La carotte et le bâton


Les rois perses n’ont pas bâti leurs empires en faisant preuve de naïveté face à la tromperie ; ils ont pratiquement inventé le genre. − Jesus Enrique Rosas


Par James Howard Kunstler – Le 13 juillet 2026 – Source Clusterfuck Nation

D’où les ennemis de notre pays — y compris ceux qui se trouvent à l’intérieur de nos frontières — tirent-ils l’idée que l’Iran est en train de gagner cette guerre ? Ils le souhaitent ardemment. Ce souhait est nécessaire pour faire passer le message selon lequel le président Trump et ses conseillers n’ont pas de plan, ne savent pas ce qu’ils font, et que les États-Unis persécutent et oppriment l’Iran sans raison valable.

Nous avons frappé l’Iran ce week-end pour une très bonne raison : l’Iran doit apprendre à ses dépens qu’il y a des conséquences à ne pas respecter les accords. Par exemple, vers 19 h 15 heure locale, l’Iran a tiré un projectile sur le porte-conteneurs GFS Galaxy, battant pavillon chypriote et géré par la société Global Feeder Shipping basée à Dubaï, dans le détroit d’Ormuz. L’Iran a prétendu qu’il s’agissait d’un « tir d’avertissement », mais le projectile a touché de plein fouet la salle des machines du navire, le rendant hors d’état de naviguer. L’équipage a dû abandonner le navire à bord de canots de sauvetage — et a rapidement été secouru par plusieurs navires commerciaux et des navires de la marine omanaise. Un membre d’équipage a été porté disparu.

Quelques heures après l’attaque, l’Iran a déclaré le détroit d’Ormuz fermé. Peu après, le président Trump a affirmé que le détroit était ouvert au trafic commercial, les forces américaines étant positionnées pour garantir la liberté de navigation, contredisant ainsi l’annonce de l’Iran qui prévoyait une fermeture « jusqu’à nouvel ordre ».

Ce ne sont pas le président et ses conseillers qui sont désorientés, c’est la situation, et pour une bonne raison : les dirigeants iraniens sont désorientés. C’est comme si M. Trump devait se tenir entre Abbott et Costello en train de jouer leur sketch « Who’s on First ». Pendant ce temps, alors que le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) fulmine et tire ce qui lui reste de munitions sur des navires et d’autres pays de la région, les dirigeants civils présumés de l’Iran, le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf, le ministre des Affaires étrangères Seyyed Abbas Araghchi et le vice-ministre des Affaires étrangères Kazem Gharibabadi, discutent frénétiquement au téléphone avec des médiateurs au Qatar et au Pakistan pour savoir comment mettre en œuvre les « aspects techniques » du protocole d’accord (MOU).

Tout cela indique que les dirigeants iraniens sont profondément divisés entre le gouvernement civil et les forces du CGRI (Garde révolutionnaire), qui opèrent selon une structure de commandement rivale de type mafieux, dotée de ses propres effectifs militaires, distincte de l’armée régulière iranienne. Le principal désaccord entre ces deux entités réside dans le fait que le gouvernement civil souhaiterait apparemment que le conflit avec les États-Unis se résolve d’une manière permettant à son pays de sauver son économie et de renouer des relations normales avec le reste du monde, tandis que le CGRI reste obstinément déterminé à mener le djihad, quelles qu’en soient les conséquences pour son pays et son peuple.

Le problème avec le djihad, c’est qu’il doit être mené contre tous les infidèles, c’est-à-dire les peuples de la civilisation occidentale — qui constituent une part majeure du reste du monde — et désormais même de nombreux États de la région du golfe Persique qui ont rejoint le Conseil de la paix du président Trump — l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, l’Égypte, la Jordanie, la Turquie, le Pakistan — et qui pourraient eux aussi être considérés comme des cibles du djihad.

Pourquoi ? Parce qu’Israël figurait parmi les premiers signataires, faisant ainsi du Conseil de la paix une création du « Grand Satan » (les États-Unis) et du « Petit Satan » (Israël).

Bien sûr, un précepte clé du djihad est la taqiyya, qui prescrit le mensonge et la tromperie au service du djihad, ce qui suggère en outre que, pour le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) djihadiste, il ne peut y avoir de véritable compréhension du protocole d’accord signé par le gouvernement civil iranien. La taqiyya oblige le CGRI à mentir, ce qu’il s’est montré déterminé à faire… par exemple, en tirant des missiles sur des navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz après avoir promis de ne pas le faire. Comment un tel comportement pourrait-il déboucher sur une compréhension mutuelle ?

Ainsi, si l’on envisage les négociations comme un processus de type « carotte et bâton », on constate que le CGRI iranien fait fi des carottes. Seul le bâton pourrait s’avérer efficace, et M. Trump se fait un plaisir de le leur fournir. Soit dit en passant, des rumeurs ont circulé ces dernières vingt-quatre heures selon lesquelles le tout nouveau commandant du CGRI, Ahmad Vahidi, aurait été tué dans son bunker par une bombe américaine ce week-end. Est-ce vrai ? Je n’en sais rien. Nous le saurons sans doute assez vite. Vahidi est devenu commandant du CGRI en mars de cette année après que son prédécesseur, Mohammad Pakpour, eut été tué dans un attentat à la bombe. Qui est disponible pour prendre la relève maintenant ? Je suppose que nous le saurons aussi assez vite.

En parlant de cibles, nous avons également appris que le président Trump avait été pris pour cible par l’Iran (quelle surprise !) alors qu’il quittait le sommet de l’OTAN en Turquie la semaine dernière — les services de renseignement israéliens l’en ont informé —, ce qui a nécessité ce changement de dernière minute entre le nouvel Air Force One offert par le Qatar et le bon vieux Air Force One bleu ciel récemment retiré du service, qui remontait à l’époque de Bush père. L’ancien avion disposait d’un meilleur armement défensif à bord, ont expliqué nos responsables.

Si j’étais président de notre pays, à ce stade du conflit avec l’Iran, j’envisagerais de larguer Graham Platner au-dessus de Téhéran. Et si cela ne suffisait pas à les remettre à leur place, j’enchaînerais avec Rosie O’Donnell et Ana Navarro.

James Howard Kunstler

Pour lui, les choses sont claires, le monde actuel se termine et un nouveau arrive. Il ne dépend que de nous de le construire ou de le subir mais il faut d’abord faire notre deuil de ces pensées magiques qui font monter les statistiques jusqu’au ciel.

Traduit par Hervé, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

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