Par Moon of Alabama – Le 14 juillet 2026
Trump ayant relancé sa guerre contre l’Iran, cela entraînera probablement des prix du pétrole beaucoup plus élevés que ceux que le monde a connus au cours de la précédente phase active du conflit.
Le monde consomme environ 100 millions de barils de pétrole par jour [bpj]. Avant la guerre contre l’Iran, environ 20% de cette quantité transitait par le détroit d’Hormuz vers les marchés mondiaux.
Au cours de la 2ème attaque contre l’Iran, en mars de cette année, le détroit a été fermé. Cela a entraîné une forte hausse des prix du pétrole. Mais les dommages économiques catastrophiques auxquels de nombreux experts s’attendaient (archivés) ne se sont pas produits.
Ceci pour trois raisons :
- Une partie du pétrole provenant de la région du Golfe a été détournée vers des routes alternatives :
- L’Arabie saoudite a utilisé son pipeline trans-pays pour détourner la production de sa côte orientale, sur le golfe Persique, vers sa côte occidentale, sur la mer Rouge. Au bout de quelques semaines, ce débouché par le port de Yanbu avait atteint sa capacité maximale d’environ 4 à 5 millions de barils par jour.
- Les Émirats arabes Unis ont utilisé des pipelines allant de leurs champs pétrolifères du golfe Persique jusqu’à leur port côtier méridional de Fujairah. Ils évitaient ainsi de faire passer ce pétrole par le détroit d’Hormuz.
- L’Irak a transporté son pétrole par camion vers la Syrie et la Turquie.
- En vertu du protocole d’accord de cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran, les pétroliers bloqués chargés de pétrole pourraient sortir du Golfe.
- Du pétrole supplémentaire a été mis sur le marché :
- Les États-Unis et certains de leurs alliés ont puisé dans leurs réserves stratégiques de pétrole pour calmer les prix du pétrole.
- Les États-Unis ont levé les sanctions sur les exportations de pétrole iranien et russe.
- La production de pétrole aux États-Unis a augmenté.
- La demande a été réduite :
- La contribution la plus importante ici a été la baisse inattendue de ses importations par la Chine. Elle a puisé dans ses propres énormes réserves. Elle a également utilisé du charbon au lieu du pétrole comme matière première pour ses usines chimiques.
- La hausse des prix à la pompe a entraîné au moins une certaine contraction de la demande dans divers pays.
Au total, quelque 7 millions de bpj ont quitté la région du Golfe par de nouveaux débouchés. Les libérations des réserves et la levée des sanctions ont contribué à des approvisionnements supplémentaires d’environ 3 à 5 millions de barils par jour. La réduction de la demande d’importation chinoise s’est élevée à environ 5 millions de bpj.
En raison de toutes les mesures ci-dessus, l’offre mondiale d’environ 100 millions de barils par jour n’a diminué que d’environ 92-95 millions de barils par jour. La demande mondiale, notamment en raison des mesures chinoises, est tombée à un niveau presque égal. Le montant qui manquait encore dans ce calcul approximatif a été tiré des réserves au niveau de la distribution et du transport.
Après la mise en place de toutes les mesures, la demande et l’offre se sont à nouveau équilibrées et les prix du pétrole sont redescendus à un niveau normal d’environ 70/bpj.
Lorsque le président américain Donald Trump a décidé de raviver le conflit, il a peut-être cru que le problème pétrolier qu’il craignait avait disparu.
Mais ce n’est pas le cas. Et les conditions actuelles rendront beaucoup plus difficile le maintien de l’équilibre des marchés.
- Le détournement du pétrole du Golfe est pratiquement terminé :
- Hier, des avions saoudiens ont attaqué l’aéroport de Sanaa, la capitale du Yémen, à la suite de quoi la coalition Ansarullah au pouvoir a annoncé que le débouché de Bab el-Mandeb, situé à l’extrémité de la mer Rouge, serait fermé à la navigation saoudienne. La production saoudienne passant par son pipeline traversant le pays jusqu’au port de Yanbu diminuera donc au niveau permit par de plus petits navires passant par le canal de Suez. Elle tombera probablement à moins de 1 million de barils par jour.
- Hier, l’Iran a attaqué deux pétroliers émiratis près de Fujairah. Le passage alternatif des EAU est donc également fermé.
- Le détroit d’Hormuz a de nouveau été déclaré fermé. Il n’y aura plus de pétrole s’échappant de la région du golfe Persique.
- D’autres sources de pétrole ne sont plus disponibles :
- La réserve stratégique des États-Unis est maintenant près de son niveau le plus bas possible. Tout retrait supplémentaire de celui-ci endommagera ou détruira les cavernes de sel utilisées pour son stockage.
- Les sanctions contre les exportations de pétrole brut iranien et russe ont été réintroduites.
- Les attaques ukrainiennes contre les raffineries russes ainsi que les infrastructures de chargement et de transport en mer Noire ont réduit les exportations russes de produits pétroliers. La Russie a complètement arrêté ses exportations de diesel qui s’élevaient habituellement à quelque 800 000 barils par jour.
- Les réserves pour le transport et la distribution sont à des niveaux historiquement bas.
- La demande augmente :
- Après une chute record de ses importations, la Chine a relancé ses achats de pétrole brut.
- La saison estivale est à nos portes. Les voyages de vacances aux États-Unis et en Europe augmenteront avec la demande saisonnière. Cela pénalisera particulièrement les stocks de carburéacteur dont l’Europe dispose, équivalent à moins d’un mois d’approvisionnement.
Presque toutes les conditions favorables qui avaient permis au monde de surmonter la crise de l’offre au cours de la précédente phase du conflit ne sont plus valables pour la phase actuelle.
Alors que les marchés futurs réglés en espèces continueront d’être fortement manipulés, les prix réels des produits augmenteront. Nous allons probablement bientôt voir de nouvelles augmentation de prix dans les stations-service.
Moon of Alabama
Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.