Par Key Market Reports – Le 8 octobre 2026 – Source Trend Compass
Les sociétés occidentales semblent être extraordinairement sujettes aux crises. Nous sommes dans une sorte de crise perpétuelle et, d’une manière ou d’une autre, nos chers dirigeants semblent incapables de renverser la situation. Au contraire, les choses continuent d’empirer progressivement, tandis que nos dirigeants continuent de se préoccuper de qui ou quoi accuser : c’est Joe Biden et les Démocrates, c’est la faute des « gauchistes« , des Musulmans, des Chinois, des Russes. Si seulement nous pouvions être débarrassés de ces pourris, tout redeviendrait génial !
Mais nous entendons rarement parler des causes systémiques possibles de toutes ces crises en cascade. Et si c’était le système lui-même qui est pourri et qui génère lui-même ces crises? Dans toute économie, ce sont finalement ses participants humains qui créent tous les produits et services, qui construisent toutes les infrastructures et technologies. Si le système chancelle, est-ce parce que tout le monde est devenu paresseux ou que la productivité du travail s’est détériorée pour une raison quelconque ?
Cela ne semble pas être le cas :

Courbe bleue : augmentation de la productivité du secteur manufacturier. Courbe rouge : augmentation de la productivité du secteur manufacturier sans l’agriculture
De toute évidence, la productivité du travail aux États-Unis ne cesse d’augmenter depuis des décennies : la même quantité de travail produit de plus en plus de valeur économique. Même si le secteur manufacturier a pris du retard, la baisse est très marginale, tandis que la productivité globale du secteur des entreprises non agricoles continue de grimper en flèche. Compte tenu des progrès technologiques que nous avons connus au cours de cette période, ainsi que de l’abondance d’énergie abordable pour alimenter les machines et les ordinateurs, on pouvait s’attendre à cela.
La maladie est systémique
Pour une raison quelconque cependant, la plupart des gens ne ressentent pas cette amélioration. Au contraire, la plupart d’entre eux sont progressivement moins bien lotis. Ils peuvent de moins en moins épargner et sont de plus en plus obligés d’utiliser leurs cartes de crédit pour joindre les deux bouts :

Courbe bleue : taux d’épargne. Courbe rouge : dette des cartes de crédit
Hélas, de nombreux observateurs préfèrent penser que tout cela est une situation temporaire, ou blâment ceux qui font face à des difficultés financières pour leurs propres problèmes. Mais si de tels problèmes affligent une proportion toujours plus grande de la population, c’est peut-être le système de fonctionnement de l’économie lui-même qui est à blâmer.
Même les capitalistes au cœur froid devraient reconnaître qu’une entreprise – n’importe quelle entreprise – a plus de chances de réussir si tous les participants au système ont un pouvoir d’achat élevé. Les producteurs de mode pourraient vendre plus de vêtements à des prix plus élevés ; les studios de cinéma vendraient plus de billets ; les hôtels et les restaurants rempliraient plus de salles et de tables, et les constructeurs automobiles pourraient vendre plus de voitures. En revanche, si le pouvoir d’achat des gens est progressivement réduit, toutes ces entreprises devront réduire les prix, ou leur production, ou les deux. Ils risquent même de faire faillite.
Cela oblige de nombreuses entreprises à rechercher la croissance en se frayant un chemin vers les deniers publics. C’est le début du capitalisme d’État, ce que pratiquaient des sociétés comme l’URSS. Par exemple, les constructeurs automobiles allemands ferment de plus en plus leurs installations de production traditionnelles et se précipitent pour fabriquer des armes à vendre au gouvernement à la place.
Même Porsche a annoncé progressivement de nouvelles réductions de ses effectifs et de sa production. Selon l’annonce d’hier, les marges bénéficiaires de Porsche se sont effondrées de 18% à 1,1%. L’entreprise prévoit maintenant de réduire sa production et de supprimer 1 emploi sur 5. Peu de gens peuvent prétendre que Porsche fabrique des produits de mauvaise qualité ou que les acheteurs de voitures ne souhaitent pas les acheter.
La spirale de la mort déflationniste
Il est important de reconnaître que si de nombreuses entreprises réduisent leur production et leur main-d’œuvre, il y aura encore moins de pouvoir d’achat disponible dans l’économie au cours de la prochaine période, forçant de nouvelles réductions l’année prochaine dans un cycle d’auto-renforcement que certains économistes appellent la spirale de la mort déflationniste. La seule façon d’arrêter cette progression est que le gouvernement entre dans le jeu en tant que participant, augmente la dette et la dépense, créant une demande artificielle là où la demande organique meurt lentement. De cette façon, les gouvernements faussent invariablement le processus économique et décident des gagnants et des perdants sur le marché.
Dans ce système, le népotisme et la corruption nue étouffent la croissance économique. Le succès en affaires ne dépend plus de l’innovation et de la productivité, de sorte que l’ensemble du système commence à perdre en compétitivité. De plus en plus, ceux qui ont les liens les plus étroits avec le gouvernement deviennent les plus prospères, indépendamment de la qualité ou des prix de leurs produits ou services. Cela, à son tour, conduit à une polarisation accrue de la richesse dans la société :

Le pourcentage des profits des grosses entreprises par rapport au PIB s’envole
Les gagnants ont également tendance à avoir la plus forte influence politique et un rôle décisionnaire dans l’avenir de la société :

Donations politique des milliardaires aux élections de mi-mandat.
Lorsque les personnes les plus privilégiées de la société se déplacent pour gagner de l’influence politique, elles ne le font pas pour réduire leurs privilèges et se battre pour les segments opprimés et marginalisés. Ils le font pour renforcer leurs privilèges et transférer le fardeau de la société sur les épaules des groupes opprimés et marginalisés :

Les profits des grosses entreprises battent un record. Les taxes qui en sont tirées chutent.
Au total, de plus en plus d’indicateurs montrent clairement que la polarisation dans la société américaine (ainsi que dans d’autres pays occidentaux) ne fait qu’empirer et que toute bretelle de sortie semble illusoire. Par « bretelle de sortie » j’entends un point où les nantis s’arrêteraient et se demanderaient s’ils en ont assez et si peut-être les démunis en ont trop peu. Il semble que le système ne permette pas une telle correction de cap, en l’absence d’un changement radical qui pourrait résulter d’une révolution ou d’une guerre civile.
Ne réparez pas le système – débarrassez-vous des pauvres !
Comme il n’y a pas de bretelle de sortie à cette direction, il est compréhensible que des gens aussi gentils que Bill Gates et Jeffrey Epstein se demandent : “Comment pouvons-nous nous débarrasser des pauvres dans leur ensemble” Il est à peu près 100% probable que Gates et Epstein ne sont pas les premiers, ou les deux seuls à réfléchir à ce problème. Nous pouvons supposer sans risque que de nombreuses personnes de ce calibre réfléchissent à ce problème, cherchent des “solutions”, explorent des idées et formulent des plans.
Indépendamment de tout cela, la voie à suivre devrait être la suivante : la crise ne se résoudra pas d’elle-même ; la polarisation de la richesse ne s’inversera pas et cette polycrise ne sera pas résolue avec des mesures habituelles. Nous ne pourrons certainement pas voter pour en sortir. Par conséquent, nous devrions nous attendre à ce que la situation continue de s’envenimer, cédant périodiquement la place à des crises de plus en plus aiguës et à des manifestations visibles de cette détérioration. Tout cela en dépit des progrès technologiques et de la croissance stupéfiante de la productivité au travail. De toute évidence, les problèmes sont systémiques et le système est truqué.
Key Market Reports
Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.