Juillet 2026 – Source Nicolas Bonnal

Toutes les catastrophes s’amoncèlent et s’ajoutent sans coup férir, et personne ne fait rien. La masse prostrée subit ses bourreaux ou les encense et se précipite aux Enfers.
Relisons un peu de Virgile (le chant II de l’Enéide, bien sûr, où –horresco referens – Enée conte à Didon ses malheurs et la chute VOLONTAIRE de Troie) :
Pour le coup nous tremblons et une peur inouïe pénètre dans tous les cœurs : on se dit que Laocoon a été justement puni de son sacrilège, lui qui d’un fer acéré a profané ce bois consacré à la déesse et qui a brandi contre ses flancs un javelot criminel. On crie qu’il faut introduire le cheval dans le temple de Minerve et supplier la puissante divinité. Nous faisons une brèche à nos remparts ; nous ouvrons l’enceinte de la ville. Tous s’attellent à l’ouvrage. On met sous les pieds du colosse des roues glissantes ; on tend à son cou des cordes de chanvre. La fatale machine franchit nos murs, grosse d’hommes et d’armes. À l’entour, jeunes garçons et jeunes filles chantent des hymnes sacrés, joyeux de toucher au câble qui la traîne. Elle s’avance, elle glisse menaçante jusqu’au cœur de la ville. Ô patrie, ô Ilion, demeure des dieux, remparts dardaniens illustrés par la guerre ! Quatre fois le cheval heurta le seuil de la porte, et quatre fois son ventre rendit un bruit d’armes. Cependant nous continuons, sans nous y arrêter, aveuglés par notre folie, et nous plaçons dans le haut sanctuaire ce monstre de malheur. Même alors la catastrophe qui venait s’annonça par la bouche de Cassandre ; mais un dieu avait défendu aux Troyens de jamais croire Cassandre ; et, malheureux pour qui le dernier jour avait lui, nous ornons par toute la ville les temples des dieux d’un feuillage de fête (Traduction d’André Bellesort).
La leçon du cheval de Troie, c’est que la mise à mort d’une civilisation est toujours volontaire : l’ennemi trouve des collaborateurs et des anges exterminateurs à l’intérieur de nos propres murs. Il y a quelques veilleurs que l’on abat de nuit (caeduntur vigiles, écrit Virgile, le bien nommé en l’occurrence), quelques hommes de main décidés et l’affaire est faite.
L’affaire est faite parce qu’elle a déjà été gagnée la veille, parce que Troie, décidément, a eu envie, a eu besoin de mourir. Le cheval est une offrande aux dieux ; et, toujours, il y a un sacrifice humain qui précipite la chute des murs. En Espagne, en 2004, l’attentat a précipité la victoire de Zapatero et la chute des défenses psychiques du peuple espagnol. Mais, finalement, les attentats du 11 septembre ont accéléré l’entropie américaine et européenne, au lieu d’y mettre un terme. C’était une invitation à aller plus vite au désastre.
Depuis les années 80, alors même qu’il n’y a plus d’ennemis (vaporisation du communisme, inexistence concrète de l’islamisme), on observe la volonté de nos élites de nous faire disparaître, en Europe comme en Amérique, dans le cadre de la mondialisation nihiliste.
Chose étonnante, dans le texte de Virgile, les Troyens détruisent leurs murs et l’on ne sait s’ils les reconstruisent après.
La destruction de murailles se fait dans la joie et la bonne humeur. On est déjà dans la civilisation de l’homo festivus. Vive les privatisations des biens publics et des patrimoines des nations régalés aux copains pour une poignée de figues, vive la libération des marchés, vive l’euro et les délocalisations !
Après la fête, la fatigue. On voit de nos jours l’inertie du peuple américain privé de ses biens et maintenant de ses libertés, condamné à toujours s’incliner devant la volonté des lobbies et des deux partis. Le peuple a envie de dormir, il est condamné à l’involution soporifique qui paralyse ses membres. Les Français ne sont-ils pas les plus gros consommateurs mondiaux d’anxiolytiques ?
L’ingénierie alimentaire, planifiée et planétarisée, a, elle aussi, eu pour mission de créer des populations stérilisées, ennuyées, hébétées, disait Baudrillard, obèses, soumises, habituées à dépenser trente dollars d’essence pour aller bouffer du hamburger.
On comprend bien pourquoi l’épisode du cheval a traumatisé toutes les sociétés. Il synthétise moins la ruse de l’ennemi que la volonté de mourir par bêtise et lassitude…
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Sources


