La guerre contre l’Iran. Israël et Trump lui-même entravent la résolution du conflit


Par Moon of Alabama – Le 23 juin 2026

Les pourparlers entre les États-Unis et la République islamique d’Iran, comme convenu dans leur protocole d’accord, dévient de leur trajectoire.

Il y a deux forces majeures qui menacent de faire dérailler l’accord.

L’un est, de manière très prévisible, Israël qui fait de son mieux pour saboter les pourparlers. Le protocole d’entente comprend la fin des combats au Liban et le retrait des forces israéliennes du sol libanais.

Alors qu’Israël, sous la pression des États-Unis, avait cessé les combats au cours du week-end, ses responsables ont déclaré qu’il n’y aurait pas de retrait de leurs forces. Aujourd’hui, les troupes israéliennes ont attaqué des civils libanais qui déblayaient une route à Nabatieh. Ils ont ensuite attaqué les forces de défense civile qui tentaient d’aider les blessés lors de la première frappe.

Les États-Unis, l’Iran et les médiateurs qataris et pakistanais avaient convenu ce week-end d’installer un groupe d’observateurs pour prévenir de tels incidents. L’Iran exigera que les États-Unis interviennent dans l’affaire. Sinon, il prendra ses propres mesures qui pourraient finir par bloquer à nouveau le détroit d’Ormuz.

La deuxième force qui perturbe les pourparlers sont les États-Unis eux-mêmes. La première clause du protocole d’entente oblige les deux parties à s’abstenir de se menacer mutuellement. Alors que les pourparlers de samedi/dimanche étaient en cours, le président américain Donald Trump a menacé de tuer les négociateurs iraniens. Ce sont bien sûr des fanfaronnades mais il fallait les prendre au sérieux. Les pourparlers directs entre les délégations américaine et iranienne ont été immédiatement interrompus. Moins efficaces, les pourparlers indirects avec l’aide de médiateurs du Qatar et du Pakistan se sont quand même poursuivis.

La partie iranienne a déclaré que les États-Unis avaient accepté de débloquer des fonds iraniens détenus sous sanctions. Les États-Unis ont également levé, pendant 60 jours, les sanctions sur les ventes de pétrole iranien. Les deux mesures ne sont que des ouvertures – des conditions préalables posées par l’Iran – à toute discussion ultérieure.

Maintenant, les États-Unis, par l’intermédiaire du président et du vice-président Vance, affirment que l’Iran avait accepté d’utiliser l’argent débloqué pour acheter des produits agricoles américains. Ils ont également affirmé que l’Iran inviterait l’AIEA à inspecter tous ses programmes nucléaires.

L’Iran a rejeté les deux points. Le protocole d’entente stipule que l’Iran sera libre d’utiliser l’argent libéré comme il l’entend. Il indique également qu’aucune discussion et aucun accord sur les questions nucléaires n’auront lieu avant que d’autres conditions n’aient été remplies.

Les États-Unis revendiquent donc faussement des points qui sont en contradiction directe avec l’accord qu’ils ont eux-mêmes signé.

Actuellement, le détroit d’Ormuz est ouvert à la circulation conformément aux directives émises par l’Iran pour des passages pacifiques. La majorité des navires qui sont passés au cours des deux derniers jours étaient des pétroliers iraniens transportant du pétrole iranien vers des ports chinois. Peu d’autres produits ont quitté le golfe Persique car les armateurs et les assurances ne risqueront pas un passage avant d’être sûrs qu’il n’y aura plus d’hostilités.

En l’absence de produits en quantités raisonnables provenant d’autres États du Golfe que l’Iran, la compression du marché du pétrole et du gaz liquéfié se poursuit. Il ne reste que trois à six semaines avant que les réserves mondiales ne s’épuisent et que les marchés soient perturbés avec de graves conséquences.

L’horloge tourne pour Donald Trump. Il devra maîtriser Israël. Il devra également s’empêcher de proférer des menaces et d’affirmer de manière autoritaire les succès américains en ce qui concerne l’Iran. Il doit le faire immédiatement. Sinon, les États-Unis et l’économie mondiale subiront ce que Trump lui-même a qualifié de catastrophe.

L’Iran, quant à lui, a tout le temps nécessaire pour améliorer sa position mondiale. Son président du Parlement s’est rendu à Oman pour travailler sur une réglementation commune pour le détroit d’Ormuz. Le président iranien est en visite au Pakistan. Le ministre des Affaires étrangères est en route pour la Chine. L’Iran prépare le terrain diplomatique pour son nouveau rôle dominant au Moyen-Orient.

Tous ceux qui observent le conflit ont reconnu que les États-Unis avaient perdu cette guerre. Les tentatives de Trump de revendiquer une victoire mettent en danger le protocole d’entente et une solution pacifique. Dans une semaine environ, il pourrait même tenter une nouvelle escalade.

Mais s’il lance de nouvelles hostilités, il se retrouvera dans une situation encore pire.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

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