États-Unis/Iran. Une guerre d’agression dont les objectifs ne peuvent pas être atteints


Par Moon of Alabama – Le 28 février 2026

Hier, le ministre omanais des Affaires étrangères Badr Albusaidi, médiateur dans les pourparlers entre les États-Unis et l’Iran, a révélé que l’Iran avait proposé des restrictions sans précédent de son programme nucléaire pour empêcher une guerre.

Lors d’une interview sur CBS, il a expliqué :

MINISTRE ALBUSAIDI : Je suis confiant, et dans mon évaluation de la façon dont les pourparlers se déroulent, je pense qu’il y en a, je peux vraiment voir que l’accord de paix est à notre portée.

MARGARET BRENNAN : Un accord de paix ?

MINISTRE ALBUSAIDI : Oui, c’est à notre portée, si nous laissons simplement à la diplomatie l’espace dont elle a besoin pour y arriver. Parce que je ne pense pas qu’une alternative à la diplomatie va résoudre ce problème.

MINISTRE ALBUSAIDI : La réalisation la plus importante, je crois, est l’accord selon lequel l’Iran n’aura jamais, jamais de matière nucléaire pour créer une bombe. C’est, je pense, une grande réussite. C’est quelque chose qui n’était pas dans l’ancien accord qui avait été négocié à l’époque du président Obama. C’est quelque chose de complètement nouveau. Cela rend vraiment l’argument de l’enrichissement moins pertinent, car nous parlons maintenant de zéro stockage. Et c’est très, très important, parce que si vous ne pouvez pas stocker de matériel enrichi, il n’y a aucun moyen de créer une bombe, que vous enrichissiez ou non. Et je pense que c’est un point dont les médias ont peu parlé, et je tiens à clarifier cela du point de vue du médiateur.

MARGARET BRENNAN : Alors expliquez cela. Donc le matériel enrichi, les choses qui pourraient être utilisées comme combustible nucléaire pour une bombe, vous dites que l’Iran ne garderait pas sur son propre sol ?

MINISTRE ALBUSAIDI : Ils y renonceraient.

Renoncer à stocker du matériel enrichi de différentes qualités est une concession que l’Iran n’avait jamais faite auparavant. Il lui serait en effet impossible de créer une bombe nucléaire.

Cependant, les États-Unis n’étaient pas intéressés par un accord nucléaire. Quelques heures après l’interview d’Albusadi, ils ont rejoint Israël dans une guerre « préventive » contre l’Iran.

jeremy scahill @jeremyscahill – 7:18 UTC · 28 février 2026

Le terme “préventif” est de la pure propagande. Les États-Unis ont une fois de plus utilisé le vernis des négociations comme couverture pour bombarder l’Iran. Téhéran venait de proposer des conditions qui allaient bien au-delà de l’accord nucléaire de 2015. Ce qui aurait dû être “préventif”, c’est la diplomatie. Ce sont les mêmes tactiques de propagande utilisées dans la guerre contre l’Irak de 2003.

Badral Abusaidi n’avait plus qu’à exprimer sa déception :

Badr Albusaidi – Dernières nouvelles @ badralbusaidi – 12:04 UTC * 28 février 2026

Je suis consterné. Des négociations actives et sérieuses ont encore une fois été compromises. Ni les intérêts des États-Unis ni la cause de la paix mondiale ne seront bien servis par cela. Et je prie pour les innocents qui souffriront. J’exhorte les États-Unis à ne pas se laisser entraîner davantage. Ce n’est pas votre guerre.

Mais le président américain pense différemment. Dans un discours de 8 minutes (vidéo), il a annoncé plusieurs objectifs de guerre comme la destruction des missiles iraniens, la destruction de sa marine et empêcher le pays d’acquérir des armes nucléaires dont il ne veut pas. Il a appelé les forces armées iraniennes à déposer les armes et son peuple à renverser son gouvernement.

Pour la République islamique, la guerre n’est donc pas une simple question de défense mais devient existentielle.

Comme aucun des objectifs stratégiques de Trump n’est susceptible d’être atteint, on peut déjà affirmer que les États-Unis ont toutes les chances de perdre cette guerre.

Jusqu’à présent, l’échange de frappes suit un cours prévisible.

Les États-Unis et Israël ont lancé des missiles de croisière à distance contre des cibles politiques et militaires en Iran. Le complexe du Guide suprême Ali Khamenei à Téhéran, le ministère du Renseignement, le ministère de la Défense, l’Agence iranienne de l’énergie atomique, le complexe militaire de Parchin ont été touchés. Les dirigeants iraniens s’étaient déplacés vers des endroits sûrs et n’ont pas été affectés par les frappes. Un missile a détruit la maison de l’ancien président Mahmoud Ahmedinejad, qui n’a aucun rôle dans le gouvernement actuel, et a tué trois de ses gardes. Plusieurs missiles, dit l’Iran, ont frappé une école primaire à Minab, dans le sud de l’Iran, et tué jusqu’à 60 enfants.

L’Iran a réagi en attaquant des installations militaires américaines au Koweït, à Bahreïn, au Qatar, en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis avec des centaines de drones et des missiles à plus courte portée. Un radar américain à longue portée au Qatar a été touché, de même que des dépôts de carburant de la marine américaine à Bahreïn. Plusieurs salves de dizaines de missiles à moyenne portée ont été tirées contre des positions américaines en Jordanie ainsi que contre Israël.

Ces premières salves avec des missiles plus anciens et moins précis sont destinées à user les défenses aériennes américaines en les incitant à utiliser leurs stocks limités de missiles. Il y a eu des rapports de plusieurs explosions dans divers endroits du Moyen-Orient, mais il est trop tôt pour évaluer s’il s’agit des conséquences de la chute de débris ou des résultats réels escomptés.

L’une des cibles touchées par les États-Unis est le quartier général des forces de mobilisation populaire Hashid Shaabi en Irak. Cela a provoqué la mort de plusieurs personnes. Par la suite, Hashid Shaabi a annoncé qu’il se joindrait au combat aux côtés de l’Iran. Des missiles ont frappé des positions américaines à Erbil, au Kurdistan irakien.

Les Houthis du Yémen ainsi que le Hezbollah libanais devraient également se joindre au combat.

L’échange de frappes de missiles devrait se poursuivre pendant plusieurs jours. Les États-Unis tenteront d’éliminer les lanceurs de missiles iraniens et les installations de production. L’Iran tentera d’épuiser les défenses antimissiles américaines pour ensuite lancer des missiles plus précis et plus efficaces contre Israël et les principales cibles américaines (navales). L’Iran prétend déjà avoir frappé un navire de ravitaillement américain.

Mais le principal instrument de l’Iran dans cette guerre sera son contrôle sur le transport de 20% des approvisionnements mondiaux en pétrole.

Il vient d’annoncer la fermeture du détroit d’Hormuz.

Michael A. Horowitz @michaelh992 – 15:30 UTC · 28 février 2026

Un responsable de la mission navale de l’UE, Aspides, a déclaré que des navires avaient reçu une transmission des gardiens de la révolution iraniens disant qu’aucun navire n’était autorisé à passer le détroit d’Hormuz.

L’Iran peut contrôler le détroit en tirant simplement des missiles anti-navires basés à terre.

D’ici lundi, les prix du carburant auront explosé.

Les prix du pétrole sont le principal point de pression dont dispose l’Iran pour provoquer des effets aux États-Unis.

On se demande combien de temps le président Trump pourra soutenir cette guerre si le prix de l’essence augmente et reste élevé.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

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