Pacte mondial pour les migrations : l’individu tout puissant contre les peuples


Par Karine Bechet-Golovko − Novembre 2018

En juillet, l’ONU est arrivé à une version finalisée du projet de Pacte mondial pour les migrations, dont le contenu est aussi discret dans ses détails concrets que l’intitulé suggestif, « Pour les migrations ». Non pour la régulation des migrations, mais … en soutien aux migrations ? Alors que les peuples européens croulent sous une vague migratoire qu’ils rejettent de plus en plus violemment, notamment lors des élections, alors que les États n’arrivent plus à digérer, prendre en charge et gérer ces masses mouvantes et assez bien encadrées par des ONG elles-mêmes soutenues, l’ONU se prépare à lancer sa campagne de normalisation et de légitimation du nouveau monde : celui qui, grâce à ces « migrants » lancés à l’assaut des résistances étatiques et sociales, va consacrer le règne des individus-rois contre les peuples et les États. Si de plus en plus d’États s’éloignent de ce suicide collectif, la France de Macron, elle, s’engage.

Dans le cadre de l’ONU, des négociations ont été lancées dans la foulée des grandes vagues d’immigration qui se sont abattues sur l’Europe ces dernières années. Ainsi, une Déclaration de New York a été adoptée en 2016, dans laquelle les États s’engagent à apporter leur aide aux personnes obligées de fuir. Soyons clairs, la discussion n’a pas pour but de limiter ces flux devenus incontrôlables et rejetés par les populations locales, comme le montrent les résultats électoraux, mais au contraire de les légitimer. Car toute la dimension idéologique réside dans l’interprétation de cette obligation de fuir. Rappelons, que les réfugiés, justement réellement obligés de fuir, sont déjà protégés. Mais peu de ces nouveaux immigrés entrent finalement dans la catégorie. Il faut donc déstructurer la catégorie des réfugiés pour y faire entrer ces masses mouvantes et créer des obligations à l’État. Si hier le combat était un honneur, aujourd’hui la fuite est dans l’air du temps. Il s’agit d’un virage idéologique violent, qui entérine une vision atomisée de la société et le culte de l’individu.
Dans la déclaration de l’ONU de juillet 2018, les buts de ce Pacte mondial pour les migrations devant être signé au Maroc en décembre sont clairement posés :
« L’accord constitue désormais une base pour améliorer la gouvernance et la compréhension internationale de la migration, pour relever les défis associés à la migration aujourd’hui, et pour renforcer la contribution des migrants et des migrations au développement durable. »
Donc, malgré les problèmes sociaux dont la presse regorge, malgré le blocus politique imposé sur le sujet, nous revenons à l’incantation de l’immigration – une chance pour tous. Et il va falloir largement communiquer en ce sens.
Dans la résolution de l’ONU du 24 décembre 2017, qui n’a pas été particulièrement médiatisée, le principe de l’adoption de cette position idéologique est déjà posée. Voir notamment p.3 de la résolution, en ce qui concerne l’organisation de l’adoption de ce pacte :
« Dialogue 2 : ‘Partenariats et initiatives novatrices pour l’avenir’ ; 16. Invite les États Membres et les parties prenantes intéressées à envisager, lors des dialogues, d’échanger leurs points de vue sur tous les aspects des migrations internationales, notamment la promotion et la protection des droits fondamentaux de tous les migrants, la contribution des migrants au développement durable, le partage des responsabilités et des possibilités, la coopération dans le domaine de la collecte et de l’analyse des données ainsi que la gouvernance. »
Ce pacte, dont le contenu est encore moins médiatisé dans ses détails, est en revanche déjà l’objet d’un recul très net dans certains pays. Les États-Unis sont sortis des négociations. La Hongrie, Israël, l’Autriche et la Bulgarie ne vont pas signer. La Suisse est divisée entre l’assemblée parlementaire qui s’oppose et l’exécutif qui va finalement soutenir. La Pologne s’interroge. Donc, le quorum prévu pour l’adoption de ce Pacte est extrêmement bas. L’art. 19 de la résolution citée prévoit qu’un tiers des États présents est suffisant pour lancer les débats. Et ces débats sont largement encadrés, car seules les personnes ayant obtenu une autorisation préalable peuvent prendre la parole, leur temps de parole peut-être unilatéralement limité et leur intervention doit strictement porter sur l’objet de la question (art. 20). Difficile de parler véritablement de débats dans ce cas … Il faut dire que théoriquement le document final, ce pacte mondial, doit être le reflet d’un consensus.
Ce pacte n’est pas anodin, il acte une rupture idéologique. On ne parle plus du droit des peuples, on n’envisage plus la souveraineté des États, c’est la reconnaissance de la toute-puissance de la volonté d’un individu, de son droit à choisir le pays qui pourra lui apporter le plus grand confort matériel. Ce qu’assume l’ONU, notamment ici dans ses pressions exercées contre la Suisse :
« Latif Alabdullah, 25 ans, récemment arrivé en Suisse, souhaite trouver les choses habituelles dont tout nouvel arrivant espère bénéficier, quel que soit le pays : un logement décent, un emploi correct et la possibilité de prendre un nouveau départ. Depuis son arrivée à Genève il y a 18 mois, il attend une réponse de sa demande d’asile et s’inquiète de son sort si sa demande était rejetée. Le passeport de Latif Alabdullah ne lui laisserait d’autre choix que de retourner en Syrie où il devrait accomplir son service militaire. »
Donc, soit on reconnaît que ce jeune homme, en pleine force de l’âge, ne risque pas de répressions spécifiques liées à ses convictions politiques, religieuses, etc. dans son pays, et il doit alors défendre sa patrie, en l’occurrence en guerre contre le terrorisme, ce qui finalement est l’obligation de tous les citoyens envers leur pays, soit on reconnaît le droit de chacun d’aller chercher un pays dans lequel il aura un confort matériel auquel il lui est difficile de prétendre dans son pays d’origine, sans que le pays de destination ne puisse décider qui recevoir ou non.
C’est bien de cela qu’il s’agit, quel que soit l’emballage médiatique. L’individu contre le peuple. L’individu contre l’État. La négation des peuples et des États dans leur essence. La réduction de l’État à un prestataire de services qui doit être « efficace », sans avoir la possibilité de faire de choix politiques. La réduction des peuples à des agrégats improbables d’individualités errantes.
C’est justement ce monde peu attrayant que l’ONU prépare. C’est justement ce qui entre dans les visions politiques de Macron.
Karine Bechet-Golovko
Note du Saker Francophone

Nus profitons de cet article pour vous faire découvrir, si ce n'était pas déjà le cas, le travail de Mme Bechet-Golovko qui publie chaque jour un article sur l'actualité géopolitique avec un focus sur la Russie.

On peut noter l'extraordinaire cynisme des dirigeants globalistes avec cette perle : « La contribution des migrants au développement durable ». Comment peuvent-ils oser associer les deux alors qu'ils ont fait marcher certains migrants sur des milliers de kilomètres ?
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