Avant, on disait qu’on ne savait pas à quoi ressemblerait 2050. Aujourd’hui, on dirait plutôt qu’on ne sait pas à quoi ressemblera 2030. − Jesus Enrique Rosas
Par James Howard Kunstler – Le 15 juin 2026 – Source Clusterfuck Nation

Vous devez vous dire que la réalité pousse le bouchon un peu loin avec le président qui ramène cette affaire iranienne — une guerre, en fait, avouons-le — à une issue favorable vers l’heure du dîner dimanche soir (bâillement), puis M. DJT se glissant directement sur son siège sur la pelouse de la Maison Blanche pour profiter de l’édition spéciale 80e anniversaire de Testosterone Gone Wild, c’est-à-dire une carte complète de sauvages couverts de tatouages se tabassant à la manière de l’UFC, comme si c’était le parking d’un Hooters un soir d’échange d’épouses… franchement, on ne peut pas faire plus surréaliste que ça.
Imaginez ce que doivent penser Victoria Nuland, Robert Reich, George Stephanopoulos, Elizabeth Warren et d’autres braves gens de ce genre. Le… (bafouillement) manque de tact de tout ça ! Un foutu accord de paix, et maintenant ce spectacle de bas étage d’ultra-violence ! Comme si leur monde tout entier s’était avéré être le coin le plus méchant, le plus bas et le plus sordide de l’univers Marvel Comics, où personne n’a jamais entendu parler du chardonnay. Que des hommes-singes se tabassent, se donnent des coups de pied, s’arrachent les yeux et se cognent la tête jusqu’à finir à moitié mort, c’est une chose… mais laisser filer l’occasion de poursuivre la guerre contre l’Iran avec ses avantages financiers pour les dix-neuf prochaines années… eh bien, voilà qui est un affront à tout ce qui est sacré dans les sous-sols de Foggy Bottom et les placards à balais de Langley. Au moment où vous lirez ces lignes lundi matin, les cris réclamant la destitution résonneront à travers le District de Columbia comme des appels à la prière dans le califat de Mamdani sur l’Hudson.
Vous obtiendrez certainement plus de détails sur l’accord avec l’Iran au fil de la journée de lundi, mais les termes ne semblent pas mauvais du tout pour la civilisation occidentale, d’après les premiers comptes rendus succincts des médias : Téhéran s’engage à ne jamais, en aucun cas, disposer de l’arme nucléaire. Ils autoriseront la destruction de leur stock d’uranium hautement enrichi. Le détroit d’Ormuz rouvrira rapidement, libre à la navigation internationale, sans péages, sans manigances de pirates. L’Iran ne financera plus de groupes terroristes par procuration. Cela s’adresse à vous, Hezbollah, Hamas, Houthis, et divers cadres de maniaques djihadistes « là-bas » dans les points chauds du monde.
À ce propos, M. Netanyahu a essuyé la colère du président plus tôt dimanche (une fois de plus) lorsqu’il a répondu par des frappes aériennes à une salve de roquettes du Hezbollah tirées depuis le Liban. Mais bon, tout le monde sait qu’Israël répond toujours et sans exception à chaque attaque contre lui, quoi qu’il arrive, car « Plus jamais ça ». Même M. Trump le sait, donc toute cette agitation n’était qu’une sorte de comédie. De toute évidence, le Hezbollah doit être impatient de faire capoter l’accord de paix, car sans la générosité continue de l’Iran, il ne saura pas d’où viendra son prochain repas, sans parler de sa prochaine livraison de missiles. Si l’Iran respecte réellement l’accord, le Hezbollah ne pourra plus compter sur aucun soutien. Il se peut qu’il n’y ait bientôt plus de Hezbollah. (Snif-snif.)
Ce qui soulève la préoccupation évidente suivante : l’Iran n’est pas réputé pour tenir parole avec le Grand Satan (nous). Tout porte à croire que cet accord tant vanté n’est qu’un nouvel épisode lamentable où ils nous mènent en bateau, se moquant de nous. Mais M. Trump a clairement indiqué qu’il se réservait la possibilité de faire rugir les bombardiers et de « jouer un tour » à la République islamique s’ils nous jouaient un tour eux-même.
De son côté, l’Iran se vante dans sa propre presse contrôlée par l’État d’avoir gagné la guerre. L’Iran peut dire tout ce qu’il veut — l’opinion mondiale ne se laissera probablement pas berner — si cela permet à ceux qui dirigent le pays de se sentir bien dans leur peau malgré leur défaite. Ce sont les actions de l’Iran qui compteront. Il y a une chance, peut-être faible, mais une chance tout de même, que l’Iran ait été persuadé de cesser ses folies.
Ils ont bel et bien l’occasion de mettre le djihad de côté, de vendre du pétrole et des pistaches au monde entier, et d’essayer d’être une nation normale pour changer. C’est beaucoup demander, j’en suis sûr, mais ils ont beaucoup à y gagner. S’ils faisaient réellement preuve d’un changement d’attitude sérieux, vous pouvez parier que M. Trump leur proposerait son aide pour mettre en place d’énormes investissements de capitaux dans le pays, permettre de nouvelles relations commerciales et les réintégrer dans un monde de nations souveraines sensées, aux intérêts ancrés dans la réalité. Il les a déjà invités à rejoindre les Accords d’Abraham, à établir des relations diplomatiques complètes avec les autres signataires, des ambassades, des vols directs, des échanges commerciaux, du tourisme et une coopération en matière de sécurité.
Attendons donc de voir si le protocole d’accord sera signé plus tard cette semaine. Au moment où j’écris ces lignes, le président s’envole pour Genève pour le G-7. Les autres parties à l’accord sont également en route. La rencontre en face à face entre le président américain et la personne que l’Iran enverra à la cérémonie sera un moment bien plus palpitant et historique que n’importe quel combat entre combattants de l’UFC sur la pelouse de la Maison Blanche.
En fait, je suis vraiment soulagé que ce spectacle extravagant soit terminé. Ce triomphalisme est déconcertant. Nous avons encore une guerre civile froide très grave à gérer ici, chez nous, et une crise nationale de santé mentale qui transforme la vie quotidienne aux États-Unis en un film d’horreur en temps réel d’un océan à l’autre. Le parti de « notre démocratie » s’efforce toujours avec acharnement de renverser la république, et les spectacles sportifs extravagants ne suffiront pas à y mettre un terme. Nous avons besoin de défilés de suspects et de procès… d’affaires sérieuses… d’un règlement de comptes sans concession avec nos propres monstres.
James Howard Kunstler
Pour lui, les choses sont claires, le monde actuel se termine et un nouveau arrive. Il ne dépend que de nous de le construire ou de le subir mais il faut d’abord faire notre deuil de ces pensées magiques qui font monter les statistiques jusqu’au ciel.
Traduit par Hervé, relu par Wayan, pour le Saker Francophone
