Par Moon of Alabama – Le 3 mars 2026
Alors que la guerre contre l’Iran se poursuit, il devient encore plus difficile d’évaluer les pertes opérationnelles et les dommages causés par les deux parties. Toutes les parties, l’Iran, Israël, les États-Unis et divers pays du Golfe, pratiquent la guerre de l’information et la censure. Ils exagèrent leurs succès et n’admettent pas leurs pertes.
Cela n’a donc guère de sens de faire des déclarations sur les progrès de la guerre au fur et à mesure qu’elle se déroule sur le terrain. Nous devrons attendre et chercher des preuves irréfutables avant d’en deviner le résultat.
Il y a un mois, le Guide suprême iranien Ali Khamenei avait averti que toute attaque contre l’Iran se transformerait en une guerre régionale. Il aurait pu ajouter que cela aurait même des conséquences mondiales.
La prédiction de Khamenei s’est, dans une certaine mesure, réalisée. L’Iran a attaqué diverses bases américaines dans les pays pro-occidentaux du Golfe. L’ambassade des États-Unis à Riyad a été touchée. Le Hezbollah au Liban a lancé des drones contre une base américano-britannique à Chypre. Israël envahit le Liban et la Cisjordanie. Des milices irakiennes ont lancé des attaques contre des bases américaines en Irak et au Kurdistan irakien. Les habitants ont attaqué les consulats américains au Pakistan.
Mais les pays du Golfe eux-mêmes ne sont pas encore entrés en guerre. Ils ont dépensé leur défense aérienne après s’être défendus contre les attaques de missiles et de drones sur les bases américaines. Ils manquent maintenant de munitions et les États-Unis ne sont pas en mesure de répondre à leurs besoins.
Plusieurs petites frappes ont été signalées contre des infrastructures pétrolières en Arabie saoudite et aux Émirats arabes Unis. L’Iran a nié avoir attaqué ces sites. Il est possible qu’Israël ou les États-Unis lancent ces frappes pour inciter les États du Golfe à se joindre plus activement à leur attaque contre l’Iran. Je doute qu’ils soient assez stupides pour le faire.
Le détroit d’Hormuz est fermé. Le Qatar a arrêté sa production de gaz de pétrole liquéfié. L’Irak limite sa production de pétrole car sa capacité de stockage à Bassora est pleine et aucun pétrolier n’arrive pour charger ses produits. Au total, environ 20% de la production mondiale quotidienne de pétrole et de gaz a été interrompue ou est menacée. Les prix mondiaux du pétrole et du gaz ont déjà augmenté de façon spectaculaire et cela devrait continuer. Les stocks de gaz en Europe sont faibles, tout comme les réserves de pétrole en Inde. Une longue guerre pourrait bien menacer le bien-être économique et social de ces régions.
Avec son amateurisme habituel, l’administration Trump essaie de blâmer Israël (vidéo) d’avoir débuté la guerre :
Rubio : Il y avait absolument une menace imminente et nous savions que si l’Iran était attaqué, et nous pensions qu’il serait vraiment attaqué, alors il s’en prendrait immédiatement à nous et nous n’allions pas rester assis là et absorber les coups.
Les États-Unis ont donc dû attaquer l’Iran de manière « préventive » parce qu’Israël allait attaquer l’Iran ?
Le New York Times essaie de soutenir ce mème avec la ligne d’ouverture de son article sur le début de la guerre blâmant (archivé) le mandataire américain :
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est entré dans le bureau ovale, le 11 février au matin, déterminé à maintenir le président américain sur la voie de la guerre. …
Mais qui a envoyé deux porte-avions et quelque 250 avions d’attaque américains au Moyen-Orient? Qui souhaitait qu’Israël attaque l’Iran de toute urgence pour avoir une excuse pour se joindre au combat ?
Il y a à peine une semaine, Politico rapportait :
Les principaux conseillers du président Donald Trump préféreraient qu’Israël frappe l’Iran avant que les États-Unis ne lancent une attaque contre le pays, selon deux personnes familières avec les discussions en cours.
Ces responsables de l’administration Trump soutiennent en privé qu’une attaque israélienne inciterait l’Iran à riposter, aidant à rassembler le soutien des électeurs américains pour une frappe américaine.
Le calcul est politique ; que plus d’Américains accepteraient une guerre avec l’Iran si les États-Unis ou un allié étaient attaqués en premier.
Il est facile de blâmer Israël pour cette guerre, mais tous les moyens de la mener et la décision de la lancer venaient de la Maison Blanche. La guerre n’a pas été déclenchée et n’est pas menée pour Israël, mais pour faire progresser la position mondiale des États-Unis.
Rubio et Trump veulent juste se couvrir en détournant la colère de leurs partisans MAGA à propos de la guerre contre Israël. Il est douteux que quiconque avale cette absurdité.
Ce sont les États-Unis qui veulent « changer de régime » en Iran. La chance de le faire par la force aérienne est nulle. Il n’y a pas non plus de force par procuration, interne ou externe, qui serait disposée à mener une guerre terrestre en Iran. Ainsi, la campagne américaine est destinée à devenir un échec.
Moon of Alabama
Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.