Les États-Unis, la Chine et le délai de quatre semaines dans la guerre contre l’Iran


Par Moon of Alabama – Le 2 mars 2026

La guerre contre l’Iran se poursuit et continuera pendant un certain temps. Téhéran est bombardé sans relâche, les infrastructures d’hydrocarbures dans le Golfe sont fermées ou sont endommagées, la pression économique sur l’économie mondiale commence à se faire sentir.

Aucune de ces conséquences ne répond à un objectif étasunien quand ils ont décidé d’attaquer l’Iran. Le président américain Trump a donné une douzaine de raisons différentes dont aucune ne résiste à un examen minutieux. L’Iran ne fabriquait pas d’armes nucléaires, ne construisait pas de missiles intercontinentaux et n’avait aucune intention d’attaquer qui que ce soit. Sa situation interne était et est toujours stable.

Depuis le milieu des années 1980, les sionistes tentent de pousser les États-Unis vers une guerre contre l’Iran. Pendant tout ce temps, les États-Unis ont résisté à leur pression pour de bonnes raisons. Suggérer que cette pression est maintenant à l’origine du conflit est une explication trop superficielle. Tout comme les suggestions selon lesquelles le Russiagate du jour, c’est à dire les dossiers Epstein, y sont pour quelque chose.

L’empire n’est pas une blague. Il agit pour des raisons stratégiques.

Il faut prendre du recul par rapport à ces points de vue étroits pour trouver un sens. Andrew Korybko met le doigt sur quelque chose quand il prétend que cette campagne fait partie d’une grande stratégie élaborée par Trump contre la Chine :

L’objectif est d’obtenir un contrôle par procuration sur les énormes réserves de pétrole et de gaz de l’Iran afin qu’elles puissent être utilisées comme une arme contre la Chine pour la contraindre à conclure un accord commercial déséquilibré qui ferait dérailler sa montée en puissance et rétablirait donc l’unipolarité dirigée par les États-Unis.

C’est l’idée originale du sous-secrétaire à la Guerre, Elbridge Colby, et elle a été développée dans cette analyse ici depuis début janvier. Comme il a été écrit, “l’influence des États-Unis sur les exportations énergétiques et les liens commerciaux du Venezuela et peut-être bientôt de l’Iran et du Nigéria avec la Chine pourrait être militarisée par des menaces de réduction ou de coupures parallèlement aux pressions exercées sur ses alliés du Golfe pour qu’ils fassent de même dans la poursuite de cet objectif”, qui est de contraindre la Chine à un statut de partenariat junior indéfini vis-à-vis des États-Unis par le biais d’un accord commercial déséquilibré.

La Chine est bien consciente que la stratégie américaine la vise. C’est l’une des raisons pour lesquelles elle apporte un soutien technique et militaire à l’Iran, principalement sous forme de renseignements, tout en évitant de s’impliquer directement dans le conflit :

Des rapports de renseignement datant du 27 février 2026 indiquaient que la Chine avait envoyé des “munitions errantes” (drones kamikazes) et des systèmes de défense aérienne en Iran peu de temps avant le début de l’attaque. Parallèlement à la fourniture par la Chine de programmes de missiles à l’Iran, les négociations se sont poursuivies entre Pékin et Téhéran pour fournir à l’Iran des missiles anti-navires supersoniques CM-302, une technologie difficile à intercepter et considérée comme un atout décisif. En plus de fournir une cybersécurité à l’Iran, la Chine a lancé en janvier 2026 une stratégie visant à soutenir la souveraineté numérique iranienne en remplaçant les logiciels occidentaux par des systèmes chinois fermés pour se protéger contre les cyberattaques israéliennes et américaines. Avec la reconstruction par la Chine des capacités de missiles de l’Iran, la Chine a contribué à compenser les pertes d’armes de l’Iran à la suite des attaques de 2025, y compris la fourniture de missiles balistiques avancés.

Perdre l’Iran causerait des dommages importants à la position énergétique de la Chine, car sa dépendance vis-à-vis des sources du Golfe pour le pétrole et le gaz est toujours importante. Elle a compensé ce handicap en concluant de nouveaux accords énergétiques avec la Russie :

D’une part, la Chine prend en compte les risques régionaux accrus en Asie de l’Ouest. Selon certains rapports, la montée de l’intérêt de Pékin pour [le pipeline Power of Siberia 2] a été déclenchée par la guerre Iran–Israël de juin. En raison des inquiétudes suscitées par la fiabilité des approvisionnements énergétiques des États arabes du Golfe, Pékin a décidé d’envisager des alternatives—une étape qui s’inscrit dans sa stratégie globale de minimisation des risques externes pour la sécurité énergétique.

D’autre part, alors qu’une confrontation économique avec les États-Unis se déroule, la Chine cherche à réduire sa dépendance à l’égard des approvisionnements en hydrocarbures par les fournisseurs proches de Washington tout en réduisant activement les importations de pétrole et de gaz venant directement des fournisseurs américains. À cet égard, l’augmentation des achats d’énergie russe est une stratégie de couverture utile.

À la lumière de cela, il est intéressant de noter que Trump a fixé aujourd’hui la durée de sa guerre contre l’Iran à quatre semaines :

Nous sommes déjà largement en avance sur nos projections temporelles”, a déclaré Trump. ”Mais quelle que soit le temps que cela prendra, tout va bien. Quoi qu’il en coûte… Dès le début, nous avons projeté quatre à cinq semaines, mais nous avons la capacité de continuer beaucoup plus longtemps que cela”.

Trump se rendra en Chine dans quatre semaines – du 31 mars au 2 avril. Sa position envers la Chine a été affaiblie lorsque la Cour suprême a récemment enterré ses décrets douaniers. S’enliser en Iran affaiblirait encore sa position.

Mais venir en Chine tout en ayant obtenu des concessions de l’Iran serait un bonus pour Trump. Il pourrait prétendre que les États-Unis sont capables de changer de force les gouvernements, en Iran et au Venezuela, qui fournissent de l’énergie à Pékin. Une victoire contre l’Iran placerait Trump dans de bonnes positions de négociation.

La Chine, de l’autre côté, voudra éviter de perdre l’Iran. Son intérêt est de voir les États-Unis s’enliser au Moyen-Orient et ses arsenaux se vider. Tout le monde et tout événement y contribuant aura la faveur de Pékin.

L’horizon temporel de quatre semaines est donc important. C’est le délai dans lequel Trump doit gagner. C’est le délai dont l’Iran a besoin pour sortir le vainqueur (nominal).

Ces quatre semaines sont à garder à l’esprit lors de l’analyse de ce combat inégal.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

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