Par Alastair Crooke − Le 1er octobre 2026 – Source Conflicts Forum
Nous nous dirigeons vers un regain de la guerre. Trump aurait pu (et aurait dû) déclarer la victoire et simplement oublier l’Iran, mais on l’aurait qualifié de « looser » (une perspective qu’il ne peut tolérer). Deuxièmement, il est – pour une raison quelconque – sous l’emprise de Netanyahu et d’Israël.
En août 2024, Tucker Carlson s’est adressé directement à Trump : “Vous ne gagnerez pas cette guerre [avec l’Iran]. Vous la perdrez et cela détruira votre présidence. De plus, Netanyahou et des donateurs sionistes ne vous aiment pas. Ils vous détestent”. « Je sais » fut la seule réponse de Trump. C’était à l’époque.
Dans son discours à l’Assemblée générale des Nations Unies, Trump a dit que l’Iran doit capituler avant l’échéance des élections de mi-mandat, sinon lui, Trump, devra prendre la décision de les “anéantir rapidement” ou pas – tous ceux qui ont entendu ces mots les ont interprétés comme la menace d’utiliser l’arme nucléaire.
Et en effet, depuis lors, Trump a rappelé à plusieurs reprises cette menace d’anéantissement, en utilisant un synonyme ou l’autre ; insistant toujours, avec ses proches collaborateurs, sur le fait que l’Iran ne puisse jamais posséder l’arme nucléaire.
En parallèle, Netanyahu affirme qu’Israël dispose de nouveaux renseignements indiquant que l’Iran prend des mesures concrètes en vue d’obtenir une arme nucléaire (même si la communauté de la sécurité et de la défense en Israël affirme qu’aucune preuve de ce type n’existe). « Ils essaient de développer des armes nucléaires et de trouver les moyens de les lancer sur toutes les villes des États-Unis », a répété Netanyahu à CBS cette semaine.
Le point crucial ici est que Trump veut une victoire sur l’Iran et ne trouve pas la « solution miracle » militaire pour le vaincre. La propagande de guerre pré-midterms a donc changé pour focaliser sur un récit disant que l’emprise de l’Iran sur le détroit d’Ormuz a été brisée (Bloomberg « confirme » que les flux pétroliers au Moyen-Orient sont en effet revenus à des niveaux proches de ceux d’avant-guerre), et que le siège financier américain mettra l’Iran en faillite dans les deux semaines – c’est du moins ce qu’affirme le secrétaire au Trésor, Bessent.
Plus tôt cette semaine, une campagne de propagande tous azimuts est apparu pour convaincre les gens que le détroit d’Ormuz est ouvert. Comme l’écrit Philip Pilkington :
« Ouvert à 80% » est le sujet de discussion colporté par Javier Blas de Bloomberg … [cela] ressemble à la dernière opération médiatique sur un pétrole surabondant : le pétrole se négocie à près ou plus de 100 dollars le baril, mais le débit à travers le détroit est de retour à environ ses normes d’avant-guerre. Appelez cela la surabondance de pétrole 2.0 ».
Pilkington décrit comment il a effectué une recherche approfondie pour voir où « le récit de la surabondance de pétrole 2.0 était né » :
J’ai posé une série de questions vitales. Quelle est la source des données ? … Comment ont-elles été interprétées ? Comment se comparent-elles à des faits vérifiables ? Qu’est-ce que la réaction du marché à terme du pétrole – composé de certains des analystes pétroliers les mieux informés de la planète – et du gouvernement américain nous dit de la crédibilité du rapport ? … L’affirmation principale est que les marchands ont trouvé un moyen furtif de transporter du pétrole à travers le détroit d’Ormuz. La principale source est Kpler, la très réputée société d’analyse souvent appelée « le Bloomberg des marchés physiques ».
Le graphique de Kpler nous montre que depuis le début du mois de septembre, énormément de pétrole transite par le détroit d’Ormuz. [Cela] semble bizarre. Lorsque nous nous tournons vers les sources de données et la méthodologie de Kpler, nous trouvons de fortes raisons de nous inquiéter. En temps normal, les données de Kpler semblent robustes. Pourtant, Kpler lui-même admet qu’il est impossible de faire [ses procédures de vérification habituelles] pour les navires essayant de transporter du pétrole furtivement. Au lieu de cela, [Kpler] déclare qu’il utilise des images satellites pour compter les navires traversant le détroit. L’imagerie satellitaire à haute résolution des zones de conflit actives est une marchandise géopolitique brûlante … [Cependant] lorsque j’ai enquêté à ce sujet, j’ai constaté que Kpler n’indique pas où il a obtenu les images satellites … Les cadres supérieurs de l’entreprise [ont également déclaré] qu’ils utilisaient cette imagerie pour détecter les flottes fantômes « lorsque cela était autorisé » suggérant qu’ils n’avaient pas un contrôle total sur les données fournies.
Pilkington estime cependant que cette nouvelle campagne de propagande de guerre semble être beaucoup moins efficace : « Le [récit] de la surabondance de pétrole 2.0 n’a tout simplement pas marché aussi bien que la première fois ».
Il note que plus tôt en juillet, lorsque les principaux commentateurs ont répandu le premier « récit de surabondance de pétrole« , le prix du pétrole avait chuté de 30 dollars le baril ; cette fois, il n’a baissé que de 10 dollars le baril. Surtout, il y a beaucoup plus de scepticisme de la part des gens qui sont au courant. Compte tenu des preuves évidentes d’attaques de missiles et de drones iraniens quasi quotidiennes contre des navires violant les réglementations iraniennes, à la fois à Ormuz et dans l’ensemble du Golfe, cela n’est pas surprenant.
La guerre de propagande est de toute façon plus un instrument destiné à la « guerre des midterms« , plutôt qu’à la guerre contre l’Iran, que la propagande de Trump focalise sur l’affaire du nucléaire. Le sujet de l’ouverture d’Ormuz devant avoir un impact psychologique sur les préoccupations des électeurs américains concernant les prix du diesel et l’inflation à l’approche des élections.
Trump a dit explicitement qu’il attaquerait l’Iran (s’il ne capitulait pas) après les midterms. Mais avec ce cadrage, le résultat des élections de mi-mandat lui-même devient discutable : si Trump fait mieux que prévu, il considérera probablement le résultat de l’élection comme une approbation de sa position ferme face à l’Iran. Mais si Trump fait pire – c’est-à-dire si le Parti Républicain perd à la fois la Chambre et le Sénat – ne pourrait-il pas alors décider de « doubler la mise » de toute façon ?
Doubler la mise pour quoi faire ? Il est improbable qu’une nouvelle campagne de bombardements qui ressemble à la précédente aboutisse à une capitulation iranienne. Mais l’utilisation d’armes nucléaires touchera les nerfs les plus sensibles et deviendra un problème moral. Néanmoins, Colby Elbridge, sous-Secrétaire à la Politique de Défense, est en train de modifier les protocoles américains sur « l’utilisation des armes nucléaires » afin de permettre l’utilisation d’armes nucléaires tactiques comme « moyen de transition » vers le « Big One« .
Une façon de contourner cette sensibilité du public serait qu’Israël soit le premier à utiliser des armes nucléaires contre des cibles iraniennes ; très probablement lancées à partir des sous-marins fournis par l’Allemagne. Cependant, même si des missiles Tomahawk à tête nucléaire israéliens étaient lancés à partir de ces sous-marins, ces derniers – en ayant besoin de faire surface pour le lancement – exposeraient peut-être les navires et les missiles à une action préventive iranienne. Nul doute que les yeux des satellites observent.
Et qu’en est-il de l’Iran ? Pourquoi l’Iran attendrait-il qu’Israël et les États-Unis soient pleinement préparés à l’escalade après les midterms ? L’Iran attendra-t-il dans l’espoir que les midterms entraînent un changement de paradigme politique aux États-Unis ? Ou l’Iran devancera-t-il les plans d’attaque américains et israéliens ?
Si cette prochaine phase de la guerre devait se produire – ce qui semble maintenant inévitable – elle se répandra plus largement et plus profondément que les dernières séries d’attaques, modifiant à la fois la géographie politique du Moyen-Orient et probablement la position de la Russie et de la Chine vis-à-vis des États-Unis aussi.
Alastair Crooke
Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.