Le terminus unipolaire


Par Dmitry Orlov − Le 6 juin 2026 − Source Club Orlov

Photo : RIA Novosti/Sergei Bobylev

J’interromps notre programmation habituelle pour vous annoncer une bonne nouvelle : lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg, qui s’est achevé hier, Vladimir Poutine a fait une annonce importante — aussi importante que celle qu’il avait faite lors de la Conférence sur la sécurité de Munich il y a près de deux décennies, en 2007.


Lors de cette conférence à Munich, Poutine avait essentiellement déclaré ce qui suit :

  1. Le système de sécurité internationale alors en vigueur avait fait son temps ;
  2. Le droit international était en train d’être remplacé par un recours à la force de moins en moins efficace ;
  3. Le modèle unipolaire, où toutes les décisions sont dictées par un seul pays (les États-Unis), est dangereux, injuste et voué à l’échec.

L’un des participants avait répondu par une question sarcastique : « Qui est M. Poutine ? » L’auditoire, majoritairement occidental, avait réagi par quelques rires satisfaits. En effet, qui était-il pour leur dicter des conditions, à eux, les maîtres incontestés du monde ? À leurs yeux, la Russie n’était qu’un vestige de l’URSS, démembrée avec succès, elle-même vouée à être démembrée au profit des entreprises occidentales pour enrichir leurs actionnaires. Poutine n’était qu’un simple figurant bureaucratique, là pour montrer à quel point la Russie avait été domptée et neutralisée par l’Occident tout-puissant. « De quel droit osait-il pointer du doigt l’ordre mondial tout entier ? », se disaient-ils.

Ce qu’ils n’avaient pas compris, c’est que Poutine ne s’exprimait pas en tant qu’homme politique. Il faisait une prophétie. Il était et reste un homme d’État dont la vision aura façonné une bonne partie du XXIe siècle, tandis que les personnes présentes dans l’auditoire à Munich n’étaient que des mannequins pour banc d’essai en costumes chic, incapables de réaliser — comme les mannequins — qu’ils se dirigeaient vers un crash. Mais aujourd’hui, le crash est en train de se produire — au ralenti, pour l’instant, mais à un rythme qui s’accélère — et Poutine a souligné ses prophéties de Munich 2007, car elles se sont réalisées.

Pour faire valoir ce point, Poutine n’avait pas besoin de donner d’estimations ou d’opinions ; les faits bruts suffisaient :

  • Il n’y a plus de hiérarchie mondiale avec les États-Unis au sommet. Les BRICS représentent environ 40 % du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat ; le G7 en représente moins de 29 %. Ainsi, « le paradigme même du développement mondial est en train de changer ».
  • La croissance économique n’est plus l’apanage de l’Occident ; elle s’est déplacée vers de nouveaux pôles de développement dans le Sud, qui sont les nouveaux centres du commerce mondial.
  • Le commerce mondial n’est plus centré sur l’Occident. Les règlements s’effectuent en monnaies nationales. De nouveaux corridors de transport contournent les gardiens occidentaux.

Note du Saker Francophone

Depuis quelques temps, des gens indélicats retraduisent “mal” en anglais nos propres traductions sans l’autorisation de l’auteur qui vit de ses publications. Dmitry Orlov nous faisait l’amitié depuis toutes ses années de nous laisser publier les traductions françaises de ses articles, même ceux payant pour les anglophones. Dans ces nouvelles conditions, en accord avec l’auteur, on vous propose la 1ere partie de l’article ici. Vous pouvez lire la suite en français derrière ce lien en vous abonnant au site Boosty de Dmitry Orlov.

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Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateurs de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Il vient d’être réédité aux éditions Cultures & Racines.

Il vient aussi de publier son dernier livre, The Arctic Fox Cometh.

Traduit par Hervé, relu par Wayan, pour le Saker Francophone

Ainsi, l’Occident dans son ensemble perd du terrain dans l’économie mondiale et tente désormais un dernier effort désespéré pour recourir à la force, que ce soit dans l’ancienne RSS d’Ukraine ou dans le golfe Persique.

En 2007, Poutine a lancé un avertissement clair à l’Occident et lui a proposé de coopérer. L’Occident a rejeté son offre et en subit aujourd’hui les conséquences, exactement comme Poutine les avait décrites. Aujourd’hui, le message de Poutine est encore plus simple : c’est fini pour vous, le monde a changé, les anciennes règles ne s’appliquent plus. Le nouveau système mondial est celui de la Russie — un système de relations égales et multipolaires avec les autres partenaires mondiaux.

Qui sont ces partenaires ? Le SPIEF a réuni des représentants de 120 pays. Ils considèrent la Russie comme un partenaire essentiel, qui détient 80 % du portefeuille mondial de l’énergie nucléaire, dispose de loin de l’équipement militaire le plus avancé (éprouvé au combat dans l’ancienne RSS d’Ukraine) et est un exportateur majeur de denrées alimentaires, d’énergie, d’engrais, de minéraux et métaux stratégiques et bien d’autres choses encore.

Soit dit en passant, Poutine a mis fin aux efforts occidentaux visant à étouffer la croissance économique de la Russie par l’imposition de sanctions : il « ne voit aucune menace pour l’économie russe, ni aujourd’hui ni dans un avenir proche ». Le résultat de ces sanctions jusqu’à présent est que l’économie russe a progressé de 10 %, tandis que les économies européennes ont connu une croissance inférieure de plus de moitié à ce chiffre tout en subissant des dommages économiques se chiffrant en milliers de milliards d’euros, ce qui rappelle le terme de « but contre son camp » utilisé dans le football.

Enfin, Poutine a exprimé sans équivoque son opinion sur les perspectives de pourparlers de paix avec le régime de Kiev ou avec ses conseillers de plus en plus frustrés et désorientés à Washington ou à Bruxelles :

Camarades soldats et marins ! Camarades sous-officiers et adjudants ! Camarades officiers, amiraux et généraux ! Tout le pays compte sur vous, tout le pays est fier de vous et place ses espoirs en vous. Continuez à travailler, mes frères !

(Applaudissements.)

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