Par Moon of Alabama – Le 14 mars 2026
L’Arabie saoudite tente d’éviter les dommages causés par la guerre contre l’Iran en détournant ses exportations de pétrole du golfe Persique vers la mer Rouge via son oléoduc Est-Ouest. Ce plan échouera tant que ce pays participera à cette guerre.
Au cours des années 1980, les dirigeants de l’Arabie saoudite craignaient qu’une autre guerre entre l’Iran et l’Irak ne ferme le détroit d’Hormuz. En temps normal, l’Arabie saoudite exportait entre 6 et 8 millions de barils de pétrole brut par jour via ses ports du golfe Persique. La fermeture du détroit aurait menacé toutes ses capacités d’exportation de pétrole brut.

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Un réseau de pipelines a été construit pour permettre de rediriger le brut, de la côte est saoudienne située dans le golfe Persique vers sa côte ouest située sur la mer Rouge. Ce système se compose de deux chaînes – l’une pour le brut, l’autre pour les liquides de gaz naturel. La capacité de l’oléoduc est d’environ 5 millions de barils par jour pour le pétrole brut, plus 2 millions de barils supplémentaires si le gazoduc est converti en oléoduc et utilisé également.
Le pipeline Est-Ouest, également connu sous le nom de pétroline, se termine à la ville portuaire de Yanbu, dans la mer rouge, où plusieurs raffineries convertissent une partie du brut en produits utilisés localement. La capacité d’exportation de pétrole brut de Yanbu est estimée entre 3 et 5 millions de barils par jour.
En raison de la récente guerre USraelienne contre l’Iran, le détroit d’Hormuz a été fermé. L’Arabie saoudite a immédiatement réagi en détournant le brut de ses ports de l’est par le pipeline Est-Ouest vers Yanbu.
L’Arabie saoudite aurait réduit environ 2,0 à 2,5 millions de barils par jour de production offshore, y compris la production des champs de Safaniya, Marjan, Zuluf et Abu Safa, représentant environ 20% de la production nationale.
L’Arabie saoudite a pivoté les volumes légers arabes, de 7 millions de barils par jour vers la Petroline, poussant les exportations partant de Yanbu à environ 2,47 millions de barils par jour, soit une augmentation de 330% par rapport aux niveaux d’avant la crise.
Ce changement est maintenant visible dans le comportement de la flotte. Vingt-sept VLCC se dirigent actuellement vers Yanbu, contre 18 navires pour Djeddah et trois chacun pour Jizan, Duba et Rabigh. Cette concentration indique que Yanbu sert désormais de principal débouché pour le brut livré et devient la principale solution de contournement des exportations de l’Arabie Saoudite vers la mer Rouge.
Remarquez (en bleu) les Very Large Crude Carriers (VLCC) sur la carte en provenance d’Asie, passant par la mer d’Oman, le long du golfe d’Aden, par l’étroit passage du détroit de Bab el-Mandeb et dans la mer Rouge. Il s’agit d’une route à sens unique car les VLCC sont trop grands pour passer par le canal de Suez dans le coin nord-ouest (en haut à gauche) de la carte. Ces navires devront revenir par la même route qui les a mené à Yanbu.
Les dirigeants saoudiens ont bien réussi à détourner le pétrole des installations d’exportation de l’Est vers l’Ouest. Cette décision aurait été gagnante si la fermeture d’Hormuz avait été causée par une guerre entre l’Iran et l’Irak.
Cette guerre a cependant été lancée par les États-Unis et Israël et, en tant que vassal des États-Unis, l’Arabie saoudite en fait partie. Ses aéroports et son espace aérien sont utilisés pour alimenter les avions américains qui bombardent l’Iran. La nuit dernière, cinq avions de ravitaillement de l’Armée de l’air américaine ont été touchés et endommagés au sol à la base aérienne Prince Sultan en Arabie saoudite.
L’Iran a des alliés qui l’ont aidé à étendre la guerre à toute la région. Les milices chiites en Irak ont attaqué des bases américaines locales. Le Hezbollah au Liban détourne les forces israéliennes en les entraînant dans un combat local. Ensuite, il y a Ansar Islam, alias les Houthis du Yémen qui se disent prêts à rejoindre bientôt la lutte aux côtés de l’Iran :
Mohammed al-Bukhaiti, haut responsable houthi, a déclaré que le groupe avait décidé de se tenir militairement aux côtés de l’Iran et annoncerait « l’heure zéro » (début de l’action) au moment opportun.
Entre 2015 et 2022, les Saoudiens ont mené et perdu une guerre contre les Houthis du Yémen. Pendant cette guerre, en mai 2019, le pipeline saoudien Est-Ouest avait été touché :
Les Houthis, qui sont en guerre avec l’Arabie saoudite, ont déclaré plus tôt mardi qu’ils avaient lancé sept drones ciblant des installations saoudiennes vitales, sans plus de précisions. Ils ont par la suite revendiqué la responsabilité de l’attaque du pipeline dans des commentaires diffusés par le porte-parole militaire houthi, le général de brigade Yahya Sari.
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Les Saoudiens n’ont pas immédiatement attribué la responsabilité des attaques de drones, qui visaient deux stations de pompage de pétrole à l’ouest de la capitale alimentant l’oléoduc qui relie l’est de l’Arabie saoudite au port de Yanbu sur sa côte ouest.
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Saudi Aramco, la compagnie pétrolière contrôlée par le gouvernement, a déclaré qu’à titre de précaution, elle avait temporairement fermé l’oléoduc Est-Ouest et maîtrisé un incendie, qui avait causé des dommages mineurs à une station de pompage.
En octobre 2023, par solidarité avec la population de Gaza attaquée par Israël, les Houthis ont fermé Bab el-Mandeb et la mer Rouge à tout trafic aligné aux États-Unis/Israël. La marine américaine a tenté pendant plusieurs mois de rouvrir la mer Rouge mais a échoué. En octobre 2025, après le cessez-le-feu à Gaza, les Houthis ont levé leur blocus de la mer Rouge.
Maintenant, le président américain Donald Trump rêve de navires de guerre chinois pour l’aider à rouvrir le détroit d’Hormuz. Ceci alors que l’Iran envisage, avec l’aide des Houthis, de fermer de nouveau Bab el-Mandeb et de bloquer le trafic de la mer Rouge :
Les décideurs iraniens indiquent que les Américains semblent ne pas comprendre que, pour l’Iran, il s’agit d’une guerre existentielle. Dans un tel contexte, rien n’est considéré comme trop précieux pour être sacrifié.
Avec l’approbation du nouveau dirigeant, Sayyed Mojataba Khamenei, il a été convenu que si les Etats-Unis frappent ou envahissent des installations iraniennes, Téhéran est prêt à faire dégénérer la situation de façon spectaculaire.
Les réponses approuvées possibles comprennent:
- La fermeture de Bab el Mandeb et des attaques contre les ports de la mer Rouge exportant du pétrole, élargissant la guerre à une route maritime mondiale vitale.
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La décision saoudienne de détourner les exportations de pétrole brut du golfe Persique vers la mer Rouge via le pipeline Est-Ouest était intelligente et opportune. Mais cela n’aidera pas tant que les Saoudiens feront partie du camp USraeli dans la guerre contre l’Iran.
Il a déjà été prouvé que le pipeline Est-Ouest était vulnérable aux attaques de drones lancées depuis l’Iran ou les parties du Yémen contrôlées par les Houthis. Le débouché d’exportation saoudien de la mer Rouge à Yanbu sera coupé de la majeure partie du trafic mondial lorsque les Houthis décideront de fermer à nouveau la mer Rouge et d’arrêter le trafic via Bab el Mandeb.
Les exportations saoudiennes seront alors limitées aux pétroliers pouvant passer par le canal de Suez qui pourront atteindre Yanbu sans passer par le Yémen. Tout VLCC se déplaçant actuellement dans la mer de Read pour charger à Yanbu sera effectivement piégé.
Moon of Alabama
Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.
