

De tels ennemis doivent avoir un GRAND coffre de campagne, comme les gens au courant peuvent le deviner à l’étendue de la campagne de presse négative contre elle. Cependant, c’est là que réside le problème.

Gabbard donne l’impression de vouloir mettre fin aux « guerres de changement de régime », et fait campagne sur des questions de politique étrangère, y compris sur la nouvelle guerre froide avec la Russie et la Chine. Mais ce sont des questions dont la plupart des Américains se soucient peu, tant qu’ils pensent que l’économie est en plein essor et qu’ils ont l’occasion de vivre, ou vivent vraiment, le prétendu rêve américain.

Nous nous souvenons peut-être de l’immense succès de Jimmy Carter dans la négociation des accords de Camp David entre Israël et l’Égypte. Étant donné l’importance du lobby juif aux États-Unis, cela aurait dû lui valoir un autre mandat de plein droit. Mais au milieu de la stagflation, cela n’a eu aucun effet sur ses perspectives de réélection et a contribué à l’arrivée au pouvoir de Ronald Reagan, l’homme qui disait souvent que « les États-Unis ont une grande contribution à apporter à la troisième guerre mondiale ».

Une rhétorique sauvage

Une récente interview conduite par Glenn Greenwald résume bien les positions de Gabbard :

Depuis que Tulsi Gabbard a été élue pour la première fois au Congrès en 2012, elle a toujours été indépendante, hétérodoxe, imprévisible et polarisante. Considérée d’abord comme une Démocrate loyale et une future star par les dirigeants du parti ; en raison de son statut de vétéran de la guerre d’Irak, de jeune femme télégénique et dynamique et de première Américaine hindoue et samoane élue au Congrès ; elle est en fait devenue une épine dans le pied, et une virulente critique, de ces mêmes dirigeants qui lui avaient rapidement donné le titre de future star du parti.

Gabbard ne veut probablement pas être comparée à l’un des présidents américains les moins respectés, John Tyler, l’homme qui s’est aliéné tant de gens qu’il a fini sans parti. Mais c’est le risque qu’elle court en étant à l’intérieur du parti et, en même temps, agir comme une personne de l’extérieur : il est peut-être trop tard pour qu’elle réalise qu’elle a besoin de cette machine politique, et qu’elle ne peut trop offenser les rouages du parti.

Le système financier pourrait s’effondrer demain, et elle aurait alors une chance égale d’affronter Trump. Il aurait déjà dû s’effondrer, et c’est pourquoi les guerres et les ventes d’armes continuent. Mais bien que l’on sache que le marché boursier est une GROSSE arnaque, il fonctionne néanmoins, du moins pour l’instant.

Sans assez d’amis dans le jeu, Gabbard n’a aucune chance. Il fut un temps où George McGovern était plus en lien avec le public américain que Richard Nixon. Ce temps a vite disparu, en grande partie parce que Nixon a pris des mesures limitées mais cohérentes envers l’opinion publique, ce qui a rendu McGovern trop radical en comparaison. Gabbard peut être débordée de la même manière en la laissant simplement présenter ses positions, car il y a toujours une alternative plus acceptable pour l’Amérique moyenne.

Trop beau pour être vrai

Par conséquent, je soupçonne que, malheureusement, nous devrons encore supporter Trump pendant quatre ans supplémentaires. Il pourra prétendre avoir tenu ses promesses électorales en ramenant des troupes au pays, en cessant d’appuyer des régimes comme la Syrie et en mettant fin à la nouvelle guerre froide.

Je pourrais vivre avec et même tolérer Trump et son ego. Ce scénario n’est pas quelque chose que nous devrions redouter, mais il est encore possible.

Gabbard va devoir se concentrer davantage sur les questions nationales, telles que l’assurance-maladie pour tous et l’avortement, surtout à la lumière des récentes attaques contre Roe vs Wade dans divers États. Bon nombre de ses opinions reflètent celles du noyau Démocrate, comme le salaire minimum à 15 dollars l’heure, les soins de santé universels et l’université communautaire gratuite pour les étudiants qualifiés. Par conséquent, elle devrait aller ramasser des voix dans les bastions Démocrates, mais ce n’est pas encore le cas.

Ce qu’elle oublie, c’est que sa position pour le contrôle des armes à feu et contre certains types d’armes va à l’encontre de sa base potentielle de soutien, et tombe directement entre les mains de Trump. Il ne s’agit pas de savoir ce qu’il y a de mieux pour l’Amérique, mais ce que les gens pensent être le mieux pour préserver leurs libertés et pouvoir se protéger, même contre ce gouvernement fédéral qui est devenu si autoritaire et envahissant. Le contrôle des armes à feu est peut-être une bonne idée, mais pas lorsque les électeurs ne savent pas par quoi ils vont les remplacer. Sûrement pas par des machines à voter électroniques.

Il est notoirement difficile, voire impossible, de battre un président sortant, surtout dans une économie qui est perçue comme prospère et compte tenu de la permanence de tant de choses qui sont chères aux Américains, même si ils ne veulent pas l’admettre, mais qui ont fait élire Trump en premier lieu.

Le racisme et le sexisme sont bien vivants, bien qu’habillés sous d’autres formes, et Gabbard peut s’attendre à être écrasée par des attaques impitoyables contre ses « positions » qui seront en fait des attaques déguisées contre son appartenance ethnique et son sexe.

De plus, le dernier élément à prendre en considération est que le Parti Démocrate est un parti qui se dispute avec lui-même.

Il veut toujours imputer sa débâcle des dernières élections à l’ingérence extérieure d’une puissance étrangère et n’en revient toujours pas que l’enquête Mueller n’ait pas abouti à un acte d’accusation. À toutes fins pratiques, elle a innocenté le président de toutes les accusations. L’enquête elle-même s’est retournée contre eux et sera utilisée comme carburant pour vaincre un parti Démocrate déjà bien divisé.

Une chose est sûre : en dernière analyse, soit le parti Démocrate se régénère et se consolide autour d’une plate-forme, soit il risque la mort à coup sûr lors de la prochaine élection présidentielle, avec tous les dommages collatéraux au niveau des élections locales.

J’espère qu’il y a quelqu’un là-bas qui écoute bien.

Henry Kamens

Traduit par Wayan, relu par San pour le Saker Francophone

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