Quand les gouvernements trichent


L’Italie pendant la Seconde Guerre mondiale


Par Ugo Bardi – Le 17 juillet 2017 – Source CassandraLegacy


Benito Mussolini, le leader italien pendant plus de 20 ans a connu une fin ignominieuse en 1945. C’est une histoire qui peut illustrer ce que j’ai appelé le «  Dilemme du campeur » ou comment la tromperie peut être une stratégie opérationnelle pour les gouvernements et pour les élites.

La façon dont vous réagissez à une menace dépend du sérieux avec lequel vous la considérez. Les menaces petites ou modérées ne méritent pas une réaction forte, tandis que les menaces « existentielles » extrêmes engendrent des mesures d’urgence. Dans l’intervalle, il existe une zone de menace intermédiaire où vous pouvez penser que c’est une bonne idée de vous sauver en trichant. C’est ce que j’ai appelé le « dilemme du campeur ». Imaginez deux campeurs dans une forêt habitée par des ours affamés. Une stratégie de survie possible pour chacun d’entre eux est de tricher, de convaincre l’autre qu’il n’y a pas d’ours et ensuite de disparaître tranquillement, le laissant se faire dévorer.

Lorsque vous avez un modèle qui vous convient bien, le risque est de le considérer comme un marteau et de voir tout le reste comme un clou. Mais je pense que le « dilemme du campeur » peut nous dire quelque chose sur ce qui se passe dans le monde. Nous savons tous que nous sommes trompés par nos gouvernements, mais peut-être que l’ampleur de la triche en cours échappe encore à la plupart d’entre nous. Donc, à titre d’exemple, revenons sur ce qui s’est passé en Italie pendant la seconde guerre mondiale, lorsque les élites militaires ont abandonné l’armée et le pays pour se sauver.

Nous savons tous comment le gouvernement de Mussolini a commis un certain nombre de fautes stratégiques vraiment gigantesques, engageant le pays simultanément contre trois des plus grandes puissances militaires de l’époque : la Grande-Bretagne, les États-Unis et l’Union soviétique. Comment a-t-on pu penser que c’était une bonne idée ? C’est déconcertant pour nous, mais, évidemment, Mussolini a sous-estimé la menace à laquelle le pays devait faire face. Il semble avoir pensé que l’esprit de combat supérieur des soldats italiens donnerait la victoire à l’Italie malgré son infériorité en termes de ressources.

La réalité a fait peu de cas de cette illusion lorsque l’Armée rouge a vaincu et a détruit le corps expéditionnaire italien en Russie, quelque 250 000 hommes, dans une campagne qui a duré quelques mois, de la fin de 1942 au début de 1943. Ce fut un coup terrible pour l’Italie. Il a montré que, quel que soit l’esprit de combat des soldats italiens, l’armée italienne ne pouvait pas faire face aux ennemis plus nombreux et mieux équipés auxquels elle était confrontée.

J’ai déjà discuté de la défaite des forces italiennes en Russie dans un article précédent, notant que les Italiens n’avaient rien su de leur gouvernement sur la véritable ampleur de la catastrophe. Mais allons-y un peu plus profondément en la matière, ici. Tout d’abord, les élites du pays avaient accès à toutes les informations nécessaires pour comprendre que la guerre était perdue. Mais il y avait une différence assez peu subtile entre ce que Mussolini et ses disciples pensaient et ce que pensaient les autres personnes au sommet, y compris le roi d’Italie. Mussolini espérait encore un miracle, peut-être venu des « armes de vengeance » que les Allemands développaient. Le roi et ses généraux, au contraire, essayaient principalement de se sauver en trouvant un accord avec les alliés avant qu’il ne soit trop tard. Les deux factions, cependant, ont eu besoin de garder le pays en guerre, au moins pendant un certain temps.

Ainsi, la presse italienne a continué de mentir aux Italiens alors que des négociations secrètes étaient en cours entre le roi et les Alliés. Les choses sont arrivées à leurs oreilles le 8 septembre 1943, lorsque Mussolini a été déposé et arrêté lorsqu’un armistice a été signé qui stipulait la capitulation de l’Italie. Ensuite, le roi et son entourage ont fui la capitale pour trouver protection auprès des Alliés. L’armée italienne s’est effondrée en quelques jours, laissée sans ordre et sans soutien, pour être « mangée par l’ours », c’est-à-dire par les troupes allemandes en Italie. La dernière stratégie de défense que Mussolini a essayé, plus tard, n’avait aucun espoir de réussite.

Ces événements illustrent parfaitement comment les élites peuvent tromper les gens afin de sauver leur peau. Et, dans ce cas, ils réussirent magnifiquement. Jusqu’au dernier moment, les gens en Italie se disaient que l’esprit de combat des troupes italiennes était élevé, que les ennemis subissaient de lourdes pertes, que la victoire était inévitable parce que les ploutocraties anglo-saxonnes décadentes ne pourraient plus continuer à se battre bien longtemps. Ensuite, en quelques jours, il n’y avait plus d’armée et l’Italie s’était rendue. Le meilleur de la triche.
1.

Il semble y avoir une observation générale selon laquelle, face à une grave menace, les élites d’un pays peuvent penser que la meilleure stratégie pour elles est de tromper les gens et de se sauver. Dans la situation actuelle, la menace du réchauffement climatique semble conduire certaines élites à faire exactement cela. Ils nient la menace en même temps qu’ils manœuvrent pour se sauver en se déplaçant sur des terrains plus élevés et en équipant leurs maisons avec de la climatisation. Tout est bon pour eux, le reste de la population peut se noyer ou rôtir.

Mais, à mesure que la menace des changements climatiques devient plus claire, les élites pourraient découvrir que personne ne peut survivre dans une planète inhabitable. Ensuite, ils pourraient finalement décider d’essayer de faire quelque chose pour sauvegarder l’écosystème dont nous dépendons tous.

Malheureusement, lorsque cela arrivera, il se peut qu’il soit trop tard.

Ugo Bardi

Note du Saker Francophone

Le raisonnement est impeccable et vous avez bien sûr le droit de remplacer « réchauffement climatique » par tout autre coup fourré qui vous passerait par la tête... Mon ennemi c'est la finance. Il semblerait même que le pape du réchauffement climatique ait quelques problèmes a convaincre ses ouailles...

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

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  1. Il existe d’autres cas similaires dans l’histoire. Pendant la guerre, en Allemagne, il y a eu des tentatives pour tuer Hitler, qui ont échoué. Même en Union soviétique, en 1942, Staline a émis « l’ordre 227 » (« pas un pas en arrière ») afin de rétablir la discipline dans l’armée soviétique. Dans les temps anciens, nous pouvons citer le cas du royaume de Naples envahi par les Piémontais en 1860, lorsque plusieurs généraux napolitains ont fait défection pour l’autre camp. Il existe de nombreux autres cas qui montrent que la stratégie de la tromperie ne fonctionne pas toujours, mais elle existe