Est-ce que les sanctions contre la RPDC sont efficaces ?


Par Konstantin Asmolov – Le 2 août 2016 – Source New Eastern Outlook

À lire les médias occidentaux, on peut avoir l’impression que les sanctions introduites après les tensions dues à l’affaire des missiles nucléaires de 2016 ont significativement frappé l’économie de la République populaire démocratique de Corée. Que la famine, suivie par un Maïdan et un changement de régime frappent déjà à la porte. Est-ce vrai ?

Non. Les effets des sanctions se manifestent environ après un an et demi, mais même maintenant, il est possible de relever quelques développements intéressants.

Fait No 1. Selon le journal japonais Tokyo Shimbun citant des sources nord-coréennes, les sanctions ont permis de résoudre partiellement le problème de l’approvisionnement. Résultat de l’interdiction de l’importation du charbon nord-coréen, l’approvisionnement a été normalisé à Pyongyang.

Les médias japonais ont cependant déformé le fait − la fourniture de charbon à la Chine avait commencé à décliner même avant les sanctions : après la mise en œuvre réussie des programmes de reforestation, le charbon a commencé à être vendu au public pour garantir que les villageois ne couperaient plus les arbres.

Fait No 2. Comme l’agence de presse indienne ANI l’a rapporté le 23 juin, en dépit des sanctions, le Pakistan a livré de l’équipement et divers matériaux à Pyongyang qui pourraient être utilisés pour le développement de son programme nucléaire : des alliages résistants à la chaleur, Monel and Inconel, des fours de fusion à induction sous vide où l’uranium et le plutonium pourraient être fondus. Ces fournitures ont été organisées par une entreprise intermédiaire chinoise. Le gouvernement chinois le savait, mais n’a rien fait.

Oui, cela peut faire partie de la guerre de l’information indo-pakistanaise, mais des remontées mécaniques suisses sont apparues d’une manière très similaire dans la station de ski de Masik.

Fait No 3. Selon l’armée sud-coréenne, la Corée du Nord a commencé à équiper ses bateaux de patrouille avec le système américain d’arme rapide Gatling. La Corée du Sud et les États-Unis essaient d’identifier les canaux que la Corée du Nord a utilisé pour obtenir ces armes, et qu’ils ont été probablement été achetés par le biais d’« un des pays du Moyen-Orient ».

Fait No 4. Comme l’agence de presse Xinhua l’a rapporté le 11 juillet, un programme touristique spécial a été lancé dans la province frontalière de Liaoning en Chine du nord-est, qui permet aux touristes chinois de visiter la ville frontière nord-coréenne de Sinuiju pendant une demi-journée, sans passeport. La seule chose nécessaire est de demander la permission de se rendre à Dandong, de payer 350 yuans et de passer par le contrôle des douanes en RPDC. Il est rapporté que pendant les trois premiers jours du programme, près d’un millier de touristes chinois ont obtenu des autorisations d’entrée.

Apparemment, c’est comme ça que « tous les canaux se ferment », mais ce n’est pas tout.

Fait no 5. La société Shenzhun basée à Hong Kong a déjà développé un plan pour créer une zone touristique internationale, et est en train de construire l’infrastructure de base sur le versant est du Mont Baekdu situé à la frontière de la Corée du Nord et de la Chine. Baekdu attire un grand nombre de touristes, mais la quasi totalité d’entre eux visite le côté chinois, qui offre une meilleure infrastructure de transport et de tourisme. Aujourd’hui, cependant, la partie coréenne est en développement, pour laquelle 20 kilomètres carrés de cet espace en construction ont été déclarés en avril 2015, zone internationale de tourisme par les autorités de la Corée du Nord.

Fait No 6. Comme l’a déclaré l’agence de presse sud-coréenne Yonhap (bien qu’en se référant à des sources anonymes dans la région frontière entre la Chine et la Corée du Nord), les autorités de Corée du Nord ont transmis aux Chinois la proposition de construire une autoroute ensemble, qui irait de la Chine à travers la RPDC jusqu’à la frontière avec le Sud. Le Nord financera le projet avec son charbon, son or et d’autres ressources naturelles. Si les sources sont correctes, l’accord pour la construction de cette autoroute a été conclu en octobre 2015, lorsque Liu Yunshan, un membre du Bureau politique du Parti communiste chinois, assistait à la célébration du 70e anniversaire du Parti des travailleurs de Corée. Puis, dans le contexte de la crise nucléaire et des missiles, le projet a été reporté. Cependant, avec la nouvelle situation, la cérémonie de lancement du projet de construction devrait avoir lieu le 27 juillet, le jour de la signature de l’accord de trêve de la guerre de Corée de 1950-1953.

De plus, selon des diplomates et spécialistes russes et chinois, le niveau de vie (au moins à Pyongyang) ne semble pas chuter. En outre, le régime a investi activement dans la construction de nouveaux quartiers, qui ressemblent plus à Hong Kong ou Séoul, avec des immeubles standards atteignant 35 à 40 étages, sur le modèle chinois.

Il faut relever encore une fois que la question du maintien d’un régime de sanctions véritablement nocives dépend largement de la Chine. Permettez-nous de rappeler que lorsque des sanctions ont été imposées en accord avec la résolution de l’ONU, Beijing a souligné qu’il achèterait des minéraux nord-coréens tant que l’argent versé pour leur paiement ne sera pas ouvertement utilisé à des fins militaires. Comme la Russie, la Chine interdira quelque chose seulement s’il y a des « motifs raisonnables » de soupçonner que les paiements reçus lors de ces transactions seront utilisés pour financer le programme nucléaire nord-coréen. Il n’y a pas d’autres précisions sur ce qu’incluent les motifs raisonnables, ce qui signifie qu’il y a une zone grise potentielle. Et s’il n’y a pas de preuve solide d’une implication dans le programme de missiles nucléaires, il n’y a pas de raison de ne pas faire du commerce.

Peut-être est-ce la raison pour laquelle les États-Unis et leurs alliés cherchent activement à introduire leurs propres sanctions additionnelles et cherchent les plus petites raisons d’imposer de nouvelles limitations à la RPDC. Seul le temps dira si ce sera efficace, en plus de servir à des fins de propagande.

Konstantin Asmolov, docteur en Histoire, premier chercheur associé au Centre d’études coréennes de l’Institut pour les études sur l’Extrême-Orient de l’Académie des sciences de Russie, exclusivement pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker francophone

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