Au Sud Liban, le vernis de la diplomatie cache mal la réalité de l’occupation


Par Katrine Dige Houmøller – Le 21 juillet 2026 – Source Drop Site News

Une grande partie d’Al-Mansouri est en ruines, avec Majdal Zoun, le village occupé par Israël, de l’autre côté de la vallée. Malgré les destructions et les attaques israéliennes continues, environ 100 habitants ont choisi de rester. Al Mansouri, Liban. 16 Juillet 2026. Photo de Katrine Dige Houmøller.

AL-MANSOURI, Liban – La route menant à Al-Mansouri serpente à travers un paysage dévasté. Un salon de coiffure se dresse sans murs, son miroir brisé s’accrochant toujours à la structure restante. Le cimetière du village est parsemé de cratères. La mosquée est toujours debout mais certaines parties de sa façade ont été arrachées par les frappes aériennes israéliennes.

Néanmoins, au cours du mois dernier, des signes de vie sont revenus à Al-Mansouri, un village du district de Sour (Tyr) près de la côte au sud du Liban. Jeudi, une poignée d’hommes étaient assis sur des chaises en plastique à l’extérieur de chez eux, sirotant de petites tasses de café. D’autres balayaient la poussière des magasins endommagés. Des hommes en scooter circulaient entre les ruines.

On ne peut pas en dire autant du village voisin, Majdal Zoun, perché sur une colline surplombant Al-Mansouri à quelques centaines de mètres. Les deux villages sont étroitement liés et partagent même des zones qui se chevauchent. Le mois dernier, les troupes terrestres israéliennes ont envahi et occupé Majdal Zoun, où elles ont systématiquement détruit les maisons et les infrastructures civiles. Les habitants restants d’Al-Mansouri vivent désormais sous la vue des forces d’occupation israéliennes et sous leur constante menace. Al-Mansouri est attaqué presque quotidiennement depuis son village jumeau par des frappes aériennes israéliennes et des grenades assourdissantes larguées par des drones.

Le mois dernier, des avions israéliens ont largué des tracts au-dessus d’Al-Mansouri, déclarant que la région était une “zone menacée”, demandant aux habitants de “rester à l’écart” et avertissant que quiconque s’approcherait des forces israéliennes « se mettrait en danger ». Malgré les menaces, environ 100 personnes ont choisi de rester dans le village, selon Yousef Shehemy, le maire de Majdal Zoun, qui a été déplacé de chez lui par les forces d’occupation israéliennes.

Les gens ici croient que leur âme appartient à cette terre”, a déclaré Shehemy à Drop Site alors que nous passions devant une rangée de maisons détruites à Al-Mansouri. Shehemy était dans le village lorsque les tracts sont tombés du ciel. « Ils veulent contrôler la vie des gens d’en haut avec des tracts, des drones, des grenades assourdissantes—tout cela pour effrayer les civils ».

Le 29 juin, Israël a fait exploser ce qu’il a décrit comme étant un tunnel du Hezbollah de 200 mètres passant sous Majdal Zoun, laissant derrière lui un cratère massif. Le site de l’explosion est visible sur le côté gauche de la colline. Majdal Zoun, Liban. 16 Juillet 2026. Photo de Katrine Dige Houmøller.

Comme des dizaines de villages et de villes du sud du Liban, Al-Mansouri et Majdal Zoun sont soit occupés par les forces israéliennes et systématiquement détruits, soit attaqués par les airs de manière routinière malgré un accord-cadre négocié par les États-Unis et signé à Washington par les gouvernements du Liban et d’Israël le 26 juin. La réalité sur le terrain au Liban contraste fortement avec ce qui est présenté comme un effort diplomatique en cours pour parvenir à un accord de paix durable.

Mardi, le président libanais Joseph Aoun a rencontré le président américain Donald Trump, concluant une visite de quatre jours à Washington. Il s’agissait de la première rencontre entre les dirigeants des deux pays depuis près de 20 ans. « Je voudrais remercier le Président Trump, vraiment, et son équipe pour la visite historique et pour la réalisation historique que nous avons faite ensemble en signant l’accord-cadre avec l’objectif ultime de mettre fin à jamais à l’état d’hostilité entre le Liban et Israël », a déclaré Aoun à la Maison Blanche.

L’accord-cadre signé exige que les Forces armées libanaises désarment le Hezbollah avant qu’Israël ne se retire de certaines parties du territoire libanais qu’il occupe. Le Hezbollah a rejeté l’accord, qui a été critiqué pour avoir obtenu peu de garanties d’Israël et imposé presque toutes les obligations au gouvernement libanais. Pendant ce temps, des responsables israéliens, dont le Premier ministre Benjamin Netanyahu, ont promis à plusieurs reprises de maintenir les forces d’occupation à long terme dans une “zone de sécurité” dans le sud du Liban.

À Al-Mansouri, la menace de l’invasion du village par les troupes israéliennes est omniprésente. Vendredi, des vidéos circulant sur les réseaux sociaux semblaient montrer un véhicule militaire israélien avançant vers le poste de contrôle de l’armée libanaise à l’entrée du village avant de se retirer.

« Israël est imprévisible« , explique Shehemy. « On ne sait jamais ce qui va arriver ».

Shehemy est maire de Majdal Zoun depuis un an. Il a fui le village perché avec la plupart de ses habitants lorsque la guerre entre Israël et le Hezbollah s’est à nouveau intensifiée, le 2 mars. Avant la dernière phase de la guerre, environ 1 500 personnes vivaient à Majdal Zoun. Aujourd’hui, le village est vide et en grande partie en ruines. Selon Shehemy, 90% de Majdal Zoun a été détruit par l’armée israélienne.

À travers le Liban, plus de 1,2 million de personnes ont été forcées de quitter leurs foyers suite à l’assaut israélien, et plus de 700 000 personnes au Liban sont toujours déplacées malgré un soi-disant “cessez-le-feu”, selon les Nations Unies.

« Tout a été mis en veille. La guerre nous empêche de rêver« , déclare Shehemy.

Pour de nombreuses familles de Majdal Zoun, le déplacement a apporté une autre incertitude douloureuse : le sort des proches disparus. Les habitants appellent quotidiennement Shehemy, s’enquérant des proches qui ont disparu après que le village soit passé sous contrôle israélien en juin. Certains étaient des civils. D’autres combattaient aux côtés du Hezbollah.

« Ils ont besoin de connaître le sort de leurs enfants », raconte Shehemy. « S’il s’avère qu’ils sont morts, ils l’accepteraient. Mais sans réponses, ces familles ne trouveront jamais la paix« . Ces réponses restent hors de sa portée. Les forces israéliennes contrôlant toujours Majdal Zoun, les habitants voient peu de chances de rentrer chez eux de sitôt.

Lundi, le Département d’État a annoncé que les opérations dans trois villages libanais considérés comme faisant partie des soi-disant “zones pilotes” avaient commencé. Les zones sont théoriquement conçues pour permettre à l’armée libanaise de remplacer les troupes israéliennes dans les zones occupées.

Deux des villages, Froun et Srifa, n’étaient pas sous contrôle militaire israélien. Mardi, l’armée libanaise a commencé à se déployer dans le troisième village, Zawtar al-Gharbieh, après le retrait d’Israël. Cependant, les forces israéliennes ont ouvert le feu près des troupes libanaises alors qu’elles se déployaient, selon un communiqué de l’armée libanaise qui a averti que l’incident “entraverait la mise en œuvre des étapes de déploiement” dans les zones pilotes.

Pour de nombreux habitants du sud du Liban, l’accord n’est guère plus que des mots ne valant pas le papier sur lequel ils sont écrits.

Tant qu’ils occupent encore nos terres, je ne vois aucun avantage à cet accord-cadre”, déclare Shehemy depuis un café à Sour (Tyr) alors qu’un drone de surveillance israélien bourdonne au-dessus de sa tête. « Ils devraient obliger Israël à se retirer des zones occupées, pas de zones qui ne sont même pas occupées ».

Il explique que les négociations négociées par les États-Unis ignorent largement les préoccupations des civils qui restent déplacés. « Pour l’instant, les négociations ne sont qu’unilatérales, le Liban étant utilisé comme une marionnette par Israël ».

Amnesty International a également critiqué cet accord-cadre qui semble « acquiescer au déplacement forcé prolongé et indéfini de dizaines de milliers d’habitants de vastes étendues du sud du Liban occupées par les forces israéliennes« . L’accord viole le droit international, a déclaré Amnesty, car « consent effectivement au déplacement prolongé et indéfini de dizaines de milliers d’habitants du Sud Liban en subordonnant leur retour, ainsi que la reconstruction, à des conditions sujettes à confirmation ».

De nombreux habitants du sud restent pris entre la méfiance à l’égard de l’État et le soutien continu au Hezbollah en tant que source de protection. Ali Ghandour, originaire de Nabatieh dans le sud du Liban, a passé des mois, en tant que déplacé, à Saida après avoir fui son domicile au début de la guerre. À un moment donné, il a vécu dans sa voiture avant de finalement retourner dans sa ville natale. « Que feriez-vous si quelqu’un occupait votre pays et que votre président ne faisait rien? Vous riposteriez », a-t-il déclaré à Drop Site.

Ghandour a expliqué qu’il se sentait abandonné par l’État libanais, accusant le gouvernement de donner la priorité aux intérêts américains et israéliens contre ses propres citoyens. « Seul Dieu nous protège. Et le Hezbollah. Tant que nous aurons le Hezbollah, tout ira bien. Quand il s’agit de notre pays, nous n’abandons jamais », a-t-il déclaré.

Les secouristes de l’Association des ambulanciers de Nabatieh surplombent le district de Nabatieh alors qu’Israël continue de mener des frappes aériennes et des frappes de drones et des démolitions malgré l’accord-cadre. Nabatieh, Liban. 16 Juillet 2026. Photo de Katrine Dige Houmøller.

Debout à l’hôpital Al Najda Al Shaabiya situé au sommet d’une colline surplombant Nabatieh, les frappes aériennes israéliennes ont lancé des échos à travers toute la région jeudi. Des explosions ont secoué les villages environnants et de la fumée s’est élevée au-dessus de la région de Zawtar à l’horizon.

Au cours des dernières semaines, l’armée israélienne a régulièrement violé le “cessez-le-feu”, menant régulièrement des frappes aériennes, des bombardements, des démolitions de maisons et d’autres opérations militaires. Les résidents et les ambulanciers paramédicaux de Nabatieh ont déclaré que ces actions sont une réalité presque quotidienne dans leur district.

À l’hôpital, Fadel Sheet, un journaliste indépendant travaillant pour l’Association des ambulanciers de Nabatieh, a pointé du doigt un nuage de fumée montant d’une frappe aérienne israélienne sur Nabatieh Al Fawqa. « Nous y sommes habitués. Que pouvons-nous y faire ?« . Quelques semaines plus tôt, une autre frappe dans le même village avait tué quatre personnes. Parmi les victimes figuraient une directrice d’école, sa mère et deux employées de maison qui étaient allées visiter leur maison. L’armée israélienne a reconnu l’attaque, décrivant les quatre personnes comme s’approchant d’une “zone de sécurité” et affirmant que la frappe avait été menée pour “éliminer la menace” que posait ces quatre civils.

Depuis le 2 mars, plus de 4 300 personnes ont été tuées dans des attaques israéliennes, selon le ministère libanais de la Santé, dont plus de 250 enfants. Plus de 12 200 personnes ont été blessées.

Mahmoud Maoussa, un ambulancier de l’hôpital, a tiré sur sa cigarette et a pointé du doigt la fumée qui montait au loin. « Ils sont censés se retirer, mais on en pas l’impression »

Katrine Dige Houmøller

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

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