Thaïlande : La vérité avant la tempête


Le roi de Thaïlande vient de mourir, le 13 octobre 2016. Ce texte de Cartalucci, journaliste vivant en Thaïlande et connaissant très bien le pays, écrit ce même 13 octobre, nous explique ce que représente la monarchie thaïlandaise.

Par Tony Cartalucci – Le 13 octobre 2016 – Source New Eastern Outlook

La Thaïlande est un pays situé au centre de l’Asie du Sud-Est et profitant d’une économie de premier plan et d’une grande population. Elle a joué un rôle crucial pendant la guerre américaine au Vietnam, mais a depuis, petit à petit, cessé de servir l’hégémonie états-unienne en Asie.

Maintenant, la Thaïlande a clairement et de manière décisive effectué son propre pivot, loin de Washington et vers un portefeuille diversifié de liens alternatifs, y compris avec Pékin et Moscou. Son équipement militaire a été transformé de manière progressive, passant de l’hébergement de matériel américain vieillissant à des systèmes d’armes russes, chinois, moyen-orientaux et même suédois. Elle  coopère également de plus en plus étroitement avec la Chine concernant l’économie et la sécurité régionale, un rôle dont les États-Unis assuraient le monopole depuis des décennies.

En fait, la Thaïlande a divergé, si bien que sa stabilité politique est devenue la cible régulière des efforts américains pour la miner. Par des attaques économiques et sociopolitiques, ainsi que par des moyens secrets jusqu’à et y compris le terrorisme.

La clé de la stabilité politique de la Thaïlande, en dépit des luttes intestines féroces entre des intérêts particuliers rivaux et des camps politiques tout au long de l’histoire de la nation, a été la monarchie, très vénérée et respectée. Sachant cela et en cherchant à saper la stabilité en Thaïlande, et donc porter atteinte à un autre allié de Pékin et Moscou, les États-Unis, grâce à leurs médias, ont poursuivi une campagne de désinformation pour attaquer et détruire la monarchie, en espérant que la Thaïlande devienne beaucoup plus faible après que l’actuel chef de l’État, le roi Bhumibol Adulyadej, décède de vieillesse. [Il vient de mourir, ce 13 octobre 2016, NdT]

La vraie nature de la monarchie thaïlandaise

Contrairement aux monarchies occidentales, la Thaïlande possède historiquement un contrat social entièrement différent entre son chef de l’État, c’est a dire son roi, et son peuple. Malgré les superficialités citées par les commentateurs occidentaux malhonnêtes pour représenter le peuple thaïlandais comme inféodé – à cause du geste de prière et de prosternation connu sous le terme de wai – la majeure partie de la symbolique de respect des Thaïs envers leur roi est identique à celle qu’ils ont envers leurs propres parents, y compris la prosternation et le wai.

Les médias occidentaux exploitent intentionnellement les différences culturelles entre l’Est et l’Ouest, ainsi que l’ignorance générale de leur public, pour peindre les institutions de la Thaïlande de la manière la plus négative possible. Tant la monarchie que ses «sujets» se considèrent comme une grande famille et une expression socioculturelle vivante de la culture et de l’histoire thaïlandaise. Le rôle du roi de Thaïlande a servi historiquement à rallier et à unir le peuple thaïlandais et a contribué au fait que la Thaïlande est le seul pays d’Asie du Sud-Est à avoir échappé à la colonisation européenne – et peut-être est-ce une autre raison pour laquelle l’Occident est si déterminé à éliminer cette institution.

Une institution utile et pas seulement un trône où s’asseoir

Les rois de Thaïlande ont servi historiquement de pères fondateurs vivants – depuis 800 ans – guidant la nation à travers les difficiles périodes de transitions politiques, périodes où les politiciens ont été incapables ou peu disposés à diriger le pays par eux-mêmes.

Cela comprend l’abolition de l’esclavage, la période de modernisation technologique similaire à la restauration Meiji au Japon, et le travail d’une vie du roi actuel pour la promotion de l’autonomie socio-économique afin de lutter contre la mondialisation envahissante, et l’immense dette et la disparité économique qu’elle induit.

Le roi actuel de Thaïlande a mis l’accent en particulier sur le développement de modèles, de techniques et sur l’importation et la promotion de cultures pour aider les agriculteurs thaïlandais à éviter de s’endetter, leur permettre de diversifier leur activité économique, et d’éviter l’exploitation aux mains des «intermédiaires» qui empêchent les agriculteurs d’avoir un accès direct aux marchés.

Il a également sans cesse promu la construction de l’infrastructure nationale, en particulier en ce qui concerne les barrages et les cours d’eau pour produire de l’énergie renouvelable, le contrôle des inondations et fournir une irrigation plus fiable pour les agriculteurs – des projets souvent négligés par les politiciens qui soit dirigent l’argent vers des projets populaires à plus court terme, soit détournent carrément tous les fonds.

Il y a aussi des centres de formation construits aux frais de la famille royale dans tout le pays, pour la transmission de compétences aux agriculteurs en matière d’énergies alternatives, de transformation à forte valeur ajoutée pour leurs cultures et de nouvelles compétences qu’ils peuvent utiliser pour diversifier leurs activités économiques.

Les agriculteurs qui ont utilisé ces idées et ces ressources ont réussi à surmonter la pire de ce à quoi l’économie mondiale et la corruption des «élus» politiciens en Thaïlande ont soumis la nation – y compris le régime désastreux de subvention du riz adopté par le parti politique de Thaksin Shinawatra, soutenu par les États-Unis, qui a laissé plus d’un million d’agriculteurs impayés et écrasés sous la dette.

En fin de compte, l’analyse de la Thaïlande doit être faite en observant les idées, les institutions, les principes et leurs résultats réels plutôt que par l’obsession de la superficialité des titres et des préjugés culturels historiques. Tout comme la monarchie thaïlandaise a, pour le moment, brisé le moule des attentes occidentales concernant les «rois», les partis d’opposition thaïlandais, soutenus par les États-Unis, et se faisant passer pour «marxistes» tout en servant un milliardaire corrompu exilé à Dubaï, déforment grossièrement le vrai marxisme.

Être armé de la vérité, en particulier dans une période très difficile et sensible de l’histoire moderne de la Thaïlande, vous aidera à comprendre l’importance de la politique thaïlandaise et son impact sur la géopolitique régionale et mondiale, et empêchera des intérêts particuliers de faire avancer leurs objectifs au détriment de nations, de peuples, et même de régions entières.

Tony Cartalucci

Article original publié dans New Eastern Outlook

Traduit par Wayan, relu par nadine pour le Saker Francophone

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