Seconde guerre mondiale : Poutine remet à l’heure la pendule de l’histoire


Discours de Poutine à l’occasion du 75ème anniversaire de la fin de la Grande guerre Patriotique


Par Vladimir Poutine − Le 25 Juin 2020 − Source Kremlin

Soixante-quinze ans se sont écoulés depuis la fin de la Grande guerre Patriotique. Plusieurs générations ont grandi au fil des ans. La carte politique de la planète a changé. Il n’y a plus d’Union soviétique qui a remporté une victoire grandiose et écrasante sur le nazisme, sauvant ainsi le monde entier. Et les événements de cette guerre, même pour ses participants, sont déjà un passé lointain. Mais pourquoi en Russie, le 9 mai est-il célébré comme la fête la plus importante, et pourquoi le 22 juin, la vie semble s’arrêter et une boule nous serre-t-elle la gorge ?

Il est habituel de dire que la guerre a profondément marqué l’histoire de chaque famille. Derrière ces mots, il y a le destin de millions de personnes, leur souffrance et la douleur de leur perte. Fierté, vérité et mémoire.

Pour mes parents, la guerre fut la terrible agonie de Leningrad assiégée, où mon frère Vitya, âgé de deux ans, est mort, où ma mère a miraculeusement survécu. Mon père, étant en réserve, est allé se porter volontaire pour défendre sa ville natale – il a fait la même chose que des millions de citoyens soviétiques. Il s’est battu sur la tête de pont « Nevsky Patch » et a été gravement blessé. Et plus les années avancent, plus il est nécessaire de parler avec les parents survivants, d’en savoir plus sur la période militaire de leur vie. Mais comme il n’est plus possible de demander quoi que ce soit maintenant, alors il est sacré pour moi de garder dans mon cœur les conversations avec mon père et ma mère sur ce sujet, leurs émotions.

Pour mes pairs et moi, il est important que nos enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants comprennent les épreuves et les tourments de leurs ancêtres. Comment, pourquoi ont-ils pu résister et gagner ? D’où vient leur véritable force, le moral de fer qui a surpris, et été admiré, par le monde entier ? Oui, ils protégeaient leur maison, leurs enfants, leurs proches, leur famille. Mais tout le monde était Uni par l’amour de la Patrie, de la Patrie. Ce sentiment profond et personnel dans toute sa plénitude se reflète dans l’essence même de notre peuple et est devenu l’un des déterminants de sa lutte héroïque et sacrificielle contre les nazis.

On se demande souvent : comment la génération actuelle se comporterait-elle dans une situation critique ? Devant mes yeux, de jeunes médecins, des infirmières, parfois des étudiants d’hier, qui se rendent aujourd’hui dans la «zone rouge» pour sauver des gens. Nos soldats, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme international dans le Caucase du Nord, en Syrie, sont morts – très jeunes ! De nombreux combattants de la légendaire et immortelle sixième compagnie d’assaut amphibie avaient 19-20 ans. Mais ils ont tous montré qu’ils étaient dignes de l’exploit des soldats de notre Patrie, qui l’ont protégée pendant la Grande guerre Patriotique.

C’est pourquoi je suis sûr que les peuples de Russie ont le caractère nécessaire pour accomplir leur devoir, et non pour s’apitoyer sur leur sort si les circonstances l’exigent. L’abnégation, le patriotisme, l’amour de leur pays natal, de leur famille, de la mère Patrie – ces valeurs sont fondamentales, essentielles pour la société russe, même aujourd’hui. Elles sont, dans l’ensemble, la base de la souveraineté de notre pays.

Nous avons maintenant de nouvelles traditions nées du peuple, comme le Régiment des Immortels. C’est une marche de notre mémoire reconnaissante, un lien de sang et de vie entre les générations. Des millions de personnes défilent avec des photos de leurs proches qui ont défendu la Patrie et vaincu le nazisme. Cela signifie que leurs vies, leurs épreuves et leurs sacrifices, la Victoire qu’ils nous ont transmise, ne seront jamais oubliés.

Notre responsabilité devant le passé et l’avenir est de tout faire pour éviter la répétition de ces terribles tragédies. C’est pourquoi j’ai considéré qu’il était de mon devoir de faire un article sur la Seconde Guerre mondiale et la Grande Guerre patriotique. J’ai souvent discuté de cette idée lors de conversations avec des dirigeants du monde entier, j’ai rencontré leur compréhension. À la fin de l’année dernière, lors du sommet des dirigeants de la CEI, nous étions tous unis : il est important de transmettre aux descendants le souvenir que la victoire sur le nazisme a été remportée principalement par le peuple soviétique, que dans cette lutte héroïque – sur le front et à l’arrière, au coude à coude – se trouvaient des représentants de toutes les républiques de l’Union soviétique. Dans le même temps, je me suis entretenu avec des collègues sur la difficile période d’avant-guerre.

Cette conversation a eu un grand retentissement en Europe et dans le monde. Il est donc vraiment nécessaire et d’actualité d’aborder les leçons du passé. En même temps, il y avait beaucoup d’émotions, des complexes mal dissimulés, des accusations bruyantes. Un certain nombre de politiciens ont pris l’habitude de dire que la Russie essaie de réécrire l’histoire. Cependant, ils ne pouvaient pas réfuter un seul fait ou un seul argument. Bien sûr, il est difficile et impossible de contester les documents authentiques, qui, soit dit en passant, sont conservés non seulement dans les archives russes mais aussi dans les archives étrangères.
Il est donc nécessaire de continuer à analyser les raisons qui ont conduit à la guerre mondiale, de réfléchir à ses événements complexes, à ses tragédies et à ses victoires, à ses enseignements – pour notre pays et pour le monde. Et ici, je le répète, il est fondamentalement important de ne s’appuyer que sur des documents d’archives, des témoignages de contemporains, pour exclure toute spéculation idéologique et politisée.

Permettez-moi de rappeler une fois encore l’évidence : les causes profondes de la Seconde Guerre mondiale découlent en grande partie des décisions prises à la fin de la Première Guerre mondiale. Le traité de Versailles est devenu un symbole de profonde injustice pour l’Allemagne. En fait, il s’agissait de voler le pays, qui était obligé de payer aux alliés occidentaux d’énormes réparations qui avaient épuisé son économie. Le commandant en chef des forces alliées, le maréchal français F. Foch, a décrit Versailles de façon prophétique : « Ce n’est pas la paix, mais une trêve de vingt ans. »

C’est l’humiliation nationale qui a créé le terreau des sentiments radicaux et revanchards en Allemagne. Les nazis ont habilement joué sur ces sentiments, ont construit leur propagande, promettant de débarrasser l’Allemagne de « l’héritage de Versailles », de restaurer son ancienne puissance, et, en fait, ont poussé le peuple allemand vers une nouvelle guerre. Ironiquement, les États occidentaux, principalement la Grande-Bretagne et les États-Unis, y ont contribué directement et indirectement. Leurs milieux financiers et industriels étaient très actifs dans l’investissement de capitaux au profit des usines allemandes produisant des équipements militaires. Et parmi l’aristocratie et l’establishment politique, il y avait de nombreux partisans des mouvements radicaux, d’extrême droite et nationalistes qui se sont renforcés tant en Allemagne qu’en Europe. [et aux États-Unis, NdSF]

L’« ordre mondial » de Versailles a créé de nombreuses contradictions cachées et des conflits évidents. Au cœur de ces frontières se trouvent celles des nouveaux États européens formés arbitrairement par les vainqueurs de la Première Guerre mondiale. Presque immédiatement après leur apparition sur la carte, des conflits territoriaux et des revendications mutuelles ont commencé, qui se sont transformées en bombes à retardement.

L’un des résultats les plus importants de la Première Guerre mondiale a été la création de la Société des Nations. Cette organisation internationale s’est vu confier de grands espoirs de paix et de sécurité collective à long terme. C’était une idée progressiste, dont la mise en œuvre cohérente, sans excès, aurait pu empêcher la répétition des horreurs de la première guerre mondiale.

Cependant, la Société des Nations, dominée par les puissances victorieuses, la Grande-Bretagne et la France, a démontré son inefficacité et a simplement sombré dans un discours vide. Les appels répétés de l’Union soviétique à former un système équilibré de sécurité collective n’ont pas été entendus à la Société des Nations ni sur le continent européen en général. En particulier, pour conclure des pactes en Europe de l’Est et dans le Pacifique, qui pourraient servir de barrière à l’agression. Ces propositions ont été ignorées.

La Société des Nations a également été incapable de prévenir des conflits dans diverses parties du monde, comme l’attaque italienne contre l’Éthiopie, la guerre civile en Espagne, l’agression du Japon contre la Chine, l’annexion de l’Autriche. Et dans le cas de la collusion de Munich, à laquelle ont participé, outre Hitler et Mussolini, les dirigeants de la Grande-Bretagne et de la France, avec la pleine approbation du Conseil de la Société des Nations, la Tchécoslovaquie a été démembrée. À cet égard, je note que, contrairement à de nombreux dirigeants européens de l’époque, Staline ne s’est pas déshonoré personnellement dans une rencontre avec Hitler, qui était alors connu dans les cercles occidentaux comme un homme politique tout à fait respectable, et un invité bienvenu dans les capitales européennes.

Dans le démembrement de la Tchécoslovaquie, la Pologne a également été de mèche avec l’Allemagne. Ils ont décidé à l’avance et ensemble qui obtiendrait les terres tchécoslovaques. Le 20 septembre 1938, l’ambassadeur de Pologne en Allemagne, J. Lipsky, informa le ministre des Affaires étrangères de Pologne, J. Beck, des assurances suivantes de Hitler : « … Au cas où les affaires entre la Pologne et la Tchécoslovaquie entreraient en conflit sur la base des intérêts polonais à Teshen, le Reich se rangerait de notre côté [polonais] ». Le chef des nazis a même donné des indices, conseillant que le début des actions polonaises « n’interviendra … qu’après l’occupation allemande des montagnes des Sudètes ».

En Pologne, ils étaient conscients que sans le soutien d’Hitler, leurs plans d’invasion seraient voués à l’échec. Je vais citer ici le compte rendu de la conversation de l’ambassadeur allemand à Varsovie G.A. Moltke avec J. Beck du 1er octobre 1938 sur les relations polono-tchèques et la position de l’URSS dans cette question. Voici ce qu’il dit : « …M. Beck … a exprimé une grande gratitude pour l’interprétation loyale des intérêts polonais lors de la conférence de Munich, ainsi que pour la sincérité des relations pendant le conflit tchèque. Le gouvernement et le public [en Pologne] apprécient pleinement les positions du Führer et Chancelier du Reich ».

La division de la Tchécoslovaquie a été brutale et cynique. Munich a même fait s’effondrer les garanties formelles fragiles qui restaient sur le continent, montrant que les accords mutuels ne valaient rien. C’est la conspiration de Munich qui a servi de déclencheur pour une grande guerre en Europe, devenue inévitable.

Aujourd’hui, les hommes politiques européens, en particulier les dirigeants polonais, voudraient faire « taire » Munich. Pourquoi ? Non seulement parce que leurs pays ont trahi leurs engagements à l’époque, ont soutenu la conspiration de Munich, et certains ont même participé au partage du charbon extrait, mais aussi parce qu’il est quelque peu gênant de se rappeler qu’en ces jours dramatiques de 1938, seule l’URSS a défendu la Tchécoslovaquie.

L’Union soviétique, sur la base de ses obligations internationales, notamment des accords avec la France et la Tchécoslovaquie, a tenté d’empêcher cette tragédie. La Pologne, dans la poursuite de ses intérêts, a fait de son mieux pour empêcher la création d’un système de sécurité collective en Europe. Le 19 septembre 1938, le ministre polonais des Affaires étrangères J. Beck écrivit directement à ce sujet à l’ambassadeur J. Lipsky, déjà mentionné, avant sa rencontre avec Hitler : « … Au cours de l’année dernière, le gouvernement polonais a rejeté à quatre reprises la proposition de se joindre à l’intervention internationale pour défendre la Tchécoslovaquie. »

La Grande-Bretagne, ainsi que la France, qui était à l’époque le principal allié des Tchèques et des Slovaques, ont préféré renoncer à leurs garanties et ruiner ce pays d’Europe de l’Est. Non seulement pour le ruiner, mais pour orienter les aspirations des nazis vers l’Est dans le but que l’Allemagne et l’Union soviétique s’affrontent inévitablement.

C’était la politique occidentale d’« apaisement ». Et pas seulement par rapport au Troisième Reich, mais aussi par rapport aux autres parties du soi-disant Pacte Anti-Komintern – l’Italie fasciste et le Japon militariste. Son point culminant en Extrême-Orient a été l’accord anglo-japonais de l’été 1939, qui a laissé, à Tokyo, les mains libres en Chine. Les grandes puissances européennes ne voulaient pas reconnaître le danger mortel que représentaient pour le monde l’Allemagne et ses alliés, et espéraient que la guerre les épargnerait.

La conspiration de Munich a montré à l’Union soviétique que les pays occidentaux résoudront les problèmes de sécurité sans tenir compte de ses intérêts et qu’ils peuvent, si cela leur convient, former un front anti-soviétique.

Dans le même temps, l’Union soviétique a essayé d’utiliser toutes les possibilités pour créer une coalition anti-hitlérienne jusqu’à la dernière minute, je le répète, malgré la position ambiguë des pays occidentaux. Ainsi, par l’intermédiaire des services de renseignements, les dirigeants soviétiques ont reçu des informations détaillées sur les coulisses des contacts anglo-allemands à l’été 1939. A noter qu’ils ont été menés de manière très intensive, et presque simultanément avec les négociations trilatérales des représentants de la France, de la Grande-Bretagne et de l’URSS, qui, au contraire, ont été délibérément retardées par les partenaires occidentaux. À cet égard, un document des archives britanniques, qui est une instruction de la mission militaire britannique, arrivée à Moscou en août 1939, indique expressément que la délégation devait « négocier très lentement », et que « le gouvernement du Royaume-Uni n’est pas disposé à prendre des engagements détaillés qui pourraient restreindre notre liberté d’action en toutes circonstances ». Je dois également noter que, contrairement aux Britanniques et aux Français, la délégation soviétique était dirigée par les hauts responsables de l’Armée rouge, qui avaient tous les pouvoirs nécessaires « pour signer une convention militaire sur l’organisation de la défense de l’Angleterre, de la France et de l’URSS contre une agression en Europe. »

Le rôle principal dans l’échec des négociations a été joué par la Pologne, qui ne voulait aucune obligation envers le camp soviétique. Même sous la pression des alliés occidentaux, les dirigeants polonais ont refusé de mener une action conjointe avec l’Armée rouge contre la Wehrmacht. Et ce n’est que lorsque l’arrivée de Ribbentrop à Moscou fut connue que Y. Beck, à contrecœur, et non directement, et par l’intermédiaire de diplomates français, informa la partie soviétique : « … Dans le cas d’une action commune contre l’agression allemande, la coopération entre la Pologne et l’Union soviétique, dans des conditions techniques à déterminer, n’est pas exclue ». En même temps, il a expliqué à ses collègues : « …je formule cette déclaration uniquement pour faciliter la tactique, et notre point de vue de principe concernant l’URSS est définitif et reste inchangé. »

Dans cette situation, l’Union soviétique a signé un Traité de non-agression avec l’Allemagne, en fait après tous les pays d’Europe. Et dans le contexte du risque réel de faire face à la guerre sur deux fronts – avec l’Allemagne à l’ouest et avec le Japon à l’est, où il y avait déjà des combats intenses sur la rivière Halkhin‑Gol.

Staline et son entourage méritent de nombreuses accusations justifiées. Nous nous souvenons aussi des crimes du régime contre son propre peuple et des horreurs de la répression de masse. Je le répète, les dirigeants soviétiques peuvent être critiqués à bien des égards, mais pas au sujet d’un manque de compréhension de la nature des menaces extérieures. Ils ont vu que l’Union soviétique allait se retrouver seule devant l’Allemagne et ses alliés, et ont agi, conscient de ce danger réel, afin de gagner un temps précieux pour renforcer la défense du pays.

Au sujet du Traité de non-agression conclu à l’époque, il y a maintenant beaucoup de discussions et de revendications à l’égard de la Russie moderne. Oui, la Russie est le successeur de l’URSS et la période soviétique, avec tous ses triomphes et tragédies, fait partie intégrante de notre histoire millénaire. Mais je rappelle également que l’Union soviétique a donné une évaluation juridique et morale du soi–disant Pacte Molotov-Ribbentrop. Dans une décision du conseil suprême du 24 décembre 1989, les protocoles secrets ont été officiellement condamnés comme un «acte de pouvoir personnel» qui ne reflétait en rien «la volonté du peuple soviétique qui n’est pas responsable de cette collusion».

Dans le même temps, d’autres États préfèrent ne pas se souvenir des accords signés par les nazis et les politiciens occidentaux. Sans parler de l’appréciation juridique ou politique de cette coopération, y compris l’accord tacite de certaines personnalités européennes avec les plans barbares des nazis jusqu’à leur Promotion directe. Voici la phrase cynique de l’ambassadeur de Pologne en Allemagne, Y. Lipsky, prononcée lors d’une conversation avec Hitler le 20 septembre 1938 : «…Pour la solution de la question juive, nous [les Polonais] lui mettrons… un beau monument à Varsovie».

Nous ne savons pas non plus s’il existait des « protocoles secrets » et des annexes aux accords de certains pays avec les nazis. Il ne reste plus qu’à « vous croire sur parole ». En particulier, il n’y a toujours pas de documents déclassifiés sur les négociations secrètes anglo-allemandes. C’est pourquoi nous appelons tous les États à intensifier le processus d’ouverture de leurs archives, la publication de documents jusqu’alors inconnus de l’avant-guerre et des périodes militaires – comme l’a fait la Russie ces dernières années. Nous sommes prêts ici pour une large coopération, pour des projets communs de recherches avec des historiens.

Mais revenons aux événements qui ont immédiatement précédés la Seconde Guerre mondiale. Il était naïf de croire qu’après avoir traité avec la Tchécoslovaquie, Hitler ne présenterait pas une autre revendication territoriale. Cette fois-ci à son récent complice dans le démembrement de la Tchécoslovaquie – la Pologne. La raison en est d’ailleurs aussi l’héritage du traité de Versailles – le sort du corridor dit de Dantzig. La tragédie qui s’ensuivit en Pologne – entièrement sur la conscience des dirigeants polonais de l’époque, qui empêchèrent la conclusion de l’alliance militaire anglo-franco-soviétique et s’en remirent à l’aide des partenaires occidentaux – mit leur peuple sous la coupe de la machine de destruction hitlérienne.

L’offensive allemande s’est développée en plein accord avec la doctrine de la blitzkrieg. Malgré la résistance féroce et héroïque de l’armée polonaise, une semaine après le début de la guerre, le 8 septembre 1939, les troupes allemandes se trouvent dans la banlieue de Varsovie. Et le 17 septembre, les dirigeants militaires et politiques de la Pologne fuient en Roumanie, trahissant leur peuple qui continue à lutter contre les envahisseurs.

Les alliés occidentaux n’ont pas répondu aux espoirs de la Pologne. Après la déclaration de guerre, les troupes françaises ne se sont déplacées que de quelques dizaines de kilomètres dans les profondeurs du territoire allemand. Cela ressemblait à une démonstration d’action active. De plus, le Conseil militaire suprême anglo-français, qui s’est réuni pour la première fois le 12 septembre 1939 à Abbeville, en France, a décidé d’arrêter complètement l’offensive en raison de l’évolution rapide de la situation en Pologne. La fameuse « drôle de guerre » a commencé en France. Il y a eu une trahison directe de la France et de l’Angleterre de leurs obligations envers la Pologne.

Plus tard, au cours du procès de Nuremberg, les généraux allemands expliquèrent leur rapide succès à l’Est, l’ancien chef d’état-major de la direction opérationnelle du Commandement suprême des forces armées allemandes, le général A. Jodl, admit : « … Si nous n’avons pas été vaincus en 1939, c’est seulement parce qu’environ 110 divisions françaises et anglaises, se tenant à l’Ouest pendant notre guerre avec la Pologne contre 23 divisions allemandes, sont restées complètement inactives. »

Il est nécessaire de rassembler dans les archives tout l’éventail des documents relatifs aux contacts de l’URSS et de l’Allemagne pendant les jours dramatiques d’août et de septembre 1939. Selon ces documents, le point 2 du protocole secret du traité de non-agression entre l’Allemagne et l’URSS du 23 août 1939, établit qu’en cas de restructuration territoriale et politique des régions qui font partie de l’État polonais, la frontière des sphères d’intérêts des deux pays devrait « longer approximativement les rivières Narew, Vistule et Sanah. » En d’autres termes, la sphère d’influence soviétique comprenait non seulement les territoires habités principalement par la population ukrainienne et biélorusse, mais aussi les terres polonaises historiques situées entre le Bug et la Vistule. Tout le monde n’est pas au courant de ce fait de nos jours.

Tout comme le fait que, immédiatement après l’attaque contre la Pologne au cours des premiers jours de septembre 1939, Berlin a exhorté Moscou à se joindre aux hostilités avec insistance et à plusieurs reprises. Cependant, les dirigeants soviétiques ont ignoré de tels appels et n’allaient pas être entraînés dans des événements dramatiques jusqu’au dernier moment.

Ce n’est que lorsqu’il est devenu clair que la Grande-Bretagne et la France ne cherchaient pas à aider leur allié et que la Wehrmacht était capable d’occuper rapidement toute la Pologne et de se rendre pratiquement aux abords de Minsk, que la décision a été prise d’introduire dans la matinée du 17 septembre les unités militaires de l’Armée rouge dans les parties orientales – maintenant des parties du territoire de la Biélorussie, de l’Ukraine et de la Lituanie.

Évidemment, il n’y avait pas d’autres options. Sinon, les risques pour l’URSS augmenteraient, car, je le répète, l’ancienne frontière soviéto‑polonaise ne se trouvait qu’à quelques dizaines de kilomètres de Minsk et la guerre inévitable avec les nazis commencerait pour le pays avec des positions stratégiques extrêmement désavantageuses. Et des millions de personnes de différentes nationalités, y compris les Juifs qui vivaient près de Brest et Grodno, Przemysl, Lviv et Vilnius, seraient détruits par les nazis et leurs sbires locaux – antisémites et nationalistes radicaux.

C’est un fait que l’Union soviétique, jusqu’à la dernière heure, a cherché à éviter de participer au conflit en plein essor et n’a pas voulu jouer du côté de l’Allemagne, cela a conduit au fait que le véritable contact entre les troupes soviétiques et allemandes s’est produit beaucoup plus à l’est que les frontières stipulées dans le protocole secret. Pas le long de la Vistule, mais à peu près le long de la ligne dite Curzon, qui, dès 1919, avait été recommandée par l’Entente comme frontière orientale de la Pologne.

Comme vous le savez, le subjonctif est difficile à appliquer à des événements qui se sont déjà produits. Je dirai seulement qu’en septembre 1939, les dirigeants soviétiques ont eu l’occasion de repousser les frontières occidentales de l’URSS encore plus à l’ouest, jusqu’à Varsovie, mais ont décidé de ne pas le faire.

Les Allemands ont proposé de corriger le nouveau statu quo. Le 28 septembre 1939 à Moscou, I. Ribbentrop et V. Molotov signent le Traité d’amitié et de frontière entre l’URSS et l’Allemagne, ainsi qu’un protocole secret pour modifier la frontière de l’État, qui reconnaît la ligne de démarcation, où se trouvent de facto les deux armées.

À l’automne 1939, résolvant ses tâches militaires et stratégiques défensives, l’Union soviétique a entamé le processus d’incorporation de la Lettonie, de la Lituanie et de l’Estonie. Leur entrée en Union soviétique s’est faite sur une base contractuelle, avec le consentement des autorités élues. Cela était conforme aux normes du droit international et du droit des États de l’époque. De plus, en octobre 1939, la ville de Vilnius et la région environnante, qui faisaient auparavant partie de la Pologne, furent rendues à la Lituanie. Les républiques baltes au sein de l’URSS ont conservé leurs organes de pouvoir, leur langue, et ont été représentées dans les structures supérieures de l’État soviétique.

Pendant tous ces mois, tout cela a été dissimulé pour l’extérieur, et la lutte diplomatique et militaro‑politique resta invisible, mais le travail du renseignement n’a pas cessé. Moscou a compris qu’elle était confrontée à un ennemi irréconciliable et cruel, qu’une guerre cachée avec le nazisme était déjà en cours. Et il n’y a aucune raison de considérer les déclarations officielles, les notes protocolaires formelles de ces années comme une preuve de «l’amitié» entre l’URSS et l’Allemagne. L’URSS avait des contacts commerciaux et techniques actifs non seulement avec l’Allemagne, mais aussi avec d’autres pays. Dans le même temps, Hitler a essayé à plusieurs reprises d’entraîner l’URSS dans une confrontation avec la grande-Bretagne, mais les dirigeants soviétiques n’ont pas succombé à ces tentatives.

La dernière incitation pour persuader l’Union soviétique d’agir ensemble a été prise par Hitler lors de la visite de Molotov à Berlin en novembre 1940. Mais Molotov a exactement respecté les instructions de Staline, se limitant à des discussions générales sur l’idée des Allemands de faire adhérer l’URSS au Pacte des trois – l’Allemagne, l’Italie et le Japon – signé en septembre 1940 et dirigé contre la grande-Bretagne et les États-Unis. Ce n’est pas un hasard si, le 17 novembre, Molotov a instruit l’ambassadeur soviétique I. Maysky à Londres de ceci : «Pour votre orientation… Aucun traité n’a été signé à Berlin et il n’était pas prévu de le faire. L’affaire de Berlin s’est limitée à … un échange de vues … les Allemands et les Japonais, comme on le voit, aimeraient vraiment nous pousser vers le golfe Persique et l’Inde. Nous avons rejeté la discussion sur cette question, car nous jugeons ces conseils de la part de l’Allemagne inappropriés». Et le 25 novembre, les dirigeants soviétiques ont officiellement présenté à Berlin des conditions inacceptables pour les nazis, notamment le retrait des troupes allemandes de Finlande, le traité d’assistance mutuelle entre l’URSS et la Bulgarie et plusieurs autres, excluant ainsi sciemment toute possibilité d’adhésion au Pacte. Cette position a finalement renforcé le Führer dans son intention de déclencher une guerre contre l’URSS. Et déjà en décembre, après avoir écarté tous les avertissements de ses stratèges sur le danger catastrophique d’une guerre sur deux fronts, Hitler a approuvé le plan Barbarossa. Il l’a fait, réalisant que c’est l’Union soviétique qui est la principale force qui s’oppose en Europe et que la bataille à venir à l’est décidera de l’issue de la guerre mondiale. Et il était sûr que la campagne à Moscou serait rapide et réussie.

Ce que je voudrais souligner : les pays occidentaux ont en fait accepté les actions soviétiques à l’époque, ont reconnu le désir de l’Union soviétique d’assurer sa sécurité. Ainsi, le 1er octobre 1939, l’ancien chef de l’Amirauté britannique W. Churchill a déclaré dans un discours à la radio : «la Russie mène une politique froide de ses propres intérêts… pour protéger la Russie de la menace nazie, il était clairement nécessaire que les armées russes se tiennent sur cette ligne [la nouvelle frontière occidentale]». Le 4 octobre 1939, à la Chambre des lords, le ministre Britannique des affaires étrangères, E. de Halifax, a déclaré : «…Il convient de rappeler que l’action du gouvernement soviétique concernait la frontière qui a été recommandée lors du traité de Versailles par lord Curson … Je viens de citer les faits historiques et je crois qu’ils ne sont pas négociables». Le célèbre homme politique, et d’État, britannique D. Lloyd-George a souligné : «les armées Russes ont occupé des territoires qui ne sont pas Polonais et qui ont été envahis par la Pologne après la Première guerre mondiale … Ce serait un acte de folie criminelle de mettre l’avance russe sur le même pied que l’avance allemande»

Et lors de conversations informelles avec l’envoyé soviétique I. Maysky, des politiciens et diplomates anglais de haut rang ont parlé plus franchement. Le 17 octobre 1939, le vice-ministre des Affaires étrangères de Grande-Bretagne, R. Butler, a déclaré :  » … Dans les cercles gouvernementaux anglais, on pense qu’il ne peut y avoir aucun doute sur le retour de l’Ukraine occidentale et de la Biélorussie en Pologne. S’il était possible de créer une Pologne ethnographique de taille modeste avec une garantie non seulement de l’URSS et de l’Allemagne, mais aussi de l’Angleterre et de la France, le gouvernement britannique se considérerait comme tout à fait satisfait ». Le 27 octobre 1939, le conseiller principal N. Chamberlain, G. Wilson, a déclaré « La Pologne doit être restaurée en tant qu’État indépendant sur sa base ethnographique, mais sans l’Ukraine occidentale et le Belarus ».

Il convient de noter que pendant ces conversations, le terrain a été sondé pour l’amélioration des relations soviéto-britanniques. Ces contacts ont, à bien des égards, jeté les bases de la future alliance et coalition anti-hitlérienne. Parmi les responsables politiques clairvoyants se trouvait W. Churchill qui, malgré son antipathie bien connue envers l’URSS, avait déjà préconisé une coopération avec elle. En mai 1939, à la Chambre des communes, il déclarait : « Nous serons en danger de mort si nous ne parvenons pas à créer une grande alliance contre l’agression. Ce serait la plus grande folie si nous rejetions la coopération naturelle avec la Russie soviétique ». Et après le déclenchement des hostilités en Europe – lors d’une réunion avec I. Maysky le 6 octobre 1939 – il a déclaré, en toute confidentialité : « … Il n’y a pas de contradictions sérieuses entre la Grande-Bretagne et l’URSS, et il n’y a donc aucune raison d’avoir des relations tendues et insatisfaisantes. Le gouvernement britannique… souhaite développer… des relations commerciales. Il serait également disposé à discuter de toute autre mesure susceptible d’améliorer la relation. »

La Seconde Guerre mondiale ne s’est pas produite du jour au lendemain, elle n’a pas commencé soudainement, brusquement. Et l’agression allemande contre la Pologne n’a pas été soudaine. Elle est le résultat de nombreux facteurs et tendances de la politique mondiale de cette période. Tous les événements d’avant-guerre se sont succédés dans une chaîne fatidique. Mais, bien sûr, la principale chose qui a prédéterminé la plus grande tragédie de l’histoire de l’humanité est l’égoïsme de l’État, la lâcheté, l’indulgence envers l’agresseur qui gagne en force, le manque de volonté des élites politiques à trouver un compromis.

Il n’est donc pas juste de prétendre que la visite de deux jours à Moscou du ministre nazi des affaires étrangères Ribbentrop est la principale raison qui a donné naissance à la Seconde Guerre mondiale. Tous les principaux pays, à des degrés divers, portent leur part de responsabilité dans son déclenchement. Chacun a commis des erreurs irréparables, croyant avec arrogance qu’il est possible de se montrer plus malin que les autres, de s’assurer des avantages unilatéraux ou de rester à l’écart du désastre mondial imminent. Et pour une telle myopie, pour le refus de créer un système de sécurité collective, il a fallu payer des millions de vies, des pertes colossales.

J’écris à ce sujet sans la moindre intention d’assumer le rôle de juge, d’accuser ou de justifier qui que ce soit, et encore moins d’initier un nouveau cycle de confrontation internationale de l’information sur le terrain historique, qui pourrait confronter les États et les peuples. Je pense que la recherche d’évaluations équilibrées des événements passés devrait être menée par la science universitaire avec une large représentation de scientifiques faisant autorité dans différents pays. Nous avons tous besoin de vérité et d’objectivité. Pour ma part, j’ai toujours encouragé et incité mes collègues à engager un dialogue calme, ouvert et confiant, à faire preuve d’autocritique et d’impartialité dans leur vision du passé commun. Une telle approche permettra de ne pas répéter les erreurs commises à l’époque et d’assurer un développement pacifique et prospère pour de nombreuses années à venir.

Cependant, beaucoup de nos partenaires ne sont pas encore prêts à travailler ensemble. Au contraire, dans la poursuite de leurs objectifs, ils augmentent le nombre et l’ampleur des attaques contre notre pays, veulent que nous fassions des excuses, que nous nous sentions coupables, que nous acceptions des déclarations politisées hypocrites. Par exemple, la résolution «sur l’importance de la préservation de la mémoire historique pour l’avenir de l’Europe», approuvée par le Parlement de l’Union européenne le 19 septembre 2019, a directement accusé l’URSS – avec l’Allemagne nazie – d’avoir déclenché la Seconde guerre mondiale. Naturellement, aucune mention de Munich n’y apparaît.

Je crois que de tels «papiers», je ne peux pas appeler cette résolution un document, avec tout le calcul évident du scandale, portent des menaces réellement dangereuses. Après tout, il a été accepté par un organe très respecté.

Et qu’a-t-il montré ? Comme c’est triste : conscients de leur politique de destruction de l’ordre mondial de l’après-guerre, dont la création a été une affaire touchant à l’honneur et à la responsabilité des pays, un certain nombre de représentants ont voté aujourd’hui pour cette fausse déclaration. Ainsi, ils se sont opposés aux conclusions du tribunal de Nuremberg, sur les efforts de la communauté internationale, qui a créé, après la victoire de 1945, des institutions internationales universelles. Je rappelle à cet égard que le processus même d’intégration européenne, au cours duquel les structures appropriées ont été créées, y compris le Parlement européen, n’a été possible que grâce aux enseignements tirés du passé, à ses évaluations juridiques et politiques claires. Et ceux qui remettent délibérément en cause ce consensus détruisent les fondements de toute l’Europe d’après-guerre.

En plus de menacer les principes fondamentaux de l’ordre mondial, il y a ici un aspect moral. Se moquer, se moquer de la mémoire, c’est de la malfaisance. La méchanceté est intentionnelle, hypocrite, tout à fait consciente lorsque les déclarations sur le 75ème anniversaire de la fin de la Seconde guerre mondiale énumèrent tous les membres de la coalition anti‑hitlérienne, à l’exception de l’URSS. La méchanceté est lâche lorsque les monuments érigés en l’honneur des combattants contre le nazisme sont démolis, justifiant les actions honteuses par des slogans mensongers sur la lutte contre une idéologie répréhensible et une occupation supposée. La méchanceté est sanglante lorsque ceux qui s’opposent aux néo-nazis et aux héritiers de Bandera en Ukraine sont tués et brûlés. Je le répète, la méchanceté se manifeste de différentes manières, mais cela ne cesse d’être dégoûtant.

L’oubli des leçons de l’histoire entraîne inévitablement un lourd tribut. Nous défendrons fermement la vérité, fondée sur des faits historiques documentés, et continuerons à parler honnêtement et impartialement des événements de la Seconde guerre mondiale. Cela concerne notamment un projet à grande échelle, visant à créer en Russie la plus grande collection de documents d’archives, de films et de photographies sur l’histoire de la Seconde guerre mondiale, et la période d’avant-guerre.

Un tel travail est déjà en cours. De nombreux matériaux nouveaux, récemment découverts, déclassifiés ont également été utilisés dans la préparation de cet article. Et à cet égard, je peux affirmer de manière responsable qu’il n’existe pas de documents d’archives confirmant la version de l’intention de l’URSS de lancer une guerre préventive contre l’Allemagne. Oui, les dirigeants militaires soviétiques ont adhéré à la doctrine selon laquelle en cas d’agression, l’Armée Rouge repousserait rapidement l’ennemi, passerait à l’offensive et ferait la guerre sur le territoire ennemi. Cependant, de tels plans stratégiques ne signifiaient pas du tout l’intention d’attaquer l’Allemagne en premier. [Il s’inscrit donc en faux de l’hypothèse défendue par Ron Unz dans un article basé sur les écrits de Sovurov, NdT]

Bien sûr, aujourd’hui, les historiens disposent de documents de planification militaire, de directives des États-majors soviétiques et allemands. Enfin, nous savons comment les événements ont évolué dans la réalité. De la hauteur de cette connaissance, beaucoup parlent des actions, des erreurs de calcul des dirigeants politico‑militaires du pays. Je dirai une chose à cet égard : avec l’énorme flux de toutes sortes de désinformation, les dirigeants soviétiques ont également reçu des informations réelles sur l’agression imminente des nazis. Et dans les mois d’avant-guerre, des mesures ont été prises pour améliorer l’état de préparation au combat du pays, y compris l’appel dissimulé d’une partie de l’armée obligatoire en réserve, le redéploiement des formations et des réserves des districts militaires internes aux frontières occidentales.

La guerre n’a pas été soudaine, on l’attendait, on s’y préparait. Mais le coup des nazis a vraiment été d’une puissance destructrice sans précédent dans l’histoire. Le 22 juin 1941, l’Union soviétique a fait face à l’armée la plus forte, la plus mobilisée et la plus entraînée du monde, pour laquelle le potentiel industriel, économique et militaire de presque toute l’Europe travaillait. Non seulement la Wehrmacht a participé à cette invasion meurtrière, mais également les satellites allemands, les contingents militaires de nombreux autres pays du continent européen.

Les lourdes défaites militaires de 1941 ont mené le pays au bord de la catastrophe. La restauration de la force de combat, la capacité a appeler à des méthodes extraordinaires, le sursaut général, la tension de toutes les forces de l’état et du peuple ont été mobilisés. Déjà à l’été 41, sous le feu de l’ennemi, des millions de citoyens, des centaines d’usines ont été évacuées vers l’est du pays. Dans les plus brefs délais, la production d’armes et de munitions a été installée à l’arrière, et a commencé à arriver au front lors du premier hiver militaire. En 1943, les chiffres de la production militaire de l’Allemagne et de ses alliés ont été dépassés. En un an et demi, les soviétiques ont fait ce qui semblait impossible, à la fois à l’avant et à l’arrière. Et jusqu’à présent, il est difficile de réaliser, de comprendre, d’imaginer les efforts incroyables, le courage, le dévouement requis par ces grandes réalisations.

Contre la puissante machine d’invasion nazie, armée jusqu’aux dents, la force gigantesque de la société soviétique s’est levée, unie par le désir de protéger sa terre natale, de se venger de l’ennemi qui a brisé, piétiné la vie paisible, ses plans et ses espoirs.

Bien sûr, pendant cette guerre terrible et sanglante, certaines personnes ont été submergées par la peur, la confusion et le désespoir. Il y a eu des trahisons et des désertions. Les conséquences des ruptures cruelles provoquées par la révolution et la guerre Civile, le nihilisme, l’attitude moqueuse envers l’histoire nationale, les traditions et la foi religieuse, que les bolcheviks ont essayé d’imposer, en particulier dans les premières années après leur arrivée au pouvoir, sont apparues. Mais l’attitude générale des citoyens soviétiques et de nos compatriotes à l’étranger était différente : sauver, sauver la Patrie. C’était une véritable ruée imparable. Les gens cherchaient un soutien dans les vraies valeurs patriotiques.

Les « stratèges » nazis étaient convaincus qu’un immense État multinational pouvait facilement être subverti. Ils croyaient que la guerre éclair, son caractère impitoyable et ses épreuves insupportables allaient inévitablement exacerber les relations interethniques, et que le pays se diviserait facilement en plusieurs parties. Hitler a explicitement déclaré : « Notre politique envers les peuples vivant dans les vastes étendues de la Russie devrait être d’encourager toute forme de désaccord et de division. »

Mais dès les premiers jours, il était clair que ce plan des nazis avait échoué. La forteresse de Brest-Litovsk, en Biélorussie, a été protégée jusqu’à la dernière goutte de sang par des soldats de plus de trente nationalités. Tout au long de la guerre – dans les grandes batailles décisives, et dans la protection de chaque tête de pont, de chaque mètre de terre natale – nous voyons des exemples de cette unité.

La région de la Volga et de l’Oural, la Sibérie et l’Extrême-Orient, les républiques d’Asie centrale et de Transcaucasie sont devenues un foyer pour des millions de personnes évacuées. Leurs résidents partageaient tout et les soutenaient autant qu’ils le pouvaient. Amitié des peuples, leur entraide est devenue pour l’ennemi une véritable forteresse indestructible.

Dans la défaite du nazisme – quoi qu’ils essaient maintenant de prouver – la contribution principale et décisive a été apportée par l’Union soviétique, l’Armée rouge. Des héros qui ont combattu jusqu’au bout dans les environs de Bialystok et Mogilev, Oumanya et Kiev, Vyazma et Kharkov. Ils ont attaqué autour de Moscou et Stalingrad, Sébastopol et Odessa, Koursk et Smolensk. Ils ont libéré Varsovie, Belgrade, Vienne et Prague. Koenigsberg et Berlin ont été prises d’assaut.

Nous défendons la vérité vraie sur la guerre, pas des inventions ou des peintures. Cette vérité populaire, humaine, dure, amère et impitoyable, nous a été transmise par des écrivains et des poètes qui avaient traversé le feu et l’enfer des procès de façade. Pour moi, comme pour d’autres générations, leurs histoires honnêtes et profondes, leurs romans, leur « prose de lieutenant » émouvante, et leurs poèmes ont laissé une marque à jamais dans l’âme, sont devenus un testament – pour honorer les vétérans qui ont fait tout leur possible pour la Victoire, pour se souvenir de ceux qui sont restés sur les champs de bataille.

Et aujourd’hui, les vers simples et grands, dans leur essence, du poème d’Alexandre Tvardovsky « J’ai été tué au pied de Rzhev … », dédié aux participants de la sanglante et cruelle bataille de la Grande Guerre Patriotique sur la partie centrale du front soviéto-allemand, sont choquants. C’est pendant les batailles pour la ville de Rzhev, d’octobre 1941 à mars 1943, que l’Armée rouge a perdu, y compris les blessés et les disparus, 1 342 888 personnes.

J’appelle cela, ces chiffres recueillis dans des sources d’archives, des chiffres terribles, tragiques, pas encore complets, rendant pour la première fois hommage à la mémoire des héros célèbres et anonymes qui, dans les années d’après-guerre, pour diverses raisons injustes, ont été très peu évoqués, voire peu ou pas du tout.

Je vais vous donner un autre document. C’est le rapport de la Commission Internationale des réparations avec l’Allemagne, dirigée par I. Maysky, préparé en février 1945. Les tâches de la Commission consistaient à déterminer la formule selon laquelle l’Allemagne vaincue devait réparer les dommages subis par les puissances victorieuses. La Commission est parvenue à la conclusion suivante : «Le nombre de jours de soldats allemands passés sur le front soviétique est au moins dix fois plus élevé que sur tous les autres fronts alliés. Le front soviétique a également détruit les quatre cinquièmes des chars et environ les deux tiers des avions allemands.» En général, l’URSS a représenté environ 75% de tous les efforts militaires de la coalition anti-hitlérienne. Au cours de la guerre, l’Armée rouge a «broyé» 626 divisions des pays de l’axe, dont 508 étaient allemandes.

Le 28 avril 1942, Roosevelt, dans son discours à la nation américaine, a déclaré : «Les troupes Russes ont détruit et continuent de détruire plus de soldats, d’avions, de chars et de canons de notre ennemi commun que toutes les autres nations réunies». Churchill, dans un message à Staline le 27 septembre 1944, a écrit «C’est l’armée russe qui a arraché les tripes de la machine de guerre allemande …».

Cette évaluation a suscité des réactions dans le monde entier. Parce que dans ces mots, réside la plus grande vérité que personne ne remettait en question à l’époque. Près de 27 millions de citoyens soviétiques sont morts sur les fronts, en captivité, morts de faim et de bombardements, dans les ghettos et les fours des camps de la mort nazis. L’URSS a perdu un citoyen sur sept, la Grande–Bretagne un sur 127 et les États-Unis un sur 320.

Malheureusement, le décompte de ces pertes, lourdes et irréparables, de l’Union soviétique est inachevé. Le travail minutieux de recherche des noms et des destins de tous les morts doit se poursuivre : combattants de l’Armée rouge, partisans, clandestins, prisonniers de guerre et de camps de concentration, civils détruits par les envahisseurs. C’est notre devoir. Et ici, un rôle particulier appartient aux participants du mouvement de recherche, aux associations militaro‑patriotiques et bénévoles, à des projets tels que la base de données électronique «Mémoire du peuple», basée sur des documents d’archives. Et, bien sûr, une coopération internationale étroite est nécessaire pour résoudre ce problème humanitaire général.

Les efforts de tous les pays et de tous les peuples qui se sont battus contre un ennemi commun ont mené à la victoire. L’armée britannique a défendu sa patrie contre l’invasion, a combattu les nazis et leurs satellites en Méditerranée, en Afrique du Nord. Les troupes américaines et britanniques ont libéré l’Italie, ont ouvert un deuxième front. Les États-Unis ont lancé des frappes puissantes et dévastatrices à l’agresseur dans le Pacifique. Nous nous souvenons des énormes sacrifices consentis par le peuple chinois et de son rôle énorme dans la défaite des militaristes japonais. N’oublions pas les combattants de la «France Combattante», qui n’avaient pas reconnu la capitulation honteuse et ont continué à lutter contre les nazis.

Nous serons également toujours reconnaissants pour l’aide fournie par les alliés à l’Armée Rouge, en munitions, matières premières, nourriture et matériel. Et elle était importante – environ 7% de la production militaire totale de l’Union soviétique.

Le noyau de la coalition anti-hitlérienne a commencé à prendre forme immédiatement après l’attaque de l’Union soviétique, lorsque les États-Unis et le Royaume-Uni l’ont soutenu sans réserve dans la lutte contre l’Allemagne hitlérienne. Au cours de la conférence de Téhéran, en 1943, Staline, Roosevelt et Churchill ont formé une Alliance de grandes puissances, ont convenu de développer une diplomatie de coalition, une stratégie commune dans la lutte contre une menace mortelle commune. Les dirigeants des trois Grands comprenaient clairement que la combinaison des capacités industrielles, de ressources et militaires de l’URSS, des États-Unis et du Royaume-Uni créerait une supériorité indéniable sur l’ennemi.

L’Union soviétique s’est pleinement acquittée de ses obligations envers ses alliés et a toujours tendu la main. Ainsi, par l’opération à grande échelle «Bagration» en Biélorussie, l’Armée Rouge a soutenu le débarquement des troupes Anglo‑américaines en Normandie. En janvier 1945, en franchissant l’Oder, nos combattants ont mis fin à la dernière offensive puissante de la Wehrmacht sur le front Occidental, dans les Ardennes. Et trois mois après sa victoire sur l’Allemagne, l’URSS, en pleine conformité avec les accords de Yalta, a déclaré la guerre au Japon et a vaincu le million d’hommes de l’Armée de Kwantung.

En juillet 1941, les dirigeants soviétiques ont déclaré que «le but de la guerre contre les oppresseurs fascistes n’est pas seulement d’éliminer la menace qui pèse sur notre pays, mais également d’aider tous les peuples d’Europe qui gémissent sous le joug du fascisme allemand». Au milieu de 1944, l’ennemi a été expulsé de presque tout le territoire soviétique. Mais il fallait l’achever dans sa tanière. Et l’Armée Rouge a commencé une mission de libération en Europe, a sauvé des peuples entiers de la destruction et de l’esclavage, de l’horreur de l’holocauste. Cela au prix de centaines de milliers de vies de soldats soviétiques.

Il est également important de ne pas oublier l’énorme aide matérielle que l’URSS a fournie aux pays libérés pour contrer la menace de la faim, pour reconstruire l’économie et les infrastructures. Elle a été réalisée à une époque où les cendres s’étendaient encore sur des milliers de kilomètres de Brest-Litovsk à Moscou et à la Volga. Par exemple, en mai 1945, le gouvernement autrichien a fait appel à l’Union soviétique pour l’aider en matière de nourriture, car elle « ne savait pas comment nourrir sa population au cours des sept semaines suivantes, jusqu’à la nouvelle récolte. » Le consentement des dirigeants soviétiques à l’envoi de la nourriture au Chancelier d’État du gouvernement provisoire de la République autrichienne, K. Renner, a été décrit comme « un acte de salut …que les Autrichiens n’oublieront jamais ».

Les Alliés ont conjointement créé le Tribunal militaire international pour punir les criminels politiques et de guerre nazis. Ses décisions donnent une qualification juridique claire à des crimes contre l’humanité tels que le génocide, le nettoyage ethnique et religieux, l’antisémitisme et la xénophobie. Directement et sans ambiguïté, le tribunal de Nuremberg a également condamné les complices des nazis, collaborateurs de toutes sortes.

Ce phénomène honteux a eu lieu dans tous les pays européens. Des « figures » telles que Pétain, Quisling, Vlasov, Bandera, leurs sbires et leurs partisans, bien qu’habillés en combattants pour l’indépendance nationale ou la libération du communisme, sont des traîtres et des bourreaux. Dans l’inhumanité, ils étaient souvent supérieurs à leurs maîtres. Dans leur désir de servir, dans le cadre de groupes punitifs spéciaux, ils ont volontairement exécuté les ordres les plus inhumains. Ils étaient responsables d’événements sanglants tels que les fusillades de Babi Yar, le massacre de Volhynia, le massacre de Khatyn, les actes de destruction de Juifs en Lituanie et en Lettonie.

Et aujourd’hui, notre position reste inchangée : les actes criminels des collaborateurs nazis ne sont pas excusables, il n’y a pas de prescription pour eux. C’est pourquoi il est déconcertant de constater que dans un certain nombre de pays, ceux qui se sont ternis en coopérant avec les nazis sont soudain assimilés à des vétérans de la Seconde Guerre mondiale. Je pense qu’il est inacceptable de mettre un signe égal entre les libérateurs et les occupants. Et je ne peux que considérer la glorification des collaborateurs nazis comme une trahison de la mémoire de nos pères et de nos grands-pères. Une trahison des idéaux qui ont uni les peuples dans la lutte contre le nazisme.

Ensuite, les dirigeants de l’URSS, des États-Unis et du Royaume-Uni étaient confrontés à une tâche historique, sans exagération. Staline, Roosevelt et Churchill ont représenté des pays aux idéologies, aux aspirations, aux intérêts et aux cultures différents, mais ils ont fait preuve d’une grande volonté politique, se sont élevés au-dessus des contradictions et des préjugés et ont placé les véritables intérêts du monde au premier plan. En conséquence, ils ont pu parvenir à un accord et aboutir à une solution qui a bénéficié à toute l’humanité.

Les puissances victorieuses nous ont laissé un système qui est devenu la quintessence des recherches intellectuelles et politiques de plusieurs siècles. Une série de conférences – Téhéran, Yalta, San Francisco, Potsdam – ont jeté les bases d’un monde qui, depuis 75 ans, malgré les contradictions les plus vives, a vécu sans guerre mondiale.

Le révisionnisme historique, dont nous observons aujourd’hui les manifestations en Occident, et principalement en ce qui concerne le thème de la Seconde Guerre mondiale et de son issue, est dangereux car il déforme grossièrement et cyniquement la compréhension des principes du développement pacifique, établis en 1945 par les conférences de Yalta et de San Francisco. La principale réalisation historique de Yalta et d’autres décisions de cette époque est d’avoir accepté de créer un mécanisme qui permettrait aux grandes puissances de rester dans le cadre de la diplomatie pour résoudre leurs différends.

Le XXème siècle a été marqué par des conflits mondiaux complets et, en 1945, des armes nucléaires capables de détruire physiquement la Terre sont entrées dans l’arène. En d’autres termes, le règlement des différends par la force est devenu excessivement dangereux. Et les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale l’ont compris. Ils ont compris et ont pris conscience de leur propre responsabilité envers l’humanité.

La triste expérience de la Société des Nations a été prise en compte en 1945. La structure du Conseil de sécurité des Nations unies a été conçue pour rendre les garanties de paix aussi concrètes et efficaces que possible. C’est ainsi qu’est née l’institution des membres permanents du Conseil de sécurité et du droit de veto en tant que privilège et responsabilité.

Qu’est-ce que le droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU ? Pour parler franchement, c’est la seule alternative raisonnable à un affrontement direct entre les grands pays. Il s’agit d’une déclaration de l’une des cinq puissances selon laquelle une décision est inacceptable pour elle, contraire à ses intérêts et à ses idées sur la bonne approche. Et le reste des pays, même s’ils ne sont pas d’accord avec cela, prennent cette position comme une évidence, refusant d’essayer de réaliser leurs aspirations unilatérales. C’est-à-dire, d’une manière ou d’une autre, nous devons chercher des compromis.

La nouvelle confrontation mondiale a commencé presque immédiatement après la fin de la Seconde Guerre mondiale et a été parfois très féroce. Et le fait que la guerre froide n’ait pas dégénéré en troisième guerre mondiale a confirmé de manière convaincante l’efficacité des accords conclus par les trois grands. Les règles de conduite convenues lors de la création de l’ONU ont permis de réduire encore les risques et de maîtriser la confrontation.
Bien sûr, nous pouvons constater que le système des Nations unies fonctionne actuellement sous tension et pas aussi efficacement qu’il le pourrait. Mais l’ONU continue de remplir sa fonction première. Les principes du Conseil de sécurité des Nations unies constituent un mécanisme unique pour prévenir une guerre majeure ou un conflit mondial.

Les appels qui ont été lancés assez souvent ces dernières années pour abolir le droit de veto et pour refuser aux membres permanents du Conseil de sécurité des prérogatives spéciales sont en fait irresponsables. Après tout, si cela se produit, les Nations unies deviendront essentiellement la Société des Nations – une réunion pour des paroles vaines, sans aucun moyen de pression sur les processus mondiaux ; on sait comment elle s’est terminée. C’est pourquoi les puissances victorieuses ont abordé la formation du nouveau système d’ordre mondial avec le plus grand sérieux afin de ne pas répéter les erreurs de leurs prédécesseurs.

La création d’un système moderne de relations internationales est l’un des résultats les plus importants de la Seconde guerre mondiale. Même les contradictions les plus irréconciliables – géopolitiques, idéologiques, économiques – n’empêchent pas de trouver des formes de coexistence pacifique et d’interaction, si existent le désir et la volonté. Aujourd’hui, le monde ne connaît pas les moments les plus calmes. Tout change : de l’équilibre mondial des forces et des influences, jusqu’aux fondements sociaux, économiques et technologiques de la vie des sociétés, des États et des continents entiers.

Dans les époques passées, des changements de cette ampleur n’ont presque jamais été réalisés sans de grands conflits militaires, sans un rapport de forces pour la construction d’une nouvelle hiérarchie mondiale. Grâce à la sagesse et à la clairvoyance des personnalités politiques des puissances alliées, il a été possible de créer un système qui empêche les manifestations extrêmes d’une rivalité aussi objective et historiquement inhérente au développement mondial.

Il est de notre devoir – envers tous ceux qui assument une responsabilité politique, en particulier les représentants des puissances victorieuses de la Seconde Guerre mondiale – de veiller à ce que ce système soit maintenu et amélioré. Aujourd’hui, comme en 1945, il est important de faire preuve de volonté politique et de discuter de l’avenir ensemble. Nos collègues – M. Xi Jinping, M. Macron, M. Trump et M. Johnson – ont soutenu l’initiative russe de tenir une réunion des dirigeants des cinq États dotés d’armes nucléaires membres permanents du Conseil de sécurité. Nous les en remercions et espérons qu’une telle rencontre en face à face pourra avoir lieu dans les meilleurs délais.

Comment voyons-nous l’ordre du jour du prochain sommet ? Tout d’abord, nous estimons qu’il est opportun de discuter des mesures à prendre pour développer les efforts collectifs dans les affaires mondiales et de parler franchement des questions de préservation de la paix, de renforcement de la sécurité mondiale et régionale, de contrôle des armes stratégiques et d’efforts conjoints pour lutter contre le terrorisme, l’extrémisme et d’autres défis et menaces pressants.

Un autre sujet à l’ordre du jour de la réunion est la situation de l’économie mondiale, tout d’abord, surmonter la crise économique causée par la pandémie du coronavirus. Nos pays prennent des mesures sans précédent pour protéger la santé et la vie des personnes, pour soutenir les citoyens qui se sont trouvés dans des situations de vie difficiles. Mais l’ampleur des conséquences de la pandémie et la rapidité avec laquelle l’économie mondiale sortira de la récession dépendent de notre capacité à travailler ensemble et de concert en tant que véritables partenaires. Il est d’autant plus inacceptable de transformer l’économie en un instrument de pression et de confrontation. La protection de l’environnement et la lutte contre le changement climatique, ainsi que la garantie de la sécurité de l’espace mondial de l’information, font partie des sujets à aborder.

L’ordre du jour proposé par la Russie pour le prochain sommet du groupe des cinq est extrêmement important et pertinent tant pour nos pays que pour le monde entier. Et nous avons des idées et des initiatives concrètes sur tous les sujets.

Il ne fait aucun doute que le sommet entre la Russie, la Chine, la France, les États-Unis et le Royaume-Uni jouera un rôle important dans la recherche de réponses communes aux défis et menaces contemporains et démontrera un engagement commun envers l’esprit d’alliance, envers ces idéaux et valeurs humanistes élevés pour lesquels nos pères et grands-pères se sont battus côte à côte.

En nous appuyant sur une mémoire historique commune, nous pouvons et devons nous faire confiance. Cela constituera une base solide pour des négociations fructueuses et une action concertée visant à renforcer la stabilité et la sécurité de la planète ainsi que la prospérité et le bien-être de toutes les nations. Sans exagération, c’est notre devoir à tous et notre responsabilité commune envers le monde, les générations actuelles et futures.

Vladimir Poutine, Président de la Fédération Russie

Traduit du russe par Catalina Balogh, relu par Hervé pour le Saker Francophone

   Envoyer l'article en PDF   

Une réflexion au sujet de « Seconde guerre mondiale : Poutine remet à l’heure la pendule de l’histoire »

Les commentaires sont fermés.