Massacre à Gaza


Par John Wight – Le 3 avril 2018 – Source Sputnik

L’État d’Israël est un État voyou – c’est une vérité que personne ne peut plus nier, sauf ceux qui croient que l’occupation illégale ; les colonies illégales ; l’apartheid ; le vol de ressources ; les punitions collectives ; le siège et les massacres réguliers sont les actions légitimes d’un État qui se proclame la seule démocratie au Moyen-Orient.

Le dernier massacre commis par les soldats des Forces de défense israélienne (FDI), « l’armée la plus morale du monde », a eu lieu le 30 mars au début de la Pâque, la fête la plus sacrée du calendrier juif. Il a fait 18 morts parmi des civils palestiniens sans armes et, selon certaines informations, jusqu’à 1700 blessés.

En réponse au massacre, Gideon Levy a écrit dans le journal israélien Haaretz, que cela « montre une fois de plus que l’assassinat des Palestiniens est mieux accepté en Israël que l’assassinat de moustiques ».

Le statut d’exception qui a longtemps été accordé à Israël doit prendre fin, sinon le mot « humain » devra être supprimé à tout jamais du vocabulaire international. Les gouvernements occidentaux – qui laissent Israël opprimer un peuple dont le seul crime est d’oser exister sur des terres que le gouvernement d’un autre peuple convoite, un gouvernement qui croit dur comme fer que les crimes odieux commis contre son propre peuple dans des époques antérieures, notamment pendant le terrible Holocauste lui donnent le droit de tuer et d’exproprier en toute impunité – ont aussi du sang palestinien sur les mains.

Devant l’ampleur de ce dernier massacre – sans parler de son impudence inouïe – nous devons nous  demander s’il y a des limites à la turpitude morale de cet État brutal d’apartheid et de ses partisans en Occident ?

Pensez à la manière dont la BBC, ce pilier autoproclamé de l’information objective et non biaisée a appelé ce massacre de sang-froid dans le titre d’un article de son site. Elle a parlé d’« affrontements » entre les troupes israéliennes et les manifestants palestiniens.

Une telle déformation délibérée de la réalité lorsqu’il s’agit des Palestiniens a pour but de faire croire que l’on a affaire à deux camps de force égale dans un conflit insoluble. La vérité, la vraie vérité, est pourtant évidente. Nous avons affaire à un peuple opprimé, le peuple palestinien, qui souffre sous la férule d’un oppresseur brutal, l’État d’Israël.

Les paroles que l’intellectuel palestinien Edward Said, a prononcées dans une interview avec le Jewish Quarterly à Londres en 1997 ont une résonance sinistre : « Le plus extraordinaire, c’est que les Israéliens appliquent contre les Palestiniens les mêmes mesures d’apartheid [que l’Afrique du sud] et leur font subir le même traitement que les États-Unis ont infligé aux Amérindiens. Mettez-les dans des réserves ou exterminez-les… et alors le problème sera résolu. »

L’analogie entre le sort des Amérindiens aux mains des colons européens blancs aux XVIIIe et XIXe siècles et la politique d’Israël à l’égard des Palestiniens depuis la création de l’État en 1948 est convaincante. Il s’agit de diaboliser et de déshumaniser un peuple colonisé pour justifier l’expropriation de ses terres, de ses ressources, de ses maisons et finalement les exterminer en toute impunité.

Pour excuser les mauvais traitements qu’Israël fait subir aux Palestiniens de Gaza, on invoque constamment le spectre du Hamas, comme si le Hamas, avec ses roquettes artisanales, pouvait constituer la moindre menace à l’existence de l’État le plus avancé et le plus puissant de la région, un état doté d’armes nucléaires. Le Hamas, en réalité, est un produit de l’occupation, la triste conséquence d’années passées à nier la légitimité du Fatah et de l’OLP dirigés par Yasser Arafat.

Aucun gouvernement israélien, passé ou présent, n’a jamais eu de véritable intention de reconnaître quoi que ce soit qui s’approche d’un État palestinien vraiment indépendant, c’est pourquoi ces gouvernements ont mené une politique d’expansion tout en dressant des obstacles sur la voie de l’autodétermination palestinienne, au lieu d’œuvrer à transformer ce qui est devenu un espoir vain en une quelconque réalité.

Comme il l’a clairement dit dans une interview à Al Jazeera en 2013, Ilan Pappe, historien et universitaire israélien, n’a aucun doute que l’objectif d’Israël a toujours été de s’emparer du « plus de Palestine possible avec le moins de Palestiniens possible » mais que « ses objectifs n’ont pas encore pu été atteints en raison de la détermination de la lutte palestinienne ».

Dans le sillage du massacre scandaleux et insensé des civils de Gaza, qui mérite d’être comparé à Sharpeville en Afrique du Sud en 1960 et au Bloody Sunday de Derry en 1972, les tactiques d’évitement se sont mises en place  et, comme toujours lorsqu’il s’agit de la brutale oppression du peuple palestinien par Israël, on a déployé tous les écrans de fumée possibles et imaginables pour défendre l’indéfendable.

La technique de diffamer les opposants à cette brutalité en les traitant d’antisémites, qui actuellement au Royaume-Uni a pris les dimensions d’une véritable chasse aux sorcières contre le dirigeant travailliste Jeremy Corbyn, a fait long feu. Ce n’est pas le caractère juif d’Israël qui est critiqué, c’est son caractère d’apartheid. Et tout comme l’Afrique du Sud n’avait pas le droit d’exister en tant qu’État d’apartheid pendant les jours sombres de son histoire raciste, Israël n’a pas non plus le droit d’exister en tant que tel aujourd’hui.

Pour finir, si vous me le permettez, je voudrais dire un mot aux soldats des Forces de défense israéliennes qui ont tiré sur des civils palestiniens sans armes et qui, ensuite, sont probablement retournés chez eux, satisfaits d’avoir accompli leur devoir.

Je veux leur dire que ce n’est pas la vengeance que le monde cherche, mais la justice – et la justice pour les Palestiniens ne viendra que lorsque le mur d’injustice que vous avez construit autour de votre propre humanité tombera. Mettez fin au siège de Gaza, démolissez le mur d’apartheid, supprimez les barrages et libérez tous ceux que vous avez emprisonnés pendant toutes ces années, pour vous libérer vous-mêmes, ce qui est tout aussi important.

Car quel que soit le nombre de chars, d’avions de guerre et de missiles que vous possédez dans votre vaste arsenal d’armes, le refus de ce peuple misérable et persécuté de disparaître dans la nuit de l’histoire vous affaiblit. Il vous rappelle inconfortablement que, chaque soir, lorsque vous retrouvez votre famille après avoir fait votre devoir, vous êtes un peu moins humain que la veille.

Vous êtes du mauvais côté de l’histoire, dans un endroit froid et solitaire qu’on appelle le déshonneur.

Traduction : Dominique Muselet