Phil Butler – Agents de Poutine


Par Wayan – le 10 février 2018 – Le Saker Francophone

1st Cover Butler 3_2BALes éditions Apopsix viennent de publier la version française du dernier livre de Phil Butler, « Agents de Poutine ».

Phil Butler est un auteur que nous connaissons bien au Saker Francophone puisque nous avons déjà traduit quatorze de ses articles.

Dans ce livre au titre provocateur, Butler nous propose de faire connaissance avec les fameux « trolls du Kremlin » ; « agents de Poutine » ou autres « rouges/bruns pro-russes » qui deviennent de plus en plus la bête noire des journalistes ou autres « experts » médiatiques politiquement corrects, mais moralement incorrects, des médias grand public.

Et la meilleur façon de bien connaître ces « empêcheurs de mentir en rond » est de leur laisser la parole. Ce livre est donc un recueil de textes de présentation autobiographique de typiques « trolls du Kremlin » déjà bien connus ou restés complètement dans l’ombre de l’anonymat, mais particulièrement actifs dans la sphère des réseaux sociaux, twitter en particulier, ou des blogs de contre-information. L’auteur commence donc par se présenter lui-même, puis va nous présenter l’un des plus réputés analystes ouvertement pro-russes, puisque russe lui-même, Andrei « The Saker » et continuer avec des acteurs plus ou moins connus mais non moins actifs comme Marcel Sardo, Patrick Armstrong, Graham Phillips, Marilyn Justice, Holger Eekhof, Chris Doyle, CODP Astronaute, Carmen Renieri ou Vanessa Beeley…

L’unité qui ressort de ce grand mélange de personnalités, de destinées et de situations personnelles est la lutte pour la vérité et la justice, face aux mensonges, à la propagande et à l’iniquité de pays qui ont, en plus, le culot de s’autoproclamer grands défenseurs des droits de l’homme, de la loi et de la liberté de la presse. Bien sûr, mais ça va mieux en le disant haut et fort, la majorité d’entre eux n’ont jamais mis les pieds à Saint-Pétersbourg, et encore moins dans « l’usine à trolls de Poutine » ni même reçu le moindre rouble de leur vie.

C’est donc un livre à lire pour se nourrir de l’expérience des ces résistants du XXIe siècle, balayer les derniers doutes à ce sujet, même si nos lecteurs n’en ont plus guère je pense, et surtout un livre à offrir à ceux qui ont encore du mal à ouvrir les yeux sur la triste réalité qu’est devenue la « démocratie occidentale ». Son titre, un brin provocateur, devrait attirer le genre de personnes ayant encore au fond d’eux la pensée racine que, décidément, on ne pourra jamais faire confiance à ces sales « Russkofs » ou que Poutine est un salaud de dictateur. Écouter parler ces fameux « pro-Poutine » pourrait bien leur ouvrir l’esprit sur un monde qu’ils ne soupçonnent même pas.

Traditionnellement, nous offrons à nos lecteurs une interview de l’auteur des livres que nous vous présentons. Mais ce livre n’étant qu’une série d’interviews, nous allons donc plutôt vous présenter une série d’extraits de ces interviews.

Et pour commencer, la virulente préface de Pepe Escobar  qui vous mettra tout de suite dans l’ambiance :

« J’ai toujours eu du mal à supporter les idiots, les simplets et les débiles légers. Quand vous avez roulé votre bosse dans le monde entier comme correspondant étranger pendant plus de trente ans, vous pensez que vous avez traversé tous les marécages possibles. Mais non, vous n’avez pas vu ce marais hystérique dans lequel on vous accuse vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept d’être un agent de Poutine. Donc, me voilà… J’étais un agent de Poutine avant même que la Russie ne sorte du permafrost et oui, je resterai un agent de Poutine même après être retombé en poussière.

Allez, vous faire voir ! »

Plus calme, Phil Butler dans son auto présentation :

« Quant à mes propres motivations, ce qui m’a fait devenir un ‘Troll du Kremlin’, la plupart des lecteurs vont les deviner aisément. Il ne se passe pas un jour sans que je repense aux insultes de la cour de récréation. Des images fortes de piques et d’accusations sont gravées dans ma mémoire. Ces brutes et ces grincheux qui voulaient avoir le dessus sur nous tous rôdent aux limites de ma mémoire. Comme les gens bien parmi nous se sont mis à les haïr, les brutes du monde. Comment aucun d’entre nous aurait pu alors deviner que notre pays deviendrait le tyran du monde ? »

Sur les motivations de ces « guerriers de la lumière » :

« Ces souvenirs me font mieux comprendre pourquoi certains combattent la bassesse des récits convenus d’aujourd’hui. Après tout, ne nous a-t-on pas appris à reconnaître le bien et le mal et à essayer de faire le bien ? N’est-ce pas pour cela que nous applaudissons et que nous pleurons aux mêmes moments des films ? Nous lisons et observons continuellement les mêmes drames, non ? Est-ce que nous ne méprisons pas les mêmes méchants et n’adorons-nous pas les mêmes héros ? Ce sont ces questions fondamentales et les idéaux qui les sous-tendent qui me guident. Quels que soient les motifs de notre dévouement à Poutine, la communauté d’approche que vous trouverez là est claire comme le brillant de l’or et solide comme le titane. Les justes méprisent les brutes et les tricheurs et tous ceux qui sont décrits dans ce livre en ont vraiment marre. »

The Saker :

« Par ma naissance, mon éducation et mon expérience j’avais vraiment tout pour haïr Poutine. Je suis né dans une famille de ‘Russes blancs’ dont l’anti-communisme était total et viscéral… Au contraire de tant d’activistes anti-soviétiques qui étaient aussi russophobes, je n’ai jamais assimilé mon peuple au régime qui l’a oppressé. Donc, alors que je me réjouissais de la fin d’une horreur, j’étais consterné de voir qu’une autre avait pris sa place. Mais le pire est qu’il était évident que l’Occident jouait un rôle actif dans toutes les formes d’action anti-russes, de la protection des truands russes au soutien des insurgés wahhabites de Tchétchénie en passant par le financement de la machine de propagande qui essayait de transformer les citoyens russes en consommateurs décérébrés et la présence de ‘conseillers’ étrangers jusque dans les ministères clés (eh oui !). Les oligarques pillaient la Russie, causant d’énormes souffrances, et l’Occident dans son ensemble, le soi-disant ‘monde libre’, non seulement n’a rien fait pour l’empêcher, mais a aidé les ennemis de la Russie par tous les moyens à sa disposition. »

Le Suisse et producteur multi médias Marcel Sardo,  présenté dans les médias suisses comme le « sniper des médias » de Poutine :

« J’ai été témoin du déclenchement et de l’escalade de Maïdan assis à mon bureau de Zurich en regardant les images en ligne de la place sur des écrans secondaires, tout en travaillant. Comme je connaissais bien les liens historiques et socio-économiques qui lient l’Ukraine et la Russie depuis des centaines d’années, mon inquiétude concernant ce ‘soulèvement’ augmentait de jour en jour, surtout quand les premiers hommes politiques occidentaux ont commencé à s’exhiber sur le Maïdan en débitant leurs inepties habituelles à propos des ‘valeurs occidentales’, de la ‘liberté et de la démocratie’ et des ‘droits de l’homme’. Toute personne qui a observé les événements géopolitiques des 25 ou 30 dernières années les yeux ouverts et avec impartialité sait très bien que ces mots creux sont des codes de langage qui, un jour ou l’autre, déclenchent de tragiques effusions de sang. Qui parmi nous peut oublier les ‘bombardements humanitaires’ de la Yougoslavie, la ‘libération de l’Irak’ d’un ‘dictateur brutal’ et le bonheur éternel, la liberté et la prospérité qui se sont ensuite abattus sur la population irakienne ? Sans parler bien sûr du summum du succès, la construction d’une nation nouvelle en Libye après l’imposition d’une ‘zone d’exclusion aérienne’ sur le pays qui s’est changée par magie en ‘zone de survol exclusif par l’Otan’, qui est une leçon d’exportation de la démocratie pour tous. »

Patrick Armstrong, analyste géopolitique canadien :

« Et la grande chance d’intégrer la Russie au cercle des vainqueurs a été mise de côté. J’ai longtemps pensé que ce n’était que stupidité et ignorance. Je savais que les ennemis implacables étaient là, Brzezinski et la cohorte des centres de ‘réflexion’ (il y a sur mon site web une longue liste de citations anti-Russie que j’ai rassemblées au fil des années), mais j’ai grandement sous-estimé leur persévérance. On peut discuter avec les gens stupides ou ignorants (ou au moins essayer). Mais vous ne pouvez pas discuter avec les russophobes :

  • La Russie veut reconquérir son empire, c’est pourquoi elle a envahi la Géorgie.
  • Mais elle n’y est pas restée n’est-ce pas ?
  • Non, c’est parce qu’on l’en a empêché.
  • Poutine tue des journalistes.
  • Nommez-en un.
  • Mais si, vous savez, quel est son nom… ?
  • Il y a eu des exercices provocateurs aux frontières de l’Otan.
  • Mais l’Otan ne cesse de se rapprocher des frontières russes.
  • Ce n’est pas une raison, l’Otan est pacifique.
  • Poutine est le voleur le plus riche du monde.
  • Qui le dit ?
  • Tout le monde le dit.
  • Poutine a piraté les élections américaines.
  • Comment ?
  • D’une manière ou d’une autre. »

Une grand-mère anglaise œuvrant sous le pseudonyme twitter de Malinka :

« Comme j’ai beaucoup d’amis en Russie et que je vais là-bas tous les ans, j’avais aussi des sources directes de nouvelles et les réactions de Russes aux événements. J’ai donc recherché les informations des différentes sources disponibles pour me faire ma propre opinion. C’est comme cela que je suis devenue une sorte d’aficionada de Twitter. Je n’ai pas mis longtemps à comprendre que les médias anglais (et les médias dominants occidentaux en général) propageaient leur propre récit convenu russophobe, ces mêmes journalistes pour qui j’avais jusque-là beaucoup de respect étaient tendancieux et déformaient souvent les faits pour les faire correspondre à leur point de vue. Si bien que je me suis mise à consulter des sources anti et pro-Russie sur les mêmes sujets, dans les moindres détails, ce que je fais toujours, avant de rédiger mes messages Twitter. Mon compte a été bloqué par beaucoup d’officiels et de journaleux simplement parce que je posais des questions ou que je les mettais en cause avec des faits puisés dans des médias occidentaux (pour éviter d’être accusée de citer des sources russes ce qui, pour eux, est équivalent à de la propagande). Ce qui ne m’a pas empêchée de figurer, comme vous le savez sur la liste des grands ‘Trolls du Kremlin’. »

Holger Eekhof , journaliste allemand :

« Les ‘Trolls du Kremlin’ n’ont jamais été motivés par Poutine ou la Russie, mais par la bêtise de l’Occident et le mal qui en découle. »

Vanessa Beeley, journaliste ayant enquêté et démasqué le montage médiatique autour des Casques Blancs syriens :

« On nous ment chaque jour, si ce n’est chaque heure. Le pouvoir de l’appareil qui produit ces mensonges dans les médias alignés sur les états, les ONG, les ‘think tanks’ et les institutions qui leurs sont associés est immense et ils ont maintenant envahi les réseaux sociaux. Depuis des dizaines d’années nous sommes soumis à un processus insidieux et destructeur, une procédure connue de torture de la CIA, dont le but est d’user notre confiance dans notre propre capacité à juger les situations et à séparer les faits de la fiction. Mon désir de briser ce paradigme de mensonges et de manipulation est sans doute ma motivation première. »

Vera Van Horne, une russo-ukrainienne vivant au Canada :

« Quand à devenir un ‘Troll du Kremlin’, comme d’autres l’ont déjà dit, c’est très facile, tout ce que vous avez à faire c’est commencer à dire la vérité. »

Christoph Heer, un professeur de piano vivant en Suisse :

« Je n’ai pas cherché la bagarre, mais quand j’ai réalisé à quel point les médias dominants mentent, j’ai accepté la bagarre sans réserve. Il est de mon devoir de lutter contre le mensonge. »

Paul Payer, ancien capitaine de l’armée américaine :

« Les guerres racistes, impérialistes ou économiques qui étaient auparavant l’apanage des fascistes et des communistes, sont maintenant menées par nos ‘néocons’ américains, qu’ils soient de droite ou de gauche, au nom de la paix et de la tolérance alors qu’ils entretiennent et utilisent les meurtriers brutaux d’organisations comme ISIS. En regardant la vidéo des conséquences du massacre d’Odessa, les viols, les exécutions et les enfants brûlés vifs, contre de telles atrocités sans cœur, je ne vais JAMAIS reculer. Cette destruction de la République américaine et le déchaînement d’une telle brutalité sur le monde ne peux pas être supporté. C’est pourquoi je suis devenu un ‘Troll de Poutine’. »

Et enfin, pour terminer le tour de ce groupe éclectique mais très motivé, le colonel Stanislav Stankevich, ancien commando des forces spéciales de l’armée russe, ami de Phil Butler :

« Quand je compare la façon dont les élections ont lieu aux États-Unis et en Russie, les revendications inimaginables et hypocrites que le parti perdant présente au nouveau président américain et ce qui se passe chez nous, je comprends qu’en une trentaine d’années, la Russie est devenue le leader des libertés démocratiques laissant les États-Unis loin derrière. Et toute l’hystérie des médias et des dirigeants occidentaux ressemble aux récriminations d’un écolier offensé de ne plus pouvoir être considéré comme le premier de sa classe. J’aimerai que cet écolier analyse la situation et se hisse au niveau de ses camarades les meilleurs au lieu de venir en classe avec un calibre .38 et de tirer sur les élèves et les professeurs. »

Nous reviendrons a Phil Butler pour un extrait de sa conclusion :

« Avec l’aide d’un vieux blogueur de technologie devenu politique et quelques centaines de fanatiques déçus par le faux ‘Rêve américain’, un petit groupe d’illustres inconnus a amené les Allemands à créer un ‘ministère de la Vérité’, a poussé l’Union européenne à voter une loi ‘anti-propagande’ et la classe dirigeante américaine à hurler ‘au fou’ par l’intermédiaire de leur machine médiatique. Oui, la voix des ‘Trolls du Kremlin’ est devenue le pire cauchemar du Nouvel Ordre Mondial. »

Et nous, la minuscule et totalement bénévole équipe du Saker Francophone, profitons de l’occasion pour dire notre fierté de faire partie de ce petit groupe d’illustres inconnus, en tendant notre perche francophone à la rescousse de cette vérité noyée dans la manipulation médiatique.

Et cela, évidemment, sans la moindre aide, et encore moins aux ordres, de Poutine ou du gouvernement russe.

Wayan

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