Le gaz naturel est-il le nouveau charbon ?


Par Justin Mikulka – Le 27 septembre 2019 – Source DeSmog

Voici une liste complète des émissions présentes dans l’air après qu’un puits a été fracturé, puis brûlé à la torche ou ventilé. Crédit : © J.B.Pribanic/Public Herald, CC BY-NC-ND 2.0

Lors d’une récente conférence de l’industrie du gaz naturel à Houston, Peter Coleman, PDG de Woodside Petroleum, a averti ses collègues d’éviter le sort d’un autre combustible fossile, selon la publication spécialisée Natural Gas Intelligence.

« L’industrie se trouve vraiment à un moment critique », a dit M. Coleman. « Nous courons le risque d’être diabolisés comme cet autre combustible fossile qu’est le charbon. »

Les compagnies pétrolières et gazières ressentent une pression croissante, des signes indiquant que le pétrole perd de la faveur, à la fois auprès du public dans le contexte des préoccupations climatiques et auprès de certains investisseurs.

CNBC a récemment demandé en gros titre, « Avons-nous été témoins du début de la fin de Big Oil ?«  Et le site Web d’investissement Seeking Alpha a qualifié les récents commentaires du PDG d’Exxon, Darren Woods, aux investisseurs de « fantaisie » parce que le PDG a fait tant de déclarations erronées sur les énergies renouvelables. L’article concluait que le « modèle d’affaires de l’entreprise est mortellement défectueux, avec de graves conséquences ».

L’industrie a réagi à ces pressions en demandant aux PDG des multinationales de se réunir à New York pendant la Semaine du climat des Nations Unies et de promouvoir le gaz naturel comme source d’énergie propre tout en s’attaquant aussi aux véhicules électriques.

Ben van Beurden, PDG de Royal Dutch Shell, a déclaré que pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, « le gaz naturel pourrait faire partie de la solution ».

Pendant ce temps, Exxon’s Woods a continué à attaquer les véhicules électriques, dont le projet KochvsClean dont DeSmog a montré qu’il représentait une menace sérieuse pour l’industrie pétrolière.

Malgré les preuves que les voitures électriques sont bien meilleures pour le climat que les voitures à essence, même lorsqu’elles fonctionnent au charbon [Centrales qui produisent leur électricité, NdT], Woods a répété le mythe en disant : « À quoi bon avoir des véhicules électriques qui finiront par être chargés par l’électricité produite par le charbon ? »

L’ancien secrétaire à l’énergie d’Obama, Ernest Moniz, a co-écrit un éditorial du Wall Street Journal dans lequel il a insisté sur le fait que le gaz naturel « rendra l’Afrique plus verte« , alors que l’industrie pétrolière et gazière s’apprête à se lancer dans le blanchiment écologique des combustibles fossiles à la Semaine du climat. C’est un peu la même chose chez Moniz qui est depuis longtemps un champion de la fracturation et du gaz naturel.

Tout comme le charbon, le gaz naturel est un échec sur le plan économique

La fracturation a produit tellement de gaz naturel aux États-Unis que les prix sont à des niveaux historiquement bas en raison de la « surabondance » de gaz naturel – ce qui, selon un article récent du Natural Gas Intelligence, pourrait durer encore cinq ans. La persistance des bas prix du gaz pourrait signifier qu’en 2020, les acheteurs mondiaux de gaz naturel liquéfié (GNL), un secteur de croissance majeur pour l’industrie, « pourraient commencer à refuser les cargaisons américaines ».

Une analyse récente de l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis a résumé de façon très colorée ce que la sur-abondance et les prix bas prévus dans les années 2020 signifiaient pour l’industrie gazière.

« … les têtes doivent chauffer dans les salles de réunions des producteurs de pétrole et de gaz des États-Unis et du Canada », ont écrit les auteurs Tom Sanzillo et Kathy Kipple.

Bien que les défenseurs de l’environnement aient certainement « diabolisé » le charbon en raison de sa contribution au climat et à d’autres polluants atmosphériques, la principale raison pour laquelle l’utilisation du charbon aux États-Unis a diminué est qu’il est trop coûteux de concurrencer le gaz naturel et les énergies renouvelables moins coûteuses – comme l’énergie nucléaire. Et aujourd’hui, la même dynamique se produit pour le gaz naturel, même avec des prix historiquement bas en raison d’un marché en surcapacité d’approvisionnement.

Comme nous l’avons déjà mentionné à propos surDeSmog, les prix du gaz naturel ne peuvent qu’augmenter à partir de là, alors que les prix de l’énergie renouvelable et du stockage ne cessent de baisser.

L’économie de l’industrie houillère américaine a mené à plusieurs faillites majeures en 2019 – un phénomène auquel font écho les entreprises de la fracturation  qui produisent une surabondance de gaz naturel, mais qui manquent de profits (ce que DeSmog étudie depuis plus d’un an).

Scott Forbes, vice-président chez Wood Mackenzie, analyste principal de l’industrie de l’énergie, a fait une évaluation tout aussi sombre de l’industrie de la fracturation :

Je parle à ces types, à toutes ces putains d’entreprises, tous les jours. Je suis très engagé dans ce qu’elles font avec leurs affaires, et je crois fermement que le modèle actuel est insoutenable.

The Lone Star State est le premier producteur de pétrole et de gaz naturel aux États-Unis et la production est en plein essor sous la présidence du Président @realDonaldTrump.

Tout comme le charbon, l’économie de la production de gaz naturel aux États-Unis et au Canada n’est pas viable, et c’est écrit sur tous les murs si tous ceux qui sont prêts à le lire le veulent.

La ville de Medicine Hat, en Alberta, au Canada, produit du gaz naturel depuis plus de 100 ans, ce qui lui vaut le surnom de « Gas City ». Toutefois, Medicine Hat aura besoin d’un nouveau surnom.

Après avoir perdu de l’argent à ce sujet au cours des dernières années, Gas City a annoncé qu’elle se retirait du marché du gaz. Brad Maynes, commissaire à l’énergie et aux services publics de la ville, a expliqué la décision au Calgary Herald : « Nous ne pouvions tout simplement pas imaginer revenir à une rentabilité. »

L’industrie américaine de la fracturation n’a pas été rentable au cours de la dernière décennie, les investisseurs perdent naturellement confiance dans les promesses non tenues de l’industrie et l’industrie fait face à une crise d’endettement majeure. Comme Scott Forbes l’a souligné : « Ce n’est tout simplement pas durable ».

Les énergies renouvelables battent le charbon et finiront par battre aussi le gaz naturel

L’industrie pétrolière et gazière mise beaucoup sur le gaz naturel et continue de promouvoir l’idée qu’il s’agit d’une solution climatique tout en lançant une nouvelle campagne publicitaire, même si les PDG de Chevron et d’Equinor ont admis pendant la Semaine du climat de l’ONU que les fuites de méthane et le brûlage lié à la fracturation sont un problème grave que l’industrie ne pourra pas cacher pendant longtemps.

Et bien qu’il soit logique pour l’industrie d’essayer de verrouiller son produit à long terme, le gaz naturel – comme le charbon et le nucléaire – ne sera tout simplement pas en mesure de faire face à la chute rapide des prix de l’énergie renouvelable et de son stockage dans l’avenir.

Deux rapports publiés ce mois-ci par le Rocky Mountain Institute (RMI) ont conclu que bon nombre des centrales électriques et des gazoducs actuellement en construction finiront par échouer comme des investissements et des actifs immobilisés.

Selon le Rocky Mountain Institute, il sera plus coûteux d’exploiter 90 % des centrales au gaz naturel que de construire des parcs éoliens et solaires avec des systèmes de stockage d’ici 2035 aux États-Unis. #EnergyTransition #energyinsights #EnergyandScale # Renewables…

« Si des projets planifiés [gaziers] sont construits, les investisseurs devront probablement faire face à des dizaines de milliards de dollars d’actifs immobilisés dans les années 2030, car l’exploitation de ces usines à gaz devient rapidement plus coûteuse que la construction de nouveaux [portefeuilles d’actifs d’énergie propre] », indique le rapport du RMI.

En somme, non seulement le gaz naturel est mauvais pour le climat et l’environnement, mais comme le charbon, c’est un mauvais investissement. Le fait que la société dans son ensemble soit confrontée à ces réalités, et à quelle vitesse, pourrait faire toute la différence pour l’avenir d’un climat où il fait bon vivre.

Justin Mikulka

Note du Saker Francophone

Cet article est tiré d'une série : L’industrie du schiste argileux creuse plus de dettes que de bénéfices

Traduit par Hervé, relu par San pour le Saker Francophone

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